PIFFF

PIFFF 2013 - Real

Mine de rien, ça faisait cinq ans que le metteur en scène japonais n’avait plus tourné pour le cinéma, depuis Tokyo Sonata sorti en 2008 plus exactement. Entre temps, Kurosawa est retourné à ses premières amours : la télévision pour laquelle il a tourné Shokuzai, une série de cinq épisodes finalement scindée en deux films pour être présenté au festival de Venise et ensuite bassement exploité en salles en Europe. Mais la facture visuelle de l’œuvre ne laissait aucunement planer de doute sur sa véritable origine. C’est avec le PIFFF 2013 que Kyoshi Kurosawa signe son retour sur les écrans français avec ce Real adapté du roman de Rokurô Inui, The Day Of The Perfect Pleiosaur. Un titre bien étrange pour une histoire qui ne l’est pas moins.

Real s’inscrit parfaitement dans la filmographie du réalisateur qui a toujours aimé appréhender le genre sous une dimension psychologique et métaphorique. Le fantastique, l’horreur ou la science-fiction, comme c’est le cas ici, s’inscrit toujours dans un quotidien urbain et banal de la culture japonaise. Kurosawa est un cinéaste du basculement, c’est-à-dire que peu à peu, détail après détail, l’inexplicable prend le pas sur la réalité concrète des personnages et de l’intrigue. Cette fois, il brouille les pistes dès les premières images de son œuvre : une scène banale dans la vie banale d’un banal couple japonais. Ensuite, une ellipse et un carton annonçant un saut dans le temps d’une année, une tentative de suicide et la possibilité pour l’homme d’entrer en contact avec l’esprit de sa belle via la technologie médicale. Vont s’en suivre deux longues heures d’allers et retours entre la réalité concrète, le subconscient et le passé des personnages. Avec toujours cette faculté que possède le réalisateur de brouiller les pistes, d’intimement mêler les différents niveaux d’intrigues et aussi, malheureusement, de perdre le spectateur en route.

En effet, si la mise en scène est soignée, sobre mais élégante, on sent l’influence d’Ozu omniprésente chez Kurosawa : la lumière plate, sans relief et le jeu des comédiens secondaires laissent perplexe et n’aident pas vraiment le spectateur à se rattraper aux branches d’un rythme très lent, indolent qui, dans le cadre d’un festival, est souvent fatal aux spectateurs qui doivent lutter pour garder l’esprit clair et les sens en éveil. D’autant plus que Kyoshi aime prendre son temps afin d’installer correctement chaque élément de son histoire si bien qu’il faut presque une bonne heure pour vraiment comprendre où il veut en venir. Mais à ce moment-là, on a déjà décroché et on n’a plus vraiment envie de comprendre le pourquoi du comment du scénario et des retournements. Paradoxalement, le film est à la fois trop nébuleux et trop explicatif. On comprend bien que la clé de tout ça se situe dans le passé des personnages mais au final à quoi bon puisque le réalisateur ne parvient pas à conserver l’attention de son auditoire. Il faut attendre la dernière demi-heure pour que l’inquiétante étrangeté chère à Kurosawa fasse son apparition et provoque un sursaut d’intérêt dans cet océan d’ennui qu’a constitué Real. Peu à peu, les choses s’éclaircissent et les zones d’ombre du scénar’ disparaissent mais l’intérêt du spectateur pour cette histoire s’est lui déjà évaporé. Si ça n‘était pas le cas, les innombrables fins, à ce titre le film rivalise aisément avec Le Retour du Roi, auront eu raison du courage et de l’abnégation des plus braves.

Real reflète bien le cinéma de son auteur. Des histoires ennuyeuses portées par une mise en scène élégante et fine. L’homme sait filmer, ça ne fait aucun doute mais il a aussi le chic pour rendre inintéressantes et ennuyeuses des histoires qui sur le papier ne le sont pas forcément. Real montre que le genre n’est pour Kurosawa qu’un prétexte à mettre en scène les tourments humains avec une touche auteurisante, dans le mauvais sens du terme, qui rend son cinéma très hermétique et dénué de vie, d’émotions. Certes l’homme a mis en scène quelques excellents films de flippe comme Kaîro et Cure, sans oublier le très beau Charisma, mais cette époque semble bel et bien révolue. Aujourd’hui, Kurosawa est surtout synonyme d’ennui, de froideur stylistique et de cinéma désincarné. Alors oui, Real est bel et bien un film de son auteur.

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