PREVIEWS CINE

PREVIEW CINE - Le Guerrier Silencieux, Valhalla Rising

10 mars 2010 | Par : Romain Mollet (Zito)

De l’Art du guerrier...

Malgré l’évidente préférence de notre fabuleux site pour tout ce qui se revendique comme des longs-métrages d’apparence fantastiques (mais de tous horizons), il était assez difficile de ne pas vous faire partager notre enthousiasme envers Le Guerrier Silencieux - Valhalla Rising le nouvel opus de Nicolas Winding Refn, l’un des cinéastes danois actuellement les plus vénérés des cinéphiles.

Bénéficiant d’une renommée mondiale suite au succès de Pusher (1996), film extrêmement sombre sur les déboires d’un groupe de dealers dans Copenhague, auquel il donnera deux suites en 2004 et 2005 après un passage assez inaperçu aux Etats-Unis avec Inside Job. En quelques films seulement, Refn a su imposer son talent et son ingéniosité visuelle comme une marque de confiance aveugle pour le spectateur. Son dernier essai, Bronson, faisait indéniablement partie des meilleurs métrages de l’année dernière : nous présentant un Objet Filmique Non Identifié, à mi-chemin entre un drame violent et essai expérimental, évoquant quelquefois le Orange Mécanique de Kubrick. Film instantanément culte, il hypnotise par la maîtrise de sa mise en scène et par l’incroyable présence de Tom Hardy, véritablement métamorphosé pour camper le rôle du prisonnier le plus dangereux d’Angleterre. Mais le projet qui tient le plus à coeur au réalisateur, c’est Le Guerrier Silencieux.

Valhalla Rising dont il peaufine l’intrigue depuis quelques années mais pour lequel il n’avait pas réussi à réunir les moyens nécessaires. C’est par ailleurs pour cette raison que le réalisateur a choisi de réaliser Bronson, question de financement, uniquement pour mieux se consacrer à son prochain métrage. Le tournage commence en juin 2008, filmé dans l’ordre chronologique comme à l’habitude du cinéaste. D’ailleurs, question d’habitude, il se permet de retrouver son acteur fétiche Mads Mikkelsen, présent dans tous ses métrages danois... C’est d’ailleurs à Pusher II qu’il doit trois de ses prix d’interprétation ; aux côtés de l’excellent Les Bouchers Verts. Mais en 2006, ce dernier devient désormais mondialement célèbre grâce à sa participation en tant qu’ennemi de 007 dans la très bonne ré-adaptation Casino Royale, où il incarnait à merveille Le Chiffre.

Dans ce film, Mikkelsen icarne One-Eye, un guerrier sauvage d’une force redoutable, mais également borgne et muet. Mais cela fait quelques années qu’il est un esclave sous l’emprise de Barde, un redoutable chef de clan. C’est avec l’aide d’un enfant, Are, qu’il parviendra à tuer son barbare geôlier et fuir dans les ténèbres. Ils trouvent finalement refuge dans un navire de vikings chrétiens à la recherche de la Terre Promise. Mais durant son long périple, le drakkar commence à s’égarer dans un infernal brouillard. Une fois dissipé, les passagers y découvrent une terre inconnue, aussi passionnante et mystérieuse que sauvage et dangereuse, des ennemis invisibles y rôdant... Ce voyage permettra à One-Eye d’en savoir un peu plus sur lui-même, et sur son passé. Aussi mystérieuses soient-elles, ces Terres, celles du "Nouveau Monde", sont matérialisées par les côtes sombres et brumeuses, mais pourtant charmantes, de l’Ecosse. De plus, comme nous le prouvent les images des divers trailers, ces paysages magiques semblent posséder une beauté unique sous le regard surdoué de Refn.

"Je n’ai pas vraiment fait un gros travail de recherches. Ce n’est pas l’histoire des Vikings qui m’intéresse ici. Je sais que c’est un peuple très sophistiqué qui a dominé une partie du monde et beaucoup voyagé. Mais ce n’est pas le peuple en tant que tel qui m’intéresse. C’est plus la découverte de l’Amérique qui m’a intéressé... Et comme les Vikings ont découvert l’Amérique, mon film parle de Vikings" confiait Nicolas Winding Refn dans une de ses interviews données pendant le tournage. Au-delà d’une simple histoire de "Vikings en Amérique", Refn confesse que Le Guerrier Silencieux lui sert - à notre grand étonnement - de prétexte pour parler de l’actualité : "Mes Vikings sont des Vikings chrétiens, (...) ils ont mené la toute première guerre sainte pour finir... en Amérique. Ils y voyaient en quelque sorte une nouvelle Jérusalem. Il y a un vrai parallèle avec notre société actuelle, c’est-à-dire l’impérialisme et la religion comme moyen de conquête. C’est quelque chose de très actuel."

