Critique de film

pub

Poongsan

"Poong-san-gae"
affiche du film

Pour gagner sa vie, Poongsan passe la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud afin de délivrer des messages entre familles séparées. Il est un jour chargé de ramener une femme nord-coréenne : In Ok, la femme d’un dissident nord-coréen, lui-même placé sous la protection d’agents sud-coréens. Pendant le voyage, Poongsan et In Ok tombent amoureux. Mais leur romance tourne court car Poongsan est recherché par les services de renseignement sud-coréens et In Ok ainsi que son mari sont menacés par des agents nord-coréens, bien décidés à venger leur patrie.

pub

Les critiques à propos de ce film

Critique de Poongsan - Aux frontières de l’autre
Par : Damien Taymans
Tags : BIFFF 2012

A ceux qui prétendent que les turpitudes actuelles du Vlaams Belang et les gue-guerres langagière, royale et scolaire qui ébranlèrent jadis le plat pays risquent de provoquer la fracture de la nation jettent un œil distrait à la carte du Pays du Matin calme. Régime dictatorial septentrional sous influence soviétique puis chinoise et gérance démocratique du Sud par les Américains ont provoqué la scission du pays : entre les deux territoires subsiste une zone démilitarisée, terrain miné sous étroite surveillance militaire. Tel un porte-drapeau wallingant en pleine banlieue anversoise, Poongsan, un messager téméraire joue les filles de l’air en pleine DMZ et taquine périodiquement la mine sitôt que des familles désunies veulent entrer en contact avec leurs proches que le grand divorce coréen a éloignés. Le coursier intrigue les services secrets sud-coréens qui le sollicitent pour expatrier In-ok, chérie d’un transfuge nord-coréen qui a depuis passé l’arme à droite. Trois heures plus tard, à peine sa mission terminée, Poongsan reçoit pour toute rétribution une séance de torture en bonne et due forme. Et ça continue en Corée, encore...

Un héros marginal à l’indécrottable mutisme, un paysage coréen dénaturé voire déshumanisé, un cynisme et une misogynie permanents : difficile de distinguer l’œuvre de son auteur véritable. Jeon Jae-Hong, à force de régler son pas sur celui de son mentor Kim Ki-Duk qu’il a assisté sur Time et Breath et dont il a déjà mis en scène un scénario avec Beautiful, devient l’ombre insaisissable du cinéaste de L’île, primé du Corbeau d’Or au BIFFF 2001. En la matière, le producteur-scénariste répond au mot de Bunuel en trahissant une nouvelle fois sa patrie pour nourrir un peu plus son dessin au vitriol de la péninsule coréenne. Représentants nordistes et sudistes, réunis sous la bannière "Tous pourris" déjà au centre du The unjust de Seung-wan Ryoo, voient leurs frêles idéologies gangrénées par les luttes intestines et l’appât du gain : dans ce contexte, Poongsan est forcément un traître puisqu’il ne subit l’allégeance d’aucun des deux camps. Un chien sans maître, pour reprendre la comparaison d’In-ok (le sobriquet de Poongsan lui vient des cigarettes de Pyongyang qu’il fume et dont le logo est un clébard), au milieu d’une meute de chiens enragés rivalisant d’incompétence et de manigances.

A la fois déclencheur et catalyseur du cataclysme final, le héros ne se résume au fur et à mesure qu’à une silhouette, une ombre (grâce au formidable jeu de lumière de Jeon Jae-Hong) qui menace d’ébranler, par son indéfectible loyauté, le château de cartes érigé par les transfuges hypocondriaques shootés à l’espionite. Dans ce bordel proche du chaos, une brise de romance salvatrice souffle pour rafraîchir et électriser ponctuellement (voir la séquence du baiser) cette fable cynique qui s’engourdit au bout d’une heure.

Poongsan, tantôt diablement poétique, tantôt divinement corrosif, finit par s’essouffler, dans son dernier tiers, en s’entêtant à reproduire à l’infini la même mécanique jusqu’à un dénouement ... renversant. Mais d’ici à là, le chemin est semé de multiples ornières et circonvolutions qui plombent l’ensemble...


Critique de Poongsan - Kim Ki-Duk, sors de ce corps
Par : Seb Lecocq

Vous souvenez-vous de cette boisson aujourd’hui un peu désuète qu’on appelait Canada Dry ? « Ça a la couleur de l’alcool, le goût de l’alcool… mais ce n’est pas de l’alcool » ? Et bien Poongsan est à Kim Ki-Duk ce que Canada Dry est au houblon. Ça y ressemble beaucoup mais ça n’en est pas. Puis, comme la boisson canadienne, même si l’on n’en ressent pas la chaleur et les excès de l’ivresse, c’est tout de même fort goûtu. Kim Ki-Duk pousse d’ailleurs le vice de la confusion plus loin en scénarisant et produisant ce Poongsan, réalisé par l’un de ses anciens assistants, Juhn Jaihong. De quoi brouiller les pistes. Plus encore quand on voit le film qui présente de nombreuses similitudes avec le travail de son scénariste / producteur.

