Critique de film

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L'Oiseau au plumage de cristal

"L'Uccello dalle piume di cristallo"
affiche du film

Sam Dalmas est un écrivain américain vivant à Rome avec sa petite amie Julia, mannequin. La nuit précédant son retour aux USA, il est témoin de l'agression d'une femme par un mystérieux individu vêtu d'un impérméable noir. Essayant de lui porter secours, il est piégé entre les deux portes automatiques d'une galerie d'art et ne peut qu'observer pendant que l'assaillant s'enfuit. La femme, Monica Ranieri, épouse du patron de la galerie, survit à l'attaque, mais la police confisque le passeport de Sam pour l'empêcher de quitter le pays, pensant qu'il pourrait être un important témoin. Sam est alors hanté par ce qu'il a vu cette nuit-là, persuadé qu'un élément important lui échappe. Lui et son amie deviennent les nouvelles cibles du mystérieux agresseur.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de L’oiseau au plumage de cristal - Une oeuvre cristalline
Par : Damien Taymans
Tags : Serial killer, Giallo

L’année 1970 marque un tournant important dans le monde cinématographique italien d’une part et international d’autre part puisqu’elle coïncide avec le début de la carrière du cinéaste Dario Argento. L’Oiseau au plumage de cristal est donc la première œuvre du réalisateur, œuvre qui a connu dès sa genèse son lot de rebondissements en tout genre. Dans les années 50, Argento entame son entrée dans le monde cinématographique par une porte dérobée puisqu’il s’adonne à critiquer des œuvres naissantes. Ensuite, Dario accède au cercle fermé des scénaristes du grand écran et signera les histoires et dialogues d’œuvres diverses, collaborant notamment sur un western d’Umberto Lenzi avant de réaliser un virage important en ce début de carrière grâce à son rôle de co-scénariste pour le film Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone.

Dès lors, Argento ressent plus profondément encore son goût pour le cinéma et accède au stade de professionnel dans la corporation. Une corporation qui s’est vu exclusive à son égard lorsque ce dernier décide d’adapter librement le roman de Frédéric Brown The screaming mimi. Ne recevant d’aide que de la part de son père et de la société qu’ils codirigent ensemble, Argento se retrouve catapulté sur le siège de réalisateur pour la création de ce film, siège éjectable puisque le producteur Lombardo voudra l’y en expédier, trouvant le travail de l’auteur trop superficiel et pas assez angoissant. De péripéties en rebondissements, l’œuvre reste dans les mains de son créateur qui lui donnera une tournure personnelle, celle-ci permettant au maestro de se faire un nom dans le monde de la profession.

Premier volume de la trilogie animale (Le chat à neuf queues et Quatre mouches de velours gris la compléteront), L’oiseau au plumage de cristal annonce le renouveau du giallo en Italie, genre mis au goût du jour par les travaux de Mario Bava. Un maître spirituel pour Argento dont il s’inspire à foison pour réaliser la présente œuvre. Malgré une négation persistante de la part du réalisateur, on ne peut pas ignorer l’influence dominante d’œuvres telles que La jeune fille qui en savait trop ou Six femmes pour l’assassin, les deux chefs-d’œuvre gialliens de Bava ainsi que de nettes allusions au cinéma d’Hitchcock (comme Psychose ou L’homme qui en savait trop). Une œuvre née sous influence mais qui a su se faire le porte-drapeau de toute une génération et insuffler son lot d’idées à d’autres cinéastes (la scène du meurtre de l’ascenseur, idée reprise dans le Pulsions de Brian De Palma).

A n’en point douter, pour que le métrage draine à lui tant de louanges et soulève tant de flots d’inspiration chez les autres, il faut qu’il regorge de talent. Du talent, l’auteur en a à revendre. Son œuvre flotte astucieusement entre inspiration plagiaire et innovation totale et personnelle. Outre un scénario extrêmement bien ficelé et organisé selon une structure claire sans être linéaire (ce qui ne sera pas le cas dans Le chat à neuf queues), le métrage surprend bien évidemment par le monde à la fois gothique et onirique qu’offre son auteur. Jouant sempiternellement d’effets de lumière en contraste, alternant intelligemment réalité et rêveries incomplètes, Argento nous entraîne sur la voie de l’illusion, nous bernant dès le départ de son œuvre. Deux scènes sont particulièrement représentatives de cet effet chimérique. La première est l’agression à laquelle assiste le héros où ce dernier se retrouve bloqué entre deux vitres symbolisant l’impuissance qui s’empare de lui (connotée par les cris en sourdine de Delmas) et la transparence de la scène marquée par la limpidité qu’offrent les vitres. La seconde scène est celle du meurtre de la jeune femme dans l’ascenseur, dont le préambule est basé sur ces jeux d’éclairage puisque la future victime avance dans une lumière éclatante avant de finir dans une obscurité totale. Cette dichotomie manichéenne des couleurs permet évidemment à son auteur d’en faire ressortir une dernière plus éclatante encore : le rouge du sang. Cette omniprésence chromique sera notamment reprise lors des Frissons de l’angoisse (intitulé Profondo rosso), chef-d’œuvre ultime du maestro Argento.

A bien des égards, L’oiseau au plumage de cristal reste une œuvre personnelle de son créateur et laisse présager, à l’instar de cette importance des couleurs, des éléments constitutifs du reste de l’œuvre argentienne. De nombreuses caractéristiques y font déjà leur apparition, outre les bases incontestables du genre giallo, comme l’appartenance du héros au monde artistique (Sam Delmas est écrivain comme le héros de Ténèbres, celui des Frissons de l’angoisse est pianiste) ou encore le statut symbolique terrifiant des œuvres d’art (le tableau caché dans la vieille bâtisse ainsi que la musique lancinante du meurtrier dans Les frissons de l’angoisse, le tableau étrange du présent métrage, le pouvoir surnaturel des tableaux dans Le syndrome de Stendhal). Ainsi, le réalisateur donne déjà dès sa première apparition derrière la caméra une touche qui lui est propre au métrage qu’il polit à l’excès et harmonise comme il l’entend. Une oeuvre proche de la perfection, ne serait-ce que par la perversion des illusions créées par la photographie et les images montrées (une vision incomplète de la première scène où réside une pièce manquante cruciale dans la résolution de l’enquête).

Notons au passage la qualité de l’angoisse prodiguée par l’oeuvre, angoisse créée par le truchement d’une caméra subjective très forte et d’une musique magistrale d’Ennio Morricone. Pourtant, si le fond est extrêmement tendu et l’intrigue basée sur un climat anxiogène, le réalisateur parvient de temps en temps à détendre l’atmosphère grâce à des personnages secondaires décalés et très drôles (pensons au proxénète bègue ou au peintre mangeur de chat). Une prouesse que ne réussira pas toujours le maestro.

Il n’est pas étonnant que l’œuvre soit considérée par beaucoup comme étant l’apothéose précoce du destin de son auteur. Il faut même avouer qu’en guise de prémisses, Argento fait fort et parvient à redresser le genre maudit qu’est le giallo (n’oublions pas que le succès de Bava sera très relatif à l’époque), lui donnant même quelques lettres de noblesse. Scénaristiquement très abouti, techniquement proche de la perfection, L’oiseau au plumage de cristal reste et restera un film extrêmement original qui agrémente comme il se doit le patrimoine cinématographique européen. En un mot comme en cent, il est la preuve de la naissance d’un génie.

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