Non dénué de mystères, le film de Refn s’avère être l’un des plus ambitieux de l’auteur, qui devra pourtant se contenter d’un budget de 5 millions d’euro, et 10 semaines de tournage, dont se souviendra Mads : "Comme d’habitude, tourner avec Nicolas Winding Refn a été complètement dingue, même si c’est devenu presque la routine ! Cette fois-ci, il est allé encore plus loin que jamais. Mon rôle était éreintant, et ce tournage en Ecosse a été le plus dur que j’aie jamais connu.". A Refn de parler à son tour de ce personnage atypique : "Notre héros étant muet et sans passé, c’était très difficile d’écrire cette histoire parce que... comment retranscrire à l’écran ses envies et son but ? Il fallait donc écrire le film afin de l’aborder à travers la perception que les autres ont de lui. C’est plutôt délicat à traiter car d’ordinaire, on raconte un film à travers le héros. Ici, il fallait rester autour de ce héros."

L’association Refn/Mikkelsen, déjà un premier signe nous avertissant de la qualité du produit, le cinéaste considérant le comédien comme son alter-égo ("Pourquoi je suis fasciné par Mads ? Parce qu’il me joue parfaitement. C’est pour ça que ça marche entre nous.") mais ce n’est pas le seul atout, puisqu’il a su s’entourer d’un invité de prestige, Roy Jacobsen, célèbre écrivain Norvégien multi-récompensé, ce qui peut toujours aider pour écrire un scénario, non ? Et dire que Mogwai, l’excellent duo de musique électronique (Miami Vice, c’était eux !), aurait dû signer la bande-originale !

Malgré tout, le film ayant fait le tour des festivals tout le long de l’année dernière, un bon nombre de critiques et cinéphiles avertis ont pu voir l’objet en question à de nombreuses reprises, et tous semblent s’accorder sur le même problème. Selon les dires, Valhalla Rising serait visuellement époustouflant, chaque plan étant d’une beauté contemplative rarement égalée au cinéma, ce qui a tout de même de quoi rassurer (les comparaisons avec Ingmar Bergman et Andrei Tarkovski sont récurrentes !). Là où une bonne majorité s’inquiètent, c’est que Valhalla Rising ne semble pas être le film barbare auquel tout le monde s’attendait. Si la violence y est soudaine et crue - tripes, hectolitres et décapitations au menu ! -, elle n’empêche pas le film d’être une descente aux enfers (d’où le contraste avec le Valhalla, paradis des guerriers nordiques ?) apparemment longue, lente, et du coup... difficile d’accès, du moins à ceux qui s’attendaient à un nouveau pseudo-Conan Le Barbare (et qui tristement ne seront sûrement même pas ravis par le remake à venir). Au moins, la chose rassurante, c’est que le film semble ne pas laisser insensible le spectateur.

Ça sera à notre tour de nous faire notre avis dans les salles le 10 mars prochain, tandis que Nicolas Winding Refn se prépare à présenter son mystérieux prochain métrage, Vinnie & Mario , une comédie d’action (!) en anglais qui semble loin de surfer sur la même vague que Pusher ou même ce Guerrier Silencieux. Après tout, ne jamais se répéter chez un cinéaste, n’est-ce pas une bonne chose ?

Bande Annonce VOST :

PS : Pour ceux qui seraient intéressés, afin d’accompagner la sortie du film, le Festival du Cinéma Nordique de Rouen (fief de l’auteur de ces lignes) propose tout au long de sa programmation (du 10 au 21 Mars) une retrospective sur grand écran dédiée au cinéaste danois, de Pusher à Le Guerrier Silencieux, en passant par Bleeders et Inside Job. Le cinéaste serait d’ailleurs apparemment présent pour assister à des débats du 11 au 14 Mars. Une offre qui ne peut que intéresser la plupart des lecteurs de ce site. Inutile de préciser que "moi, je viendrais !"

Mise à jour (12/03/2010) : L’auteur ne sait décidemment pas se renseigner, Vinnie & Mario était en fait une publicité pour une agence de voyage.

Commentaires

J’étais présent pour la découverte de Pusher sur grand écran il y a moins de 2 heures, donc encore merci pour cette grande initiative.
Évidemment, je serais au rendez-vous pour le second opus demain midi, et pour Bleeders suivi du débat.

Longue vie au festival !

10 mars 2010 | Par 04. Zito

Je me permets de confirmer. Nicolas Winding Refn sera BIEN présent !!! Il rencontrera le public le jeudi 11 mars après la projection de BLEEDER et le vendredi 12 mars après celle du GUERRIER SILENCIEUX. Plus d’infos ici : http://www.festival-cinema-nordique...

En espérant vous y voir !!!

10 mars 2010 | Par Pierre Charrel

Ajouter un commentaire


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Newsletter

Devenir membre du site

Vous inscrire

Entrez votre adresse email dans le champ ci-dessous. Vous recevrez à cette adresse un courrier de confirmation d’inscription et un lien. Ce lien vous permettra de sélectionner les listes de diffusion.

Vous pouvez également vous inscrire en tant qu’auteur.

Newsletter publique

Pour recevoir les dernières nouvelles du site, abonnez-vous à la newsletter !

Forum

Forum

Suivez-nous sur

twitter Twitter
facebook Facebook
myspace MySpace

Statistiques

Ce site compte actuellement :

  • 4108 films
  • 2711 critiques de film
  • 18 chroniqueurs
  • 5971 commentaires