Critique de film

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Paranoiaque

"Paranoiac"
affiche du film

Complètement psychotique, Simon tente de rendre folle sa soeur Eleanor pour hériter des biens de leurs défunts parents. Un homme mystérieux empêche le suicide de la jeune femme et contrarie les plans de Simon.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Paranoïaque - Psycho-thriller, Hammer style
Par : Fred Pizzoferrato

Réalisé au début des sixties pour le compte de la Hammer, Paranoïaque appartient à cette vague de « psycho thrillers » inspirés par Psychose et, de manière plus générale, par le cinéma d’Alfred Hitchcock. Tournant souvent autour de machinations complexes, d’héritage contrarié, d’usurpation d’identité et de secrets familiaux ressurgissant aux plus mauvais moments, ces métrages (parmi lesquels on peut encore citer Hurler de peur, Meurtre par procuration également produits par la Hammer et plusieurs titres de William Castle) doivent également beaucoup au classique français Les diaboliques dont ils reprennent le scénario tarabiscoté et les rebondissements multiples aux lisières du fantastique.

Première réalisation de Freddie Francis pour le compte de la Hammer dont il deviendra un des cinéastes fétiches, Paranoïaque s’avère finalement très classique mais plaisant en dépit de ses nombreux défauts. Jadis opérateur caméra pour John Huston puis directeur photo de renom (il a signé celle des Innocents et gagna un Oscar pour Amants et fils en 1961 – il en gagnera un second pour Glory à la fin de sa carrière, en 1990), Francis est passé à la mise en scène en signant Two and two make six en 1962 puis en adaptant deux classiques de la science-fiction littéraire via The brain (d’après Siodmak) et Day of the Triffids (d’après Wyndham). Après Paranoïaque, Francis se spécialisa dans l’épouvante et devint un des grands artisans de la Hammer (L’empreinte de Frankenstein, Dracula et les femmes,…) et de l’Amicus (Le train des épouvantes, Histoires d’outre-tombe). Sa carrière sombre malheureusement au milieu des années ’70 avec des ratages comme La légende du loup-garou ou Son of Dracula et, après le film de guerre L’or était au rendez-vous tourné en 1977, Francis abandonne la mise en scène pour n’y revenir qu’à l’occasion du Docteur et les assassins (en 1985). Il termine sa carrière de cinéaste sur une triste note en étant viré (au profit de Ken Wiederhorn) de Dark tower mais retrouve ses galons de directeur photo en travaillant pour David Lynch (Dune, Une histoire vraie) et Scorsese (Les nerfs à vif).

Exemple routinier mais efficace du thriller d’épouvante, Paranoïaque développe donc une intrigue excessivement complexe et embrouillée afin de maintenir l’attention du spectateur soumis à une véritable rafale de twists scénaristiques plus ou moins convaincants.

Le trentenaire Simon Ashby espère rapidement toucher un important héritage qui lui permettra d’éponger ses dettes et de s’adonner encore davantage à la boisson. Pour cela, il n’hésite pas à pousser au suicide sa sœur Eleanor…Mais un jeune homme survient et sauve la belle demoiselle. L’inconnu dit s’appeler Tony Ashby et prétend être le frère de Simon, supposé décéder suite à une chute d’une falaise dix ans auparavant mais dont le corps n’a jamais été retrouvé. Constatant que la famille Ashby se trouve en plein disfonctionnement, Tony s’installe dans la propriété et tombe rapidement sous le charme d’Eleanor. Car Tony est un imposteur, « coaché » par un homme de loi véreux décidé à ce que ses malversations de comptes et autres détournements d’argent ne soient pas dévoilés.

Thriller bien ficelé mais un brin mécanique, Paranoïaque déroule une intrigue riche en rebondissements même si ceux-ci, malheureusement, sont relativement prévisibles. Quiconque connaît les schémas narratifs généralement utilisés dans les « psycho thrillers » comprend assez vite où le scénariste veut en venir et peu d’ambigüités subsistent longtemps. La véritable nature de Tony, par exemple, est rapidement exposée par le scénariste Jimmy Sangster. Ce dernier use hélas de grosses ficelles pour maintenir le suspense mais, au-delà des clichés et des scènes attendues, les multiples rebondissements fonctionnent agréablement. A condition d’accepter certaines invraisemblances, Paranoïaque n’ennuie jamais le spectateur et lui offre, au contraire, un divertissement fort sympathique.

La casting, pour sa part, met en vedette Oliver Reed, lequel fit ses débuts dans diverses productions Hammer (on se souvient de son rôle mémorable dans La nuit du loup-garou). Reed s’en donne ici à cœur joie dans un rôle de manipulateur alcoolique et sadique, prêt à toutes les bassesses pour toucher un héritage lui permettant de continuer sa vie de débauche. La pauvre victime de ses diableries se voit, elle, incarnée par Janette Scott, bien connue des amateurs du Rocky horror picture show (« And I really got hot When I saw Janette Scott fight a triffid that spits poison and kills. ») et des cinéphiles pour sa participation au fameux Day of the Triffids coréalisé par Freddie Francis. Alexander Davion (Valley of the dolls, L’invasion des morts-vivants), Sheila Burrell et Lilianne Brousse complètent un casting enthousiaste ne lésinant pas sur un cabotinage plutôt délectable.

Comme la plupart des productions Hammer, Paranoïaque se déroule à un rythme soutenu, l’intrigue, pourtant riche et complexe, se voyant emballée en à peine 80 minutes. Un avantage et un inconvénient tant le récit parvient à captiver le spectateur même si on regrette que tout cela manque d’épaisseurs. Certaines relations troubles auraient grandement gagné à être développées davantage pour élever Paranoïaque au-dessus de la masse des thrillers horrifiques de série.

Métrage mineur (on peut lui préférer le similaire mais plus convaincant Meurtre par procuration également signé du tandem Francis / Sangster), Paranoïaque se laisse toutefois regarder sans déplaisir. Les nostalgiques de l’épouvante sixties et les complétistes de la Hammer y trouveront suffisamment de satisfactions pour apprécier la projection tandis qu’un public plus large passera un bon moment, sans plus ni moins. Le film, fonctionnant beaucoup sur les surprises, ne mérite sans doute qu’une seule vision mais, dans le genre, on a vu bien pire et Paranoïaque demeure très consommable, voire même plaisant.


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