Critique de film

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Oncle de Brooklyn (L')

"Lo zio di Brooklyn"
affiche du film

Dans un Palerme fantastiquement vide et délabré, deux mafiosi nains demandent à quatre frères escrocs de s’occuper de leur oncle de Brooklyn, un vieux parrain muet.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de L’oncle de Brooklyn - Je suis rital et je le reste...
Par : Seb Lecocq
Tags : Etrange festival 2011

L’Italie est un beau pays. C’est aussi un beau cinéma, peut-être celui qui en son temps, nous a offert les plus beaux films de genre. Un cinéma qui respirait l’amour de la série B, de l’artisanat et du fantastique. C’est aussi le cinéma qui, avec celui du Japon, osait le plus, repoussait ses propres limites et n’éludait aucune thématiques. Un cinéma qui en avait dans le buffet et qui y allait à fond dans le what the fuck. Cette époque est certes aujourd’hui révolue depuis belle lurette mais, parfois, surgi de nulle part, débarque un film qui vient nous rappeler que cet artisanat transalpin n’est pas mort, mais, comme l’Etna, juste ensommeillé et capable de péter à la gueule de temps à autre. Un sommeil profond certes, mais la bête bouge encore.

Lo Zio di Brooklyn a.k.a L’Oncle de Brooklyn dans la langue de Molière est la première réalisation du duo Cipri-Maresco, trublions ayant dynamité la télévision italienne dans les années 80-90 grâce à des sketches parodiques, non-sensiques, burlesques mais toujours drôles et contestataires. Une sorte de Groland version italienne. Le duo récidivera plus tard avec Toto Qui Vécut Deux Fois qui connut les honneurs d’une sortie confidentielle dans les salles françaises. L’Oncle De Brooklyn est très compliqué à résumer car, à première vue, il ne possède ni véritable scénario, ni véritables enjeux, voire même de trame ou d’intrigue à proprement parler. Juste un vague fil rouge : une famille dégénérée est mandatée par deux mafieux nains pour garder l’Oncle de Brooklyn, un parrain venu des Etats-Unis. Les jours passent sans que l’Oncle ne bouge, ne mange ou ne dorme. Pendant ce temps-là, la vie suit son cours dans une ville de Palerme délabrée et vide de toute présence féminine. Sur cette maigre trame, dont les deux réalisateurs semblent se foutre profondément, va venir se greffer tout un tas de saynètes mettant en scène les habitants d’une Palerme post-apocalyptique. Une façon de faire qui n’est pas sans rappeler l’extraordinaire Gummo d’Harmony Khorine.

Le duo Cipri et Maresco propose un film qui ne ressemble à rien de connu mais qui, dans le même temps, s’inspire et rappelle énormément de choses. On pense avant tout au cinéma de Dino Riso, Pasolini et Marco Ferrerri pour l’exubérance, l’exagération et l’anticonformisme anarchique. En cela, l’œuvre se montre entièrement et profondément latine. Le duo convie aussi l’esprit des comiques locaux que sont Toto, légende du rire transalpine, et le grand Alvaro Vitali pour le côté burlesque et très premier degré de l’humour. Sur cette base romane, les deux Italiens ajoutent l’humour politique et décalé de l’équipe du Groland et shoote tout ça comme un western de Sergio Corbucci, plan larges et fixes, gros plans, paysages désertiques et en friches, gueules cabossées sorties tout droit des œuvres de Léone. Un mix d’influences digérées, assimilées et régurgitées pour finalement obtenir un style éminemment personnel.

Mais qu’est-ce donc que cet oncle de Brooklyn ? A la fois tout et rien : comédie, drame, polar, post-apo, satire, les genres se mélangent et s’interpénètrent au fil des scènes sans lien logique entre elles. On passe d’une séquence dans laquelle un homme se fait plaisir avec un âne prostitué à une scène montrant un homme obèse mangeant et pétant pour enchainer sur l’histoire d’un homme qui tente de séduire un nain déguisé en femme qui lui crache dessus. Un ensemble de portrait féroces, décalés représentant la société italienne passée au vitriol. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la plupart des personnages sont des handicapés physiques, mentaux voire les deux. Sous ses atours burlesques et satiriques, L’Oncle de Brooklyn est une œuvre ouvertement politique, l’absence de tout personnage féminin en est une preuve supplémentaire. Si la société en est arrivée là, c’est avant tout la faute aux hommes et le futur passera donc par les femmes. Politisés et féministes, nos deux lascars.

Le duo italien tente énormément d’expériences dans ce film qui fait figure de laboratoire dont résultat est forcément inégal. Certains passages touchent au pur génie comme cette scène de convoi funéraire complètement surréaliste qui à elle seule prouve le potentiel des deux cinéastes. Mais d’autres séquences sombrent dans la vulgarité crasse ou la provocation gratuite. On notera une séquence d’une drôlesse absolue dans laquelle un personnage handicapé compte les spectateurs de la salle avant de les insulter. Le tout en regard camera, plan fixe pendant plusieurs minutes. Le film regorge de scènes de ce genre mais il déborde dans le même temps de moments creux, de passages ratés qui participent paradoxalement à la fascination qu’exerce le film.

Quoiqu’il en soit, Lo Zio Di Brooklyn est un film précieux, essentiel même pour tous ceux qui aiment sortir des sentiers battus et qui en ont marre de voir toujours la même recette au cinéma. Le film ressemble à ses héros : handicapé, dégénéré, idiot, fracassé et c’est tout ce qui fait son charme.


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