Ose court

OSE COURT - Welcome to Hoxford

18 octobre 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Hox Fever !

Après le visuellement somptueux Batman : Ashes to Ashes (co-réalisé par Samuel Bodin), librement inspiré de l’univers du "Caped Crusader" créé par Bob Kane et dont l’esthétique se réclame des comics Sin City de Frank Miller, Julien Mokrani nous revient avec l’oppressant Welcome to Hoxford, "starring" Jason Flemyng (excusez du peu !). L’occasion rêvée de soumettre le réalisateur à la question.

Julien, peux-tu nous résumer ton parcours artistique et professionnel jusqu’alors ? Beaucoup de lecteurs ne te connaissent pas encore…

Autodidacte, je me suis essayé à plusieurs disciplines comme le montage ou les effets spéciaux numériques avant de passer à la photographie et à la réalisation. J’ai travaillé près de 5 ans en co-réalisation avec Samuel Bodin, avec des clips comme Vacuity pour Gojira ou des courts-métrages comme Batman : Ashes to Ashes, un fan film utilisant la mythologie de l’homme chauve-souris dans l’univers de Sin City de Frank Miller. En parallèle, j’ai aussi développé plusieurs structures de production. Aujourd’hui, je réalise en solo des clips, de la publicité et je viens de terminer Welcome to Hoxford, un nouveau fan film adapté de Ben Templesmith (30 jours de nuit) écrit par Samuel (NB : Bodin), qui en a aussi assuré la coordination artistique.

Welcome to Hoxford est à nouveau une adaptation, en l’occurrence d’un comic de Ben Templesmith. J’imagine que tu dois être un indéboulonnable “comics addict”. Que t’apportent ces univers ? Et quels en sont tes titres favoris ?

Selon moi, la bande dessinée est un moyen d’expression proche du cinéma, en particulier grace à sa forme "découpée" : le rapport case/plan. Je lis de la BD et parfois, elles prennent vie sous mes yeux. On sent le mouvement, l’ambiance, le rythme. Porté par le récit, on peut même se laisser complètement embarquer et entendre les personnages parler. C’est un point décisif dans mes choix ; quand je parviens à me projeter suffisamment pour imaginer le timbre d’une voix, c’est que le personnage existe pour faire vivre l’histoire. Mes titres favoris : Shitaro-Kun, Les Sentinelles, Blacksad, Xenozoic Tales, Sky-Doll, Caped Crusader... et bien d’autres !

Le film peut compter sur Jason Flemyng en tête d’affiche, ce dont peu de courts peuvent s’enorgueillir… Comment l’as-tu rencontré ? Et comment était-ce de collaborer avec pareille pointure ?

Grâce à Louis Leterrier qui nous a conviés, Samuel et moi, à venir sur le tournage du Choc des Titans. Nous sommes arrivés au petit matin, une voiture de golf est venue nous chercher au portail. A son bord, un type complètement dingue maquillé des pieds à la tête. C’était Jason. Il a tout fait pour nous mettre à l’aise. Il était très curieux de savoir ce qu’on faisait ici. Nous avons parlé de A2A (NB : Batman : Ashes to Ashes), qu’il a regardé aussi sec. Il a beaucoup aimé et a proposé de nous aider sur notre prochain projet. Dès que nous avons commencé à travailler sur Welcome to Hoxford, je lui ai envoyé le scénario en lui proposant le rôle de Ray. Sa réponse ne s’est pas fait attendre : « You’re twisted ! I’ll do it ! » (Vous êtes tordus ! Je vais le faire !) (rires). L’arrivée de Jason a été une bénédiction pour le film. Il a apporté une vraie énergie et s’est énormément impliqué. Par exemple, c’est grâce à lui que Dexter Fletcher (Arnaques, crimes et botanique, Band of Brothers, Les Trois Mousquetaires, ...) a accepté d’endosser le rôle de Morton. Mais surtout, Jason est allé jusqu’à se raser la tête pour nous alors qu’il tournait en parallèle sur X-Men : First Class ! Raymond Delgado, « fils de Zeus », était né ! C’est un ange au travail ! Il ne m’a jamais fait douter. Son implication était totale. Il a toutes les qualités : l’écoute, la réactivité et il est disponible, démesurément sympathique. Il a accepté de venir répéter 2 jours pour notre film ; un court-métrage où il a tourné 3 jours ! C’est vraiment un mec génial.

Ce qui frappe au premier abord est l’ultra stylisation de l’image, entre cinéma, BD et film d’animation, un aspect prégnant aussi dans Batman : Ashes to Ashes. Quelles étaient tes références à ce niveau, au-delà du comic de Ben Templesmith, qui j’imagine a dû servir de “bible visuelle” à l’équipe ? Et penses-tu un jour t’attaquer à une œuvre plus “naturaliste” ? D’autre part, le grand chef op Thierry Arbogast (Nikita, Léon, Babylon A.D.) occupe le poste de directeur photo sur le film. De quelles bases êtes-vous partis pour en définir l’atmosphère ?

Je tente de digérer au maximum mes influences pour créer des choses nouvelles. Mais quand on aime les films noirs et l’expressionnisme, ce n’est pas si simple. J’ai donc gardé ces codes en ajoutant de la couleur : deux par plan. Le « néo-expressionnisme » est l’idée qui a séduit Thierry Arbogast. Quand Thierry a accepté de faire le film, j’ai su que j’allais pouvoir rester concentré sur l’essentiel. La BD Welcome to Hoxford à été un choc. Quand je l’ai fermé, j’ai tout de suite voulu en faire un film. C’est l’équilibre narratif et graphique des différents univers que comporte la BD qui m’a guidé. Les images de Ben (NB : Templesmith) étaient donc une bible, mais cela ne peut pas suffire. Quand on fait un film, il faut réussir à voir au delà des cases. Il fallait donc inventer et parfois ré-inventer la prison d’Hoxford. Le plus difficile étant de traduire justement les matériaux et textures qui composent les objets, les décors ou les personnages. Nous avons donc fait appel à une équipe de designers pour développer tout l’univers : la prison, les visions et la bête. En ce qui concerne le naturalisme, oui je pense m’y attaquer. Mais selon moi, c’est cette forme visuelle qui correspondait le mieux à l’univers de Ben Templesmith. Tout dépend du sujet et des orientations du script.

