Renvoyez la censure !

RENVOYEZ LA CENSURE !

23 janvier 2012 | Par : Darkness Fanzine

La censure du cinéma français par les médias

Gilles Balbastre et Yannick Kergoat ont choisi d’expliquer les liens très étroits qui existent en France entre la presse et le monde économique. Une sorte de théorie du complot des élites, détenteurs d’une pensée unique, élaborée entre grands patrons et dirigeants politiques, puis véhiculée par des médias aux ordres pour une population placide et prête à croire tout ce qu’on lui dit.

Les Nouveaux chiens de garde est un documentaire sans concession. Projeté dans quelques salles à Paris et en province depuis le 11 janvier 2012, il dénonce et démontre méthodiquement l’hypocrisie des médias, orientés dans leurs choix éditoriaux par les entreprises qui les contrôlent et agissent selon leurs seuls intérêts. En un peu plus d’une heure trente, les réalisateurs parviennent à remettre sérieusement en question l’indépendance et l’éthique de la presse en France, et l’on comprend mieux dès lors, pourquoi aucune télévision n’a souhaité produire ou coproduire ce pavé jeté dans la mare qui ne sera vraisemblablement jamais diffusé au grand public.

La puissance économique des médias en France est telle que l’industrie cinématographique est aujourd’hui presque complètement dépendante de ses investissements. C’est ce qui explique en grande partie la faiblesse de la production de films de genre. Seuls des producteurs indépendants osent encore soutenir la réalisation de telles œuvres, bien souvent avec des budgets très serrés, faute de partenaires plus puissants. Une exception néanmoins avec Canal + qui contribue au financement du cinéma d’horreur, dans le cadre de sa collection French Frayeur. Le pré-achat des projets retenus se traduit par une dépense oscillant entre 300 000 et 600 000 euros, pour un budget moyen par film tournant autour de 2 millions d’euros si l’on cumule l’investissement de la chaîne cryptée avec celui de son partenaire CinéCinéma. Un moyen de faire coïncider les obligations d’investissement du groupe avec un genre pour lequel on évalue la cible des spectateurs autour 350 000 âmes. Bien que disposant d’un budget inférieur à celui des productions américaines du même type, Martyrs (2008) de Pascal Laugier ou encore La Horde (2008) de Yannick Dahan et Benjamin Rocher ont pu être tournés grâce à ce concept unique en France. Mais ce dispositif reste limité et la réalité économique est tout autre. Rappelons les faits...

Le 5 mai 1989, le conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) publie une directive imposant aux diffuseurs à ne programmer aucune émission « de nature à heurter la sensibilité des plus jeunes » avant 22h30, sous peine de sanctions pécuniaires. Le mot « émission » est ici entendu au sens large et concerne aussi bien les films de cinéma que les téléfilms ou les séries télévisées. Toujours est-il que les responsables des grandes chaînes de télévision, principaux financiers du cinéma français, refusent très vite de produire des œuvres qu’ils ne pourront pas suffisamment amortir s’ils n’engrangent pas les recettes publicitaires tirées d’une diffusion du film en prime time. La réaction hostile des grands groupes de télévision agite alors l’industrie du cinéma particulièrement perturbée par un éventuel désengagement des grandes chaînes de télévision. Dans le même temps, l’Union européenne ordonne aux pays membres de prendre les mesures nécessaires pour que les émissions diffusées à la télévision « ne comportent aucun programme susceptible de nuire gravement à l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs ». En 1996, le CSA décide la mise en place d’une classification des programmes en cinq catégories. Les programmes de la catégorie III (films interdits aux moins de 12 ans) ne peuvent plus être diffusés avant 22 heures, ceux de la catégorie IV (films interdits aux moins de 16 ans) ne peuvent être programmés qu’après 22h30 et ceux de la catégorie V (films interdits aux mineurs de 18 ans) ne peuvent être diffusés que sur des chaînes cryptées entre minuit et 5 heures du matin. Du coup, même si ce dispositif autorise certaines dérogations, la télévision française ne souhaite plus s’engager dans la production ou la coproduction de films susceptibles d’être interdits en salles. Dans son dernier rapport d’activité, la commission de classification des œuvres cinématographiques mentionne « un phénomène d’autocensure lié, pour les œuvres françaises, au poids de la télévision dans l’économie du cinéma ». Et les statistiques qu’elle publie, plaident en ce sens puisque si 35% des films français présentés à l’avis de la Commission étaient interdits aux mineurs de 12 ans en 2004, ils n’étaient plus que 23% en 2009.

Si l’influence de la télévision est non seulement indéniable pour ce qui concerne le financement direct des films français de cinéma, il semble qu’elle pèse tout autant sur les distributeurs français de films étrangers, soucieux de proposer en salles des films qui pourront ensuite être diffusés, pour une seconde carrière, à la télévision française. Ce qui pourrait expliquer l’irritation de Michèle Halberstadt, productrice et responsable des acquisitions et des coproductions chez ARP Sélection, lors l’interdiction aux moins de 16 ans de Sleeping beauty en novembre 2011. Privé d’une partie du public pour son exploitation en salles, le film de Julia Leigh a également vu s’envoler, dans la foulée, ses perspectives de recettes pour une diffusion à la télévision.

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