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Le retour d’Amenabar
Par Dante
Rome nouvelle saison ?
Les studios hollywoodiens sont en train de redécouvrir les possibilités de l’Antiquité, après le succès de 300, le futur Choc des titans et l’hypothétique séquelle des aventures de Léonidas, les scénaristes n’ont de cesse de se replonger dans les origines de nos civilisations modernes. L’empire romain, dont l’histoire s’étale sur près de cinq siècles, fut une intarissable source d’inspiration de grands films tel que le Spartacus de Kubrick ou le Gladiator de Scott. Plus récemment, c’est HBO et John Milius qui ont ressorti les toges avec l’énorme série Rome, fresque épique qui prenait le parti de montrer les mœurs de l’époque dans tout ce qu’elles avaient de dérangeantes et de déplacées.
Suivant l’exemple de ses aînés et explosant du même coup le cadre resserré qu’il affectionne habituellement, Alejandro Amenabar vient apporter sa vision de l’Histoire avec son Agora. Cette fois, point de César ou de gladiateurs, mais l’histoire de Hypathie, une astronome grecque vivant à Alexandrie qui va devoir faire face à la révolte des Chrétiens face à l’autorité romaine. Bien que les premières bandes-annonces laissent présager une grande fresque historique, où la rage des batailles n’aura d’égal que l’exaltation des grands sentiments, Agora serait, selon les dires du cinéaste, avant tout une réflexion sur la religion et plus généralement sur le besoin de croire. Un parti pris déroutant, qui a fait son petit effet au festival de Cannes, où il était présenté hors compétition.
Et c’est un pari risqué pour Alejandro Amenabar, réalisateur de Tesis et d’Abre los ojos, qui avait finalement cédé aux sirènes hollywoodiennes pour réaliser le très efficace Les Autres, redonnant par la même occasion un coup de booster à la carrière de Nicole Kidman. L’actrice a d’ailleurs un temps été envisagée pour le rôle d’Hypathie mais a été, selon les rumeurs, refroidie par les considérations religieuses que le film soulève.
Amenabar avait su retourner à un cinéma plus intimiste, avec le touchant Mar Adentro, plaidoyer sur le droit d’euthanasie des malades qui avait rencontré un succès international. Dès lors, le retrouver à la tête d’un péplum en toges doté d’un confortable budget de 73 millions de dollars pouvait surprendre. Malgré ces allures de grosse production, le réalisateur espagnol n’en a pas perdu pour autant sa sensibilité artistique, puisqu’il a pris le pari de n’engager qu’une seule tête d’affiche, en la personne de Rachel Weisz, et, du coup, de composer le reste de son casting avec des acteurs moins connus tels qu’Oscar Isaac (vu dans le Che partie 1) ou Max Minghella (qu’on verra bientôt dans The Social Network de Fincher).

L’antithèse du blockbuster donc, qui prend à contrepied toutes les attentes qu’on aurait pu placer dans ce film, surtout que Rome est désormais représentée dans l’inconscient collectif par la série d’HBO. Mais aux dires d’Amenabar, Agora ne sera pas un film sur Rome mais bel et bien une réflexion, retranscrite à travers un triangle amoureux entre la belle philosophe, son disciple et un esclave converti au christianisme. Cependant, loin d’être une énième romance, Agora ne s’attarde sur chacun de ses personnages que parce qu’ils sont les marionnettes de la grande Histoire, ce qui permettra au réalisateur d’aborder des thèmes tel que la religion, la place de la Raison, l’esclavage ou, plus généralement, la place de la croyance dans un société , le tout doublé d’une critique sur le fanatisme religieux. Un film aux abords philosophiques qui risque de rebuter tous les amateurs de Titus Pullo bien que les talents de conteur d’Alejandro Amenabar ne puissent être remis en cause, lui qui a toujours su livrer des œuvres dont l’iconoclasme n’a d’égal que leur efficacité. Et ce n’est pas le public espagnol qui dira le contraire, puisqu’Agora a battu les records de démarrage, engrangeant 7 millions de dollars en quatre jours.
LE TRAILER
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