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PIFFF 2014 - The Mole Song

On ne va pas refaire toute la biographie ni passer en revue la filmographie de Takashi Miike. Tous les amateurs de fantastique ont déjà entendu parler du metteur en scène nippon et vu au moins un de la presque centaine de films qu’il a réalisés. Avec un rythme de croisière de trois ou quatre métrages annuels, le cinéaste n’est jamais à cours de projets et nous autres, fans de la première heure, ne souffrons jamais de la terrible attente de découvrir la nouvelle œuvre d’un metteur en scène que l’on aime. Si on est impatients, il vaut mieux pour sa santé être fan du stakhanoviste Miike que de Terrence Malick. Bien qu’habitué des festivals prestigieux, le Japonais violent ne s’est jamais renié et retrouve l’audience plus confidentielle, mais plus passionnée du PIFFF pour présenter son nouveau film aux spectateurs francophones qui vont, encore une fois en prendre plein les yeux.

La filmographie de Miike est comme la vie selon la maman de Forrest Gump : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Après un blockbuster calibré mais sympathique (Shield Of Straw), une œuvre d’horreur psychologique implacable (Over Your Dead Body) et un néo-slasher brutal et violent (Lesson Of The Evil), le voici qui revient avec une comédie policière déjantée et foutraque comme il en a le secret. The Mole Song : Undercover Agent Reiji est l’adaptation du manga du même nom de Noboru Takahashi. Ce n’est pas une première pour Miike qui avait déjà porté à l’écran Ichi The Killer et Crows Zero. The Mole Song s’insère parfaitement dans la filmographie de son metteur en scène. On y retrouve tout ce qu’on aime chez lui : une certaine dose de folie, du n’importe quoi assumé, une faculté à créer des scènes instantanément cultes, une petite dose de violence et une louchée d’humour non-sensique. Malheureusement, de temps à autre surgit également un peu de dilettantisme, des longueurs et une mayonnaise qui ne prend pas toujours.

The Mole Song démarre en trombe, porté par un humour décapant et une pluie de gags tous plus hilarants les uns que les autres. On découvre Reiji, flic incompétent, qui se fait virer avant d’infiltrer un gang de yakuza. Miike multiplie les techniques pour mêler film traditionnel et une certaine forme de collage et d’animation. Le métrage file à 100 à l’heure et rappelle les dernières œuvres dantesques de Sion Sono ; mais là ou les films de Sono se tenaient de A à Z et parvenaient à dépasser leur postulat de départ pour raconter autre chose, The Mole Song souffre de nombreux trous d’air, d’une durée trop conséquente et d’une incapacité à dépasser son sujet. Le mélange des genres, cher à Miike, ne fonctionne que moyennement, les passages de comédie et les séquences plus sombres et violentes se heurtent sans transition plutôt que de s’enrichir harmonieusement. Le métrage manque aussi fortement de scènes paroxystiques et le climax s’avère beaucoup trop classique que pour vraiment marquer le spectateur affaibli par plus de deux heures de film.

Malgré ces défauts, le talent de Miike et de ses comédiens suffit à faire de The Mole Song un bon moment de cinéma. L’esprit manga est respecté. Le timing de la comédie fonctionne parfaitement, la première demi-heure est un vrai régal qui doit énormément à ses acteurs ne reculant devant rien pour le bien du récit. La mise en scène est riche et variée sans pour autant en faire des tonnes. Le réalisateur maîtrise sa caméra, son image et sait comment filmer chaque séquence comme elle doit l’être même si on ne peut s’empêcher de penser qu’il retombe dans ses anciens travers. Muni d’un budget conséquent, il est plus à l’aise pour composer des plans riches en effets spéciaux. Il se permet même de citer le final cultissime de Dead Or Alive au détour d’une scène d’action. L’œuvre se repose beaucoup sur son casting délirant qui rassemblent des vieilles trognes du yakuza eiga et la fine fleur de la comédie nippone.

Au final, The Mole Song Undercover Agent Reiji est une œuvre réjouissante et sympathique qui peut faire figure de porte d’entrée à l’univers du metteur en scène. Un grand spectacle qui mêle comédie et action, porté par de solides comédiens et une mise en scène spectaculaires. Le métrage souffre d’une longueur excessive et d’un manque d’harmonie qui gâche un peu le plaisir mais pas suffisamment toutefois que pour ne pas passer un bon moment devant ce qui reste une cuvée très correcte du Château Miike. S’il n’est pas une vulgaire piquette comme a pu en produire le réalisateur, il ne fait pas non plus partie de ses grands crus. Simplement un petit plaisir de spectateur. Et c’est déjà pas mal.


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