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(Pas) assez de fanzines ?

11 mars 2015 | Par : Darkness Fanzine

La publication d’un premier article (voir ICI), au contenu un peu provocateur, mélangeant trop directement coup de gueule et copinage, méritait une clarification en considération des réactions occasionnées par une lecture trop restrictive. En premier lieu, revenons sur le constat.

La multiplication du nombre de fanzines sur le cinéma de genre observée ces trois dernières années, souligne la grande vitalité et la motivation des cinéphiles de tous horizons. Une situation particulièrement appréciable au regard de la standardisation des critiques aujourd’hui posées sur moins de la moitié des films sortant chaque année en salles et monopolisant pourtant la très grande majorité des écrans. Tout le reste de la production, laissé de côté par des professionnels qui doivent avant tout vendre du papier, demeure à la disposition des « amateurs », en plus des nombreuses œuvres passées dont la rétrospective nourrit légitimement la nostalgie des amoureux du cinéma.

La variété ne veut surtout pas dire clonage

L’ambition est une qualité, la liberté de ton est une chance, l’originalité une nécessité pour parvenir à rallier une communauté de lecteurs, même s’il est évident qu’il faut parfois des années pour trouver une ligne éditoriale singulière et construire une véritable signature. Si la qualité générale des fanzines actuellement disponibles est indéniable et souvent supérieure à celle des publications diffusées massivement à la fin des années 80, peu parviennent encore à se démarquer vraiment des thématiques développées par les grands anciens ou la presse professionnelle. On n’attend pas d’un fanzine sur le cinéma qu’il traite des films placés au premier rang de l’actualité, qu’il reproduise à son tour des informations déjà publiées par ailleurs. Comme l’a écrit Yohann Chanoir dans un article intitulé « Le fanzine ou la pratique plastique de la cinéphilie », le fanzine entend « réagir contre une couverture médiatique jugée partisane, aveugle ou hostile. Il fournit un forum pour les fans d’un genre marginalisé, moqué ou ignoré par les prescripteurs classiques », et d’illustrer précisément son propos : « Versus, animé par des Toulousains depuis 2002, se définit comme un « contrepoint de vue sur le cinéma ». […] Torso consacre ses numéros à l’analyse de réalisateurs. [...] Peeping Tom, aux côtés d’articles classiques [...] propose aussi des thématiques peu orthodoxes. [...] Toutes les couleurs du bis, lui, privilégie, des figures majeures du bis, comme Edwige Fenech dans sa première parution. D’autres (Cannibale fanzine, Médusa, Versus) privilégient un contenu générique, ce qui aboutit à des numéros denses et riches.[...] Cette profonde variété concourt évidemment à désenclaver le cinéma. »

Un « amateurisme » de grande qualité

Le choix des sujets et la manière de les aborder, doivent privilégier l’exploration des kilomètres de pellicule laissés en friche. La définition de nouvelles pistes posées sur des thématiques connues, ou non ; la construction de théories audacieuses sur des films déjà critiqués, ou non ; et la soif de transmettre ses propres idées doivent guider l’action du fanéditeur. Lionel Grenier, rédacteur en chef de la très belle revue Manivelle, est un des spécialistes reconnus de Lucio Fulci. La qualité du site qu’il administre aujourd’hui, la haute tenue des articles qu’il livre sur les œuvres du cinéaste pourtant déjà mille fois disséquées, parviennent encore à offrir de l’émotion, des analyses riches et des informations oubliées. La plus-value est évidente et ne prête pas à discussion. Le travail réalisé par Stéphane Erbisti dans Toutes les couleurs du bis, et celui de Julien Oreste et Adrien Clerc dans Torso, satisfont un lectorat avide de découvrir dans un seul numéro, la carrière et la filmographie souvent impressionnantes d’un cinéaste ou d’un acteur mal connu. De son côté, Guillaume Pic a su conserver l’esprit décalé et érudit du fanzinat d’antan. Les pages des Chroniques d’un vidéophage sont à ce titre particulièrement savoureuses, impertinentes et drôles, mais toujours rigoureuses. Certains fanzines comme Darkness se sont progressivement éloignés du concept originel pour adopter une position plus « scientifique » au risque de perdre des lecteurs moins intéressés par des exposés jugés trop techniques. Vidéotopsie ou encore Médusa, quant à eux, demeurent fidèles au cap qu’ils se sont fixés depuis le début, sans autre prétention que celle de partager, n’hésitant pas à ouvrir leurs colonnes pour ne pas omettre la mention d’un film rare dont seuls quelques initiés connaissent l’existence. Ce que rappelle Yohann Chanoir à propos de Médusa : « Le numéro 24 de Médusa contient ainsi des dizaines de critiques, balayant une production mondiale, des faux James Bond italiens au fantastique espagnol, d’un Orient qualifié d’extrême aux archéopornos nord-américains. Les productions asiatiques, mal distribuées en France, bénéficient aussi d’une large couverture. »

L’amour du cinéma, autrement

Aucun fanzine n’est montré du doigt, en aucun cas, et il n’a jamais été question de stigmatiser une génération par rapport à une autre, de comparer ou de légitimer l’ancienneté sur la nouveauté. La querelle des Classiques et des Modernes est absolument hors de propos. Reprenons du précédent article, le cœur du message qui n’est, finalement, qu’un rappel amical et confraternel à la coutume et aux usages : « Le fanéditeur doit creuser, fouiller, exhumer, ressusciter, créer. Il doit absolument prendre des risques parce que son existence ne dépend pas du niveau des ventes du précédent numéro, et parce qu’il dispose de la liberté absolue dont il doit jouir, profiter et même abuser. » Bref, un fanzine doit regarder là où les autres ne regardent pas. Ce regard, cette originalité, Toxic Crypt – qui n’est pourtant pas un fanzine mais qui pourrait aspirer à en devenir un tant la plume de Rigs Mordo est captivante – a naturellement su les mettre en place, en présentant des propos construits et nourris avec toute la passion et la justesse que l’on attend d’un cinéphile. Je vous renvoie à son analyse fine du Bram Stoker’s Dracula de Francis F. Coppola (1992), ou bien encore à son plaidoyer pour le Manoir de la terreur (Alberto de Martino, 1962) pour vous faire une idée. C’est tout cela, et bien davantage, que l’on veut trouver et lire dans un fanzine.

Parce qu’il est un passionné, le cinéphile est toujours exigeant.
Sans doute parce qu’il est exigeant, le cinéphile est parfois excessif.

CHANOIR, Yohann, « Le fanzine ou la pratique plastique de la cinéphile » in Aubert Jean-Paul et Taillibert Christel (dir.), Les nouvelles pratiques cinéphiles, Paris, L’Harmattan, 2015, Cahiers de champs visuels, n°1213.

Les titres cités dans cet article peuvent être commandés sur Internet, notamment dans la boutique du site Le Fanzinophile qui s’efforce de répertorier scrupuleusement tous les fanzines sur le cinéma.

Commentaires

Grand merci pour me citer et dire autant de choses gentilles à mon sujet, je ne pense pas en mériter temps mais cela fait bien évidemment chaud au coeur ! Concernant les fanzines, je pense que tant que l’on écrit avec le coeur, avec sincérité, ce sera intéressant. Everyday is Like Sunday ne fait pas franchement dans l’inédit, mais la personnalité de son auteur fait que cela passe sans problème ! Le point de vue, la sincérité, la franchise peut-être, c’est le principe du fanzine je le pense. Ecrivez pour vous, ça plaira aux autres !

11 mars 2015 | Par Rigs Mordo

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