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PIFFF 2015 - The Survivalist

Difficile de taper dans le post-apo en 2015. Pas parce que l’époque ne s’y prête pas, au contraire, elle s’y prête plus que jamais mais bien parce qu’en début d’année, George Miller a mis en scène ce que beaucoup considèrent comme le parangon du genre pour les décennies à venir, à savoir Mad Max : Fury Road. Une odyssée de violence, de bruit et de fureur. Que faire donc pour ne pas souffrir de la comparaison ? Comme l’Irlandais Stephen Fingleton : prendre le contrepied total du géniteur de Max Rockatansky. Livrer un film post-apocalyptique intimiste, humain, basé sur les émotions, les sentiments, les non-dits et le quotidien. Là où Max et Furiosa sont de vrais personnages de cinéma, bigger than life, notre antihéros est lui un type comme tout le monde qui a su s’adapter à la nouvelle donne du monde, de la société humaine.

The Survivalist conte l’histoire d’un homme qui survit, seul, dans la forêt, dernier refuge d’un monde qu’on imagine aisément désolé, en proie aux troubles, à la dévastation, à la fin des temps et de l’humanité. Il est forcément l’un des derniers et ne doit sa survie qu’à une routine ascétique et spartiate. Il n’a qu’un seul but : survivre. La bonne idée de Fingleton consiste à jouer sur la connaissance du spectateur, sur son intelligence cinéphilique. Pas besoin de montrer la Terre en flammes, soumise aux gangs de rôdeurs, aux zombies, désolée avec ses villes en ruines et la nature qui reprend ses droits. Le spectateur connaît tout ça parfaitement et se chargera seul, comme un grand, de puiser dans ses souvenirs pour imaginer le background de The Survivalist. Fingleton n’a besoin de rien faire, tout est déjà clair dans l’esprit de tout le monde. Il peut tranquillement rentrer directement dans le vif du sujet : la survie à n’importe quel prix.

Werner Herzog est convoqué dans ce Survivalist, comme Jim Mickle, Carlos Reygadas aussi et un peu de Luc et Jean-Pierre Dardenne. L’ambiance se veut minérale, naturaliste, un homme dans toute sa brutalité est filmé au plus près dans un quotidien réglé comme du papier à musique. Il n’y a guère de menace, seulement l’habitude, l’ennui et l’instinct de vie comme si tout était normal. Cultiver son jardin, récolter de l’eau, manger, consolider sa baraque, dormir. Fingleton met en lumière ce qui est d’habitude cantonné dans l’invisible : l’essence même de la survie. Il y a un peu de The Afterman dans cette péloche, on y retrouve cette même volonté d’aller à l’essentiel, de brosser un portrait sans fard, réaliste dans son irréalité, à la différence près que Fingleton sublime cette brutalité toute naturelle par la force de sa mise en scène. Une mise en image qui habite le film et fait front avec son comédien principal, aussi minéral que son environnement. Noueux, taillé à la serpe, dans un jeu proche de celui d’un Michael Fassbender, Martin McCann fait plus qu’incarner son personnage, il est le Survivaliste.

Sa routine va être bouleversée par l’intrusion de deux demoiselles dans sa ferme. Suivant son personnage au poil de barbe près, le cinéaste bouleverse lui aussi sa mise en image, le cadre s’élargit pour laisser pénétrer les deux intruses, les plans serrés, au corps laissent la place à quelques prise de vue plus larges afin de rassembler l’ensemble de la très petite communauté qui se forme, un semblant de famille. Le film ne quittant jamais le point de vue de son protagoniste, l’arrivée du duo féminin est perçue comme une menace qui n’est plus extérieure mais intérieure.

Le réalisateur refuse le spectaculaire pour couvrir son histoire du voile d’un drame presque Bergmanien, ce qui peut en laisser certains sur le carreau. Cette retenue aura pour conséquence de rendre l’irruption de la violence plus brute, plus abrupte. Il a beau placer les conflits humains au centre de son œuvre, il n’oublie pas pour autant qu’il officie dans le genre post-apocalyptique et que, de fait, la violence peut surgir à tout moment. The Survivalist est un film âpre et rugueux, comme le physique de son acteur principal. Fingleton ose un parti-pris qui frise la radicalité mais s’y accroche et offre une grande cohérence à son film et à l’univers dépeint. « Less is more » semble avoir été son credo lors de l’écriture. Il réussit à rejouer la devenir de l’humanité dans un huis-clos forestier de trois personnages. Malgré ses énormes qualités, on aurait souhaité voir la nature jouer un rôle plus prégnant ainsi qu’un jusqu’au-boutisme plus poussé lors de certaines séquences mais en l’état The Survivalist est une excellente surprise, une œuvre envoûtante et surprenante qui happe le spectateur pour l’emmener dans sa petite comédie humaine. Un film, un metteur en scène et un comédien à suivre.

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