On remarque une certaine propension à l’utilisation des SFX numériques, entre autres via des tournages sur fond vert. C’est un équilibre à trouver, pour ne pas sombrer dans le "tout CGI" actuel, qui émaille nombre de productions récentes… Comment envisages-tu l’utilisation de ces outils, intégrés à ta mise en scène ?

Il faut faire le maximum en live ! Mais quand un type est entouré par un mur de tentacules de 20 mètres, l’économie d’un court-métrage ne permet pas de le faire sur le plateau… Sans les effets numériques, je n’aurais jamais pu faire ce film. J’espère à l’avenir pouvoir mélanger plus de techniques. Je pense que le secret réside dans la multiplicité de techniques utilisées pour un même plan. L’idéal étant de truquer uniquement les zones "invisibles" de l’image. Par cela, j’entend ce que le spectateur ne regarde pas. Par exemple, Les Fils de l’homme. Dans ce film, les effets sont rarements là où l’on pense qu’ils sont. L’illusion est donc parfaite. Mais dans un film comme Hoxford, l’objectif est tout autre. Je voulais plonger physiquement dans la BD et faire ressentir ce qui m’a touché en la lisant : son graphisme.

Le film s’appuie sur une fabuleuse BO de Seppuku Paradigm (à l’œuvre sur le magnifique Les nuits rouges du bourreau de jade du duo Carbon/Courtiaud) et une musique additionnelle des excellents Zombie Zombie. Quelle tonalité avez-vous cherché à définir ensemble ? On songe plus d’une fois aux BO synthétiques des péloches de John Carpenter.

Je voulais que ça groove ! Mais surtout, faire sentir au spectateur qu’une mécanique était en place, lorsqu’on s’approche de la prison, avant la transformation. Chaque segment "rituel" du court est illustré par Zombie Zombie, avec leur son linéaire construit sur l’accumulation. Les Seppuku Paradigm ont composé sur chaque moment d’émotion pour nuancer le film. Ils ont également composé le thème final, avec une carte blanche qu’ils ont totalement utilisée en créant un morceau électro aux accents dubstep relativement galvanisant !

La créature s’attaquant aux prisonniers fait partie des réussites éclatantes du film et est issue du travail de Jean-Christophe Spadaccini, Thierry N’Guyen et Stéphane Levallois. Quelles étaient vos intentions au moment de fixer le design de celle-ci ?

Le principal défi était de ne pas décevoir tout en innovant. Je voulais quelque chose de différent de ce qu’on retrouve habituellement au cinéma, sans perdre le design propre à Ben Templesmith et sans trahir l’inconscient collectif des spectateurs. Nous avons pris le parti d’assumer jusqu’au bout l’originalité de nos loups-garous, quitte à prendre le risque de flirter avec le ridicule. Il ne faut pas hésiter à aller trop loin dans la chair malade des créatures pour surprendre le spectateur, créer le malaise. Je voulais donc un « maigre-gras ». Une bête asthmatique, décrépite, quasiment difforme, malade, voire mourante mais néanmoins dangereuse, qui aurait toutes les caractéristiques à la fois d’un anorexique et d’un obèse. Cette contradiction en a laissé plus d’un perplexe ! Spada (NB : Jean-Christophe Spadaccini) est le premier à avoir su rendre l’aspect malade des bêtes. La tête du loup étant pour moitié de l’os à nu. Au total, les effets plateau ont mobilisé une dizaine de personnes. En post-production, ce sont principalement Thierry Nguyen, creature designer/modeler (John Carter of Mars, Splice), Stéphane Levallois, creature designer (Harry Potter, Narnia, The Incredible Hulk) et Mathieu Vavril, creature designer (Thor, Speed Racer) qui ont permis de décupler les caractéristiques physiques de la bête.

Le pauvre Rurik Sallé (journaliste, Mad Movies) en prend une fois de plus plein la gueule. Mais que vous a-t-il fait ?

Rurik est plus qu’un guest. Il a vraiment participé intensément au film, tout comme David Doukhan. Ces deux-là ont vraiment des gueules et connaissent plutôt bien leur registre ! Mais ce n’est pas tout ; ils ont aussi exécuté plusieurs cascades sous la coordination de Manu Lanzi (même si certains plans ont été coupés au montage pour des questions de rythme général).

En guise de conclusion, peux-tu t’épancher sur tes futurs projets ?

Pour le moment, je vais accompagner Hoxford dans sa toute jeune vie ! Je développe plusieurs projets d’adaptation de bandes-dessinées mais aussi des scripts sur des idées originales. Mais il est beaucoup trop tôt pour en parler ! Une chose est sûr, je me sens prêt à passer au long-métrage. Mais ça ne sera pas forcément un film fantastique, je ne suis pas fermé à d’autres genres. Ce qui me séduit dans une histoire, c’est d’abord sa puissance. Quand je vois un film, je veux vibrer, être galvanisé, sentir qu’il m’apporte une immense énergie.

Un grand merci à Julien Mokrani pour sa sympathie et sa disponibilité.

Lien vers Welcome to Hoxford (sur Vimeo) : http://www.vimeo.com/29832031

Site officiel : http://www.welcometohoxford-thefanfilm.com/

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