Critique de film

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R100

"R100"
affiche du film

Takafumi, terne vendeur, vit seul avec son fils alors que sa femme est depuis trois ans dans le coma. Pour pimenter son existence, il est secrètement membre d’un club SM, dont on ne peut résilier sa carte d’adhérent avant un an. Durant cette période, on promet des visites inopinées de dominatrices expérimentées et vêtues de cuir. Mais bientôt, celles-ci apparaissent aussi sur son lieu de travail et dans la rue, chacune ayant une spécialité bien particulière. Le harcèlement s’annonce corsé.

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Trailer - R100 (2013)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de R100 - Ca n’a pas de sens mais ça fait sens
Par : Seb Lecocq

Parfois, en tant que critique de cinéma, que fan, que passionné ou tout simplement qu’amateur, il faut savoir se mouiller et laisser parler son cœur. Je l’affirme : Hitoshi Matsumoto est un génie. J’ose le terme. Un génie, un homme qui repousse sans cesse les limites de son cinéma. Du cinéma. De la narration, de la mise en scène, de l’écriture, du jeu. En quatre films, il s’est imposé comme un cinéaste majeur, comme le plus grand cinéaste japonais depuis Takeshi Kitano. Matsumoto a réalisé quatre films extrêmement différents dans le fond comme dans la forme, dans les sujets, les genres abordés, l’esthétisme,…mais pourtant tellement semblables. Matsumoto est unique, son cinéma est pratiquement impossible à décrire, à expliquer, à raconter. R100 ne déroge pas à la règle.

Pour apprécier R100 à sa juste valeur, il faut impérativement en savoir le moins possible et se contenter de ce simple pitch : « Takafumi, terne vendeur, vit seul avec son fils alors que sa femme est depuis trois ans dans le coma. Pour pimenter son existence, il s’inscrit secrètement au Club Bondage, un club SM, dont on ne peut résilier sa carte d’adhérent avant une année. En le rejoignant, il accepte que des dominatrices puisse faire irruption dans sa vie quotidienne, au moment le plus inattendu, pour lui procurer souffrance, humiliation et jouissance. » Tout ce qu’il faut savoir en entrant dans la salle. Mais ceci n’occupera que la première demi-heure de film. Une fois « l’intrigue », les enjeux et les personnages plantés, Matsumoto peut lâcher les chevaux et vraiment faire du Matsumoto. Décrire ce qui suit est pratiquement impossible. Sachez simplement qu’on y trouve des ninjas, la femme la plus grande du monde, un petit salivant, des grenades, des dominatrices et tout un tas d’autres choses aussi incongrues que celles-là.

Le titre R100 est un pied de nez au système de classification japonais qui signifie que le film devrait être interdit au moins de cent ans. D’ailleurs Matsumoto lui-même, via un metteur en scène fictif présent dans l’intrigue, déclare que pour comprendre ce film il faut être au moins centenaire. Et l’homme dit vrai. On peut appréhender certains concepts, deviner les intentions du réalisateur, repérer certaines thématiques mais comprendre parfaitement ce film est peine perdue. Plusieurs années après sa vision, je cherche toujours la signification de certaines séquences de Symbol. Je pense que dans dix ans, je cogiterai encore sur le pourquoi du comment de certaines scènes de ce R100. Pourtant, si la compréhension globale du film est difficile, sa vision est aisée. On entre facilement dans son univers grâce à un premier acte finalement assez sobre, si l’on excepte ce pitch dont l’efficacité n’a d’égale que l’incongruité, et presque classique malgré quelques digressions d’une ubuesque absurdité.

R100 est avant toute chose une comédie, une excellente comédie au cours de laquelle on rit énormément et à gorge déployée. Mais c’est aussi tellement d’autres choses. Matsumoto, comme toujours profite de son film pour parler du Japon et de ses travers mais aussi et surtout de l’Homme, de l’humain. Le personnage central est un père de famille courageux qui lutte avec son fils et sa femme plongée dans le coma. Tout ce qu’il cherche, c’est un peu de bonheur et un moyen d’oublier le morne univers qui est le sien. Pour cela, il va se lancer dans la recherche vaine d’un éphémère bonheur qu’il ne trouvera jamais. Ou du moins pas sous la forme à laquelle il s’attendait. Comme tous les autres films matsumotiens, R100 a pour héros un personnage de loser qui va se révéler dans l’action, sauf que cette fois, le réalisateur pousse encore plus loin son concept en en faisant un homme dominé soumis volontairement au bon vouloir des dominatrices du club Bondage. Une manière de repousser les limites thématiques de son cinéma et de composer une judicieuse déconstruction et mise en abyme. Le titre n’apparaît qu’après une bonne demi-heure de film avant de s’imprimer sur la pellicule à intervalles réguliers comme pour insister sur le caractère « interdit aux moins de cent ans » de son histoire. Tout ceci est absolument autre, absurde, surréaliste et what the fuck mais pourtant il s’en dégage une maîtrise de tous les instants. Chaque plan a été pensé et créé à dessein afin de trouver sa place dans un grand tout cohérent et logique pour son auteur.

