Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Conan, ce barbare...
Par Caligari
Il y a cent douze ans, Sir Arthur Conan Doyle, gentleman anglais, médecin de formation et homme politique qualifié, donnait naissance à Sherlock Holmes, personnage aimant la pipe et le violon, délicat, cultivé, passant le plus clair de son temps à pavoiser dans son fauteuil, en philosophant autour d’une tasse
de thé avec son vieil ami Watson. Il y a 10 ans, Guy Ritchie, anglais buveur de bière et supporter de Manchester United, réalisait Snatch, un film de gangster viril dans lequel Brad Pitt et Vinnie Jones mettaient des corrections à qui de droit. Ces deux sujets de sa Majesté, qu’un siècle d’évolution et de progrès sépare, n’étaient pas faits pour se rencontrer. Mais la magie du cinéma en aura voulu autrement.
Dans l’imaginaire collectif, ce personnage est un vieux garçon un peu engoncé, taillé dans un cure-dents, en opposition avec son fidèle compère, Watson, traditionnellement représenté comme un vieillard rondelet. En confiant ces deux rôles à Robert Downey Jr. et Jude Law, Ritchie allait, on pouvait s’en douter, s’éloigner quelque peu de cette imagerie dépassée. Mais on ne pouvait pas imaginer à quel point ! Dans ce film, Sherlock fait du Free Fight, Watson manie la gâchette comme personne, et les deux passent plus de temps à se taper dessus qu’à jouer au bridge.
Robert Downey Jr. donc, auréolé de ses succès récents dans Iron Man et Tropic Thunder, promène sa mine désabusée et sa dépression nerveuse au gré des ruelles londoniennes de l’époque victorienne, dans le rôle de l’homme qui déduit plus vite que son ombre. Watson (Jude Law, dandy jusqu’au bout des ongles), bien qu’exaspéré par le comportement de son acolyte, vient lui prêter main forte dans une enquête aux ramifications complexes, impliquant une série de personnes haut placées dans une sombre histoire de sociétés secrètes et de magie noire.
Lord Blackbird, sorte de croque-mort sinistre doublé d’un savant fou, est, dès le début du film, confondu par le célèbre détective et mené
séance tenante à l’échafaud. Il n’en faut pas plus au docteur Watson pour déclarer l’énergumène décédé, déduction logique d’un étranglement par pendaison et d’une absence de pouls. Seulement voilà, Lord Blackbird est un malin et, même mort et enterré, parvient à refaire surface tel un messie diabolique. Si ce semblant d’intrigue (à dormir debout) ne passionne pas réellement, Ritchie maîtrise comme à l’accoutumée sa réalisation jusque dans les moindres détails et ses digressions scénaristiques (scénaris-tics ?) – comme, par exemple, les apartés de Sherlock détaillant didactiquement la manière dont il va s’y prendre pour démonter la gueule à ses adversaires – sont, qu’elles soient utiles où non, toujours savoureuses et jouissives.
En dépoussiérant à sa manière le mythe de l’illustre résident du 221B Baker Street, Guy Ritchie agace autant qu’il ravit. Et le résultat, certes inégal, a, malgré quelques longueurs, un ton décalé qui le rend agréable à suivre de bout en bout. Dans cet univers étrange, sorte de métissage hybride entre les films en costume et les « films de mecs » tels que les affectionne Ritchie, les deux protagonistes – Downey et Law – s’en donnent à cœur joie. Le tout sur une musique de Hans Zimmer, très différente de ses partitions habituelles.
LE TRAILER
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