Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Un agitateur au pays du Matin calme
Par Caligari
Dans la nouvelle vague des réalisateurs sud-coréens qui ont égrenés nos écrans lors de ces dernières années, Kim Ki-Duk occupe une position intermédiaire et assez ambigüe. A la fois représentant emblématique du paysage cinématographique de son pays dans nos contrées occidentales et méprisé par la critique de son pays, lui préférant des réalisateurs dits « intelligents » et ayant gagné leurs galons dans des écoles de cinéma, ce véritable touche-à-tout ne cesse de surprendre en livrant des œuvres éclectiques, et en ne reculant jamais devant les expérimentations les plus audacieuses.
Après avoir été tour à tour ouvrier, militaire, aspirant prêtre et peintre, Kim Ki-Duk commence à s’intéresser au cinéma, lorsqu’il séjourne à
Paris, et découvre des films aussi divers que Le silence des agneaux, L’amant ou encore Mauvais sang de Léos Carax. De retour dans son pays, Ki-Duk s’attèle à l’écriture de scénario et est vite remarqué par les professionnels, qui lui remettent toute une série de prix. En 1996, il aborde sa carrière de réalisateur avec un film aux accents autobiographiques, Crocodile. Ces années de galère pour essayer de vendre des toiles à Paris inspirent ce premier film, tout comme le suivant, Wild Animals, tourné en France, avec des acteurs français, à savoir Richard Bohringer et Denis Lavant.
Avec Birdcage Inn, en 1998, Ki-Duk met pour la première fois en scène une femme dans le rôle principal, ce qui sera le cas bien souvent par la suite. L’île, réalisé en 2000, est l’un de ces films portés par un personnage féminin fort. Cette histoire d’une relation entre un criminel et la propriétaire de la maison flottante lui servant de planque mêle le réalisme social déjà présent dans ses films précédents, à une esthétique onirique et hypnotique, qui deviendra bien vite la marque de fabrique de Ki-Duk.
Son film suivant, réalisé la même année que L’île, inscrit Ki-Duk parmi les cinéastes les plus audacieux de sa génération. En effet, Real Fiction, plongée hallucinée dans la vie d’un dessinateur devenu fou qui décide d’assassiner tous ceux qui lui ont gâché son existence, a été réalisé en un jour, ni plus ni moins. Malgré un manque évident de moyen, dû à la restriction de temps, Ki-Duk fait preuve dans ce film d’une capacité d’improvisation tout simplement bluffante, et montre que les expérimentations peuvent être plus que payantes, et que l’épaisseur du budget d’un film peut être inversement proportionnelle à sa qualité.

En 2001, Kim Ki-Duk récolte son plus gros succès à ce jour dans son pays natal avec Bad Guy. La même année, il s’inspire de son expérience personnelle dans l’armée pour livrer Address Unknown, chronique d’un village proche d’une base militaire dans les années 70. Il puisera à nouveau dans ses souvenirs de l’armée pour le film suivant, The Coast Guard, véritable pamphlet contre le système militaire coréen, qui fera grand bruit dans ce pays où il n’est pas spécialement bien vu de contester l’autorité.
Après ce film à charge, Kim Ki-Duk revient là où on ne l’attend pas, avec une véritable ode à la nature. Dans Printemps, été, automne, hiver et printemps, il joue pour la première fois dans un de ses films. Ce film très contemplatif raconte le chemin spirituel d’un moine pour trouver sa voie à travers et au fil des saisons.
On croyait l’enfant terrible du cinéma coréen assagi, et le voici qui pète à nouveau les plombs avec Samaritan Girl, indubitablement son film le plus controversé. Au menu, une jeune femme souhaitant coucher avec tous les anciens clients de sa prostituée de meilleure amie qui s’est suicidée, tandis que le père de celle-ci ne veut qu’une chose, tous les éliminer. Le film suivant, 3-iron, œuvre poétique sur un homme squattant des maisons désertées par leurs propriétaires, apparaît à nouveau comme un apaisement pour ce cinéaste schizophrène. Ce film revêt un certain nombre de similitudes avec L’île tout en étant plus adouci, et est également un contrepoint parfait à Samaria.
Breath et Dream, ses deux derniers opus, sont représentatifs du cheminement de ce cinéaste atypique et prolifique, s’inscrivant à la fois dans le genre fantastique par le sujet et le climat qu’il adopte et s’en éloignant par ses digressions scénaristiques des plus surprenantes. Ayant ouvert la porte à bon nombre de réalisateurs coréens (Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho, …) l’ayant aujourd’hui supplanté en termes de notoriété, Kim Ki-Duk occupe aujourd’hui une place plus discrète médiatiquement mais continue d’explorer les genres et d’accumuler les expérimentations dans des films déroutants et parfois radicaux.
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