Comme son mentor, Juhn Jaihong explore, via l’histoire d’un amour impossible de deux êtres que tout sépare, la relation qui unit autant qu’elle n’éloigne les deux Corées. Car comme pour deux amoureux de longue date, la séparation ne brise pas simplement deux personnes mais des familles tout entières. Et Juhn montre ces deux pays comme une seule et même famille déchirée, éviscérée par quelque chose de plus grand qu’elles, quelque chose qui les dépasse et quelque chose qu’ils n’ont pas souhaité. Il va centrer son regard sur un homme mystérieux, presque une présence fantomatique plus qu’un être humain qui passe sa vie à réunir des familles, des souvenirs, des objets et à transmettre de l’amour par-delà la frontière qui détruit les hommes, les corps et les cœurs. Un sujet typiquement Kim Ki-Dukien auquel son réalisateur va apporter sa touche personnelle grâce à une mise en scène qui diffère énormément de celle Kim. Juhn opte pour une réalisation « à la coréenne » tandis que le travail de Kim se trouve influencé par le cinéma européen, la Nouvelle Vague française et les débuts du Nouvel Hollywood américain. Juhn soigne sa réalisation, compose de jolis cadres, magnifiquement éclairés et s’inspire du néo-polar coréen pour illustrer son image. Un choix judicieux qui lui permet de conférer à son film un début d’identité même si le spectre de Ki-Duk plane sur chaque minute du film.

Poongsan, pseudonyme du héros qui ne porte pas de nom et ne parle pas, n’est autre que la marque des cigarettes qu’il fume, seul signe distinctif permettant de remonter à ce personnage étrange, bordeline et en marge, tellement caractéristique du cinéma de…Kim Ki-Duk. Le film commence par un beau morceau de bravoure, la traversée du no man’s land qui sépare les deux nations. Une séquence pleine de tension, de saleté, d’action mais qui, en même temps, pose le personnage. Un dur au grand cœur, un taiseux enfermé dans sa carapace mais qui rayonne de l’intérieur. Cette fois, il doit faire passer un enfant de l’autre côté, il y parviendra en usant d’astuces que n’aurait pas reniée Bear Grylls. Juhn trouve là le parfait moyen de plonger le spectateur, tête la première dans l’univers de Poongsan. Comme dans toute histoire d’amour, il faut une femme. Ici elle sera cette femme d’un riche sud-coréen, moitié homme d’affaires, moitié mafieux, exilée au Nord et dans l’impossibilité de rentrer. L’homme va engager Poongsan pour la ramener. Ce qu’il va faire. Là encore la scène de « passage » est d’une grande intensité visuelle et narrative. La double menace sud et nord coréenne est omniprésente.

Doté d’une excellente première demi-heure, l’œuvre s’essouffle lors du deuxième acte qui se centre sur les retrouvailles compliquées entre le mari et la femme. Il est heureux de la retrouver, cette femme soumise qu’il a conquise par le passé, elle n’accepte plus ce statut et refuse de vivre dans le luxe en fermant les yeux. Puis, il y a Poongsan dont la présence invisible la hante jour après jour. Juhn sombre dans les travers du drame bourgeois à la Hong Sang-so et son film se dilue, perd de son intérêt et de sa force. Pendant une grosse demi-heure, on suit mollement cette histoire d’amour rendue compliquée par le comportement tyrannique de ce riche bourgeois. Le troisième acte vient remettre les pendules à l’heure et, comme tout bon film coréen qui se respecte, il y sera question de vengeance, beaucoup, et de métaphores politiques, un peu. Il serait dommage de tout dévoiler ici mais sachez simplement que notre énigmatique personnage va devoir sortir poings et armes blanches lors d’un final ouvertement politique renvoyant les deux Corées dos à dos lors d’une lourde saillie mettant en cause le comportement idiot et l’incapacité chronique des deux pays à essayer de s’entendre. Juhn montre bien que, dans cette histoire, personne n’est tout noir ni tout blanc mais tout le monde baigne dans des nuances de gris plus ou moins claires. Pour la première fois, il glisse aussi une note d’humour un peu burlesque, qui tranche avec la violence du propos et des actes montrées lors de cette très réussie scène finale qui cristallise toutes les rancunes et les enjeux mis en place tout au long du film.

Poongsan, pour résumer, possède toutes les qualités du cinéma coréen et en même temps, souffre des défauts majeurs de ce cinéma. Il en serait presque trop coréen par moments avec son héros indestructible subissant les évènements avec flegme, ses gangsters un peu idiots mais toujours tirés à quatre épingles et sa violence sèche. Un peu comme si les personnages de The Murderer s’étaient retrouvés plongés au milieu d’un film de Kim Ki-Duk, ce qui au final correspond bien au premier film, plein de promesses, de Juhn Jaihong.


Donnez votre avis sur le film !

En résumé
ecrire un commentaire sur le film
;



Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017
affiche du film
Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
2017
affiche du film
The End
2016
affiche du film
Small Town Killers
2017

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage