Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
’Miroir, miroir magique au mur... Qui est la beauté parfaite et pure ?’
Avec tous les vampires papier glacé qui débarquent sur nos écrans, la multiplication des crèmes anti-âge et l’endiguement comportemental et vestimentaire des limites générationnelles, il est plutôt clair que l’idéal de jeunesse éternelle - et la peur panique de la mort qu’il sous-entend - est au centre des préoccupations des contemporains. La énième adaptation du roman d’Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, abonde également dans ce sens.
Après Albert Lewin, Massimo Dallanamo ou encore Duncan Roy, c’est
Oliver Parker qui s’y colle. Passionné de théâtre, le réalisateur s’y connait en tragédie puisqu’il commence sa carrière sur les planches en tant qu’acteur et metteur en scène et fait ses premiers pas derrière la caméra avec Othello, flanqué de Laurence Fishburne et Kenneth Branagh. Très vite pourtant, c’est le cynisme qui l’emporte. Parker s’attèle à la réalisation de deux films tirés de l’œuvre de Wilde, Un Mari Idéal et L’Importance d’Etre Constant. En adaptant enfin Dorian Gray, le bonhomme met en quelque sorte fin au cycle et ose un pari risqué. En effet, à l’image du personnage éponyme, force est de constater que l’ouvrage de Wilde ne vieillit pas, et pire, tend à soulever des questions de plus en plus actuelles. Il ne s’agit plus simplement de provocation dandyesque ; désormais le roman fait écho en chacun de nous, à l’heure où les codes physiques et moraux n’ont jamais autant imprégné les consciences. Pour relever le défi, Parker s’est entouré de Colin Firth (Pride & Prejudices, Bridget Jones) et du très lisse Ben Barnes (Les Chroniques De Narnia : Le Prince Caspian). Si le talent de Colin Firth est confirmé, il semblerait que pour incarner l’un des personnages les plus mythiques de la littéraire anglaise, Ben Barnes ait besoin de faire ses preuves. Pâle et brun, il ne correspond pas franchement à l’archétype de l’archange qu’est censé être Dorian Gray, et a essuyé en tant qu’acteur, quelques critiques bien cassantes (lu dans Télérama : ’Ben Barnes a l’épaisseur d’une décalcomanie’).
Sur le net, les premiers échos ne sont pas des plus alléchants. Malgré les promesses du réal’ - qui entendait faire un film éminemment
gay-friendly - il semblerait qu’il n’aille pas au bout de ses convictions, trahissant par là même l’un des côtés les plus explicites du roman. Le seul baiser homo est vaguement langoureux, et la fellation est filmée en off, pour ne choquer personne, probablement. En outre, au vu de la bande annonce, on ne peut que craindre une surenchère d’effets spéciaux, comme s’il fallait aujourd’hui redorer le blason d’une époque victorienne pourtant culturellement flamboyante. Là où les bons mots et les sous-entendus étaient primordiaux et donnaient à Dorian Gray toute sa richesse et sa force, le film pourrait avoir tout échangé contre du clinquant et fait de son personnage principal un tombeur de jupons comme un autre.
C’est finalement le problème de ce genre d’ouvrage, ancré à la fois dans son époque et dans l’universalité des thèmes qu’il aborde. En y pensant, les vices et les péchés de Dorian Gray n’ont plus rien de choquant aujourd’hui - au contraire, ils sont même assez banals. On voudrait croire à une adaptation fidèle et en costume mais, indéniablement, il aurait peut être fallu prendre la tangente et moderniser sans complexes époque, personnages et matériau. A l’heure du romantisme made in Twilight, et de la soif adolescente jamais étanchée de nouveau sex symbols, ce qu’il y a de plus à craindre ici, c’est qu’Oliver Parker se soit contenté d’exploiter un filon.
LE TRAILER
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