Critique de film

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Opera

"Opera"
affiche du film

Une jeune cantatrice est choisie pour interpréter lady Macbeth dans l'opéra de Verdi, une oeuvre qui a la réputation de porter malheur.

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Les critiques à propos de ce film

Critique d’Opera - Ouvre les yeux
Par : Chroniqueurs

Par Bruno Dussart

Deux ans après l’une de ses dernières oeuvres maîtresses, Phenomena, Dario Argento renoue en 1987 avec le Giallo couleur rouge sang, façon Ténèbres pour l’inventivité des meurtres explicites ainsi que la virtuosité d’expérimentations visuelles alambiquées. Echec public et critique lors de sa discrète sortie directement prescrite par la case dvd en France, l’étrange Opera alterne la flamboyance esthétique et la maladresse d’une interprétation translucide.

Avant la représentation théâtrale de Macbeth de Verdi, une diva se fait incidemment renverser par une voiture. Betty, jeune cantatrice timorée et inconfiante, est appelée à remplacer la célèbre chanteuse pour s’approprier de son rôle majeur. Durant le spectacle, un incident technique a lieu au troisième étage de l’amphithéâtre. Quelques instants après la représentation, un homme retrouvé mort est découvert sur les lieux de l’accident. C’est le début d’une série de meurtres sanglants perpétrés par un mystérieux tueur ravissant à chacun de ses méfaits la jeune Betty prise en otage, en l’obligeant par la force à observer ces crimes sauvagement exécutés.

Opéra débute son entrée en scène dans la vaste demeure circulaire d’un luxueux amphithéâtre auquel une novice cantatrice va interpréter devant une foule attentive le rôle d’une diva dans Macbeth, d’après la tragédie de Shakespeare. La réalisation inspirée de Dario Argento apprivoise harmonieusement l’espace de façon fluide et acrobatique dans une succession de mouvements de caméra amples et vertigineux, après avoir planifié un plan séquence de toute beauté. Le spectacle chanté par une voix naturelle incisive, scandé par la partition classique de Verdi est d’une élégance épurée, au moment où un premier meurtre va avoir lieu ! Argento prouve immédiatement avec ce prologue enthousiasmant qu’il n’a rien perdu de sa vigueur, son habileté à gérer un univers flamboyant sous le mode rituel du crime toléré par un malade mental. Pour ajouter une complexité à l’intrigue classiquement ordonnée, le réalisateur va introduire une étrange séquence de rêve diaphane au pouvoir trouble palpable, fantasmé par l’héroïne en pleine réminiscence inconsciente. Dans ce songe obscur, diverses tortures sadiques sont pratiquées par un individu masqué sur une femme soumise allongée sur un lit. Ces exactions putanesques causées sur celle-ci sont établies sous le regard d’une femme complice et d’une fillette outrageusement prise en otage. Passé ce suspicieux cauchemar torturé, le second meurtre va être commis dans un appartement auquel Betty et un amant de passage s’y sont réfugiés. Tout le génie créatif de l’art du crime d’Argento va exploser dans cette séquence anthologique qui voit notre jeune protagoniste contraint de contempler un crime sauvagement perpétré devant ces yeux entrouverts. En effet, par un système ingénieux, le criminel a concocté deux petites tablettes d’une rangée d’aiguilles acérées, collées sur du ruban adhésif afin de les plaquer sous les yeux grands ouverts de l’héroïne ligotée. De manière à ce que les paupières ne puissent jamais se refermer, au risque d’écorcher les pupilles prises en otage. Ce second meurtre asséné au couteau sur le pauvre compagnon de Betty est sans doute le passage le plus brutal et sanglant du film. Argento utilisant une fois de plus toute sa maestria technique pour impressionner avec cruauté fertile son abominable acte criminel occasionné par un tueur machiavéliquement pervers (le couteau acéré pénètre dans la gorge du témoin pour ressortir ensuite par la cavité buccale au travers de sa dentition !) .

La suite des évènements se laisse gentiment suivre jusqu’à l’achèvement d’un autre crime spectaculaire auquel une balle de revolver va venir transpercer l’oeil d’une femme cloîtrée sur l’orifice d’une serrure de porte !
Cette première heure techniquement probante réussit à captiver dans sa maestria visuelle malgré le peu de charisme des comédiens ternes (d’autant plus dommageable pour la photogénie de l’héroïne gracile, aussi chétive que lascive). De surcroit, le scénario anémique ne fera que s’embourber dans une dernière partie grotesque pour la révélation et les motivations du meurtrier, intimement lié au passé trouble de Betty.

Visuellement, Opéra réconforte donc et séduit dans sa poésie épurée d’images baroques ou enjoleuses. La musique en demi-teinte alternant le classique occidental de Verdi et la violence antinomique du hard-rock charme l’ouïe autant qu’elle puisse irriter dans ces accents plus brutaux en décalage avec la séquence choc administrée (pour la confection des meurtres, Argento avait déjà commis la même erreur de rythmique musicale avec l’utilisation massive de guitares saturées, de basses, et de batteries dans le magnifique Phenomena). La réalisation incroyablement inventive multipliant les mouvements de caméra en vue subjective fascine constamment malgré le peu d’intérêt accordé à cette intrigue futile. Pourtant, l’idée d’affilier l’univers théâtral de l’opéra compromis dans un univers de sexe et de meurtre avait de quoi aboutir à un spectacle démesuré de la part d’un maître de l’horreur transalpine.

Avec ses défauts peu négligeables, Opéra est surtout handicapé par une interprétation sans éclat et d’un scénario beaucoup trop hasardeux, voir vide de sens. On se réconforte donc sur l’anthologie des meurtres raffinés, disposés à intervalle régulier et d’une réalisation technique réellement prodigieuse. Une semi réussite ou un semi échec, un sentiment de déception amère autant qu’une œuvre ambitieuse parfois fascinante oscillant avec des moments chocs inoubliables.


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