R100 déborde d’ingéniosité et d’idées plus démentes les unes que les autres et ceci tant au niveau de la mise en scène pure que de l’écriture, du montage ou du rythme (les running gags sont hilarants). Certains séquences, cadrées au millimètre dans une grande symétrie sur fond de musique classique rappellent étrangement le cinéma de Kubrick par exemple, tout en conservant cette touche absurde et totalement autre qui n’appartient qu’à son auteur. R100 est une œuvre folle, insaisissable, d’une inventivité de tous les instante qui monte dans un crescendo dantesque pour se finir sur un dernier quart d’heure de pure grâce et qui culmine dans une séquence finale inoubliable. En tous points, R100 est véritablement une œuvre que les moins de cent ans ne peuvent pas saisir. On pourrait résumer le cinéma d’Hitoshi Matsumoto en ce simple aphorisme : « Ca n’a aucun sens mais ça fait sens. »


Critique de R100 -
Par : Damien Taymans

Dans sa section Offscreenings, cette cuvée 2014 comptait, avec Why don’t you play in Hell ? et R100, deux pellicules d’origine nippone qui attestaient que le pays du Soleil Levant demeure encore et toujours l’empire de la cinématographie la plus déjantée de la planète. Et tandis que d’autres productions s’attaquent au surréalisme, l’Empire contre-attaque, de la plus belle des manières. En envoyant en mission de reconnaissance rien de moins que son Empereur : Hitoshi Matsumoto. Après avoir trituré les codes du super-héros (Big Man Japan), exploré à sa sauce le Japon féodal (Saya Samurai) et expérimenté la mécanique du surréel avec un cartoon abracadabrantesque (Symbol), le cinéaste s’attache cette fois à des sujets plus terre-à-terre, plus sociétaux même comme la prostitution, le culte de l’humiliation, la recherche du plaisir par l’action du fantasme, en l’occurrence le sadomasochisme. Avec, en guise de toile de fond, un cadre des plus morose : un salary-man désabusé dont l’épouse est plongée dans le coma depuis trois ans, tente d’éduquer seul son enfant. Matsumoto aurait donc troqué ses excentricités pour un cinoche plus "mainstream" ? Aurait-il rejoint le "Maussade" ? Que nenni...

La toile de fond n’est qu’un leurre qui, sitôt éventrée, accueille en son sein une foultitude de personnages déjantés et de situations loufoques. Sitôt que Takafumi, modeste employé du rayon literie, décide de passer la porte "Bondage", il voit sa terne existence basculer dans la folie la plus sauvage, la plus régressive, la plus jouissive aussi. Enfourchant un équidé de plastique sur un manège présentant la galerie de maîtresses SM, il se lance dans une chevauchée fantastique qui, de coups de fouets en coups de cuissardes subtilement placés, l’entraîne dans le tourbillon de l’humiliation menant elle-même à la jouissance, symbolisée chez Matsumoto par un gonflement cartoonesque du visage et des ondes qui se propagent autours du personnage. Plongeant pieds et poings liés dans le bain du non-sense, le créateur se permet toutes les expérimentations, narratives (un découpage feuilletonesque qui s’affranchit de toute linéarité) ou visuelles (ce clip musical durant lequel la dominatrice-cracheuse danse autour de sa victime) et s’offre même une savoureuse méta-réflexion sur sa propre œuvre et la production japonaise. Ponctuellement, une équipe de financiers se réunit pour débattre sur le sens du métrage et son intérêt commercial étant donné qu’il est destiné à un public-cible centenaire (d’où le titre R100, imposant une restriction au public de moins de 100 ans).

A force de cultiver le décalage, Matsumoto parvient même, dans d’ultimes fulgurances audacieuses, à amener le rire avec la pire des ignominies, à faire la nique à la bienséance, malgré un carton liminaire indiquant qu’aucun animal ni enfant n’a été malmené durant le tournage. Avec R100, le cinéaste flagelle à tout-va, y compris sa propre création, devenant du coup, à l’instar de son héros, un masochiste aux tendances sadiques. Une nouvelle œuvre inclassable qui provoquera l’orgasme ou l’incrédulité. Chez nous, on continue à crier au génie !


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