Ose court

OSE COURT - Voisins

23 janvier 2013 | Par : Quentin Meignant

MEFAMO, c’est la belle aventure. Celle de passionnés, férus de cinéma de genre, qui, envers et contre tout et dans un panorama belge ne faisant guère la part belle à ce type de création, tente de soutenir de la tête et des épaules les rares initiatives dans le domaine. Avec à sa tête l’excellent Christophe Mavroudis, la petite entreprise connaît bien la crise mais ne se démonte pas pour autant, au point qu’elle planche à l’heure actuelle sur la finalisation d’un court-métrage intitulé Voisins.

Basé sur la courte nouvelle "Voisin" de Renato Lazzaroni, le court-métrage de MEFAMO pourrait aussi bien évoquer dans l’esprit de certains le récent Carré Blanc de Jean-Baptiste Leonetti, toutes proportions gardées bien entendu, ou encore le génial Un Monde Meilleur de Sacha Feiner, dont nous vous parlions avec enthousiasme dans le numéro 2 de Cinemag’Fantastique. A ceci près que, dans le cas de Voisins, l’amateurisme est pur et dur et le budget réduit à peau de chagrin... Mais, comme toute bonne volonté ne peut être que bénéfique à une création abordant un thème réaliste tournant au film d’anticipation, le résultat à l’écran est déjà prometteur alors que de nombreuses étapes de post-production n’ont pas encore été bouclées.

Dès lors, parler de Voisins, le signaler aux organisateurs de festivals et aux éventuels distributeurs était pour nous une évidence d’autant que Christophe Mavroudis, en plus d’être un véritable fanatique érudit du genre, n’est pas chiche lorsqu’il faut passer au jeu des questions-réponses.

Voisins, retenez ce nom, vous pourriez en entendre parler plus vite que vous ne le croyez...

ENTRETIEN AVEC CHRISTOPHE MAVROUDIS, RÉALISATEUR DE "VOISINS" :

Salut Christophe. Cela faisait quelques temps que l’on n’avait plus parlé de toi en ces colonnes. Peux-tu te « re-présenter » brièvement et nous parler des actions présentes de ton ASBL Mefamo ?

On va essayer d’être bref... Je suis actuellement réalisateur, et passionné de fantastique depuis le début de mon adolescence. Après des études de communications, j’ai exercé en parallèle les activités de cadreur télé, et de rédacteur, bénévole, pour Science-Fiction Magazine – dont j’ai coordonné la section Cinéma la première des trois années de notre collaboration. A l’époque, j’ai été à deux doigts de publier un roman, mais le projet a été annulé par la faillite de la maison d’édition. J’ai ensuite mis de côté l’écriture pour me lancer dans un long métrage parodique amateur, Totale Remembrance. Et de cette expérience a découlé la fondation de Mefamo, une asbl liégeoise de création audiovisuelle. Nous avons une série de services classiques du domaine, qui nous permettent ensuite d’investir dans du matériel propre et de soutenir, tant que possible, nos propres envies créatives et les initiatives visant à favoriser l’émergence et la reconnaissance du cinéma de genre. Par exemple, nous organisions le ciné-club Forbidden Zone, et nous avons soutenu et co-produit pas mal de projets. Il y a trois ans, nous avons décidé de clairement ré-affirmer nos pulsions « genresque », ce qui a mené avec une première collaboration avec vous à l’occasion du Bifff 2010, et la mise en production de Voisins.

On peut dire que Voisins est un projet au long cours… En effet, il est basé sur « Voisin », une nouvelle de Alessandro Arturo, aka Renato Lazzaroni, qui a été publiée en 1999 dans l’anthologie Force Obscure. As-tu toujours rêvé de l’adapter à l’écran ?

La nouvelle, qui fait à peine 4 pages, m’avait surpris par sa chute, en particulier parce qu’elle remettait en perspective tout un univers. La description du monde qu’elle suggérait au travers d’un simple appartement et quelques minutes d’action m’avait vraiment accroché. A l’époque (j’ai lu la nouvelle en 2000) je n’avais absolument aucune idée des réalités de production d’un film, mais je sentais qu’il y avait moyen de le produire dans une économie réduite, sans que ce manque de moyen n’altère réellement l’impact de l’histoire. Je trouvais qu’il y avait un plus dans ce que Renato avait écrit qui méritait d’en faire un film, plutôt que de réaliser un enième slasher fauché ou une histoire de zombie. C’est le genre d’histoire que j’aurais bien vu dans un film à sketch. Et l’exercice d’un récit « à twist » me plaisait.

Avant de réaliser ce Voisins, tu as tout de même tenu à te lancer dans l’aventure du long avec Totale Remembrance. Qu’as-tu tiré de cette expérience ?

J’ai quasiment tout fait sur Totale Remembrance, j’y ai fait mes classes. Le projet avait été lancé et conçu à l’origine par Fabian Bodin, mais j’ai fini par en écrire l’essentiel. C’était une énorme parodie, très liégoise dans l’âme, du Seigneur des Anneaux, Star Wars, Matrix matinée de comédie musicale... tournée avec des potes et pas mal de membres de ma famille. Au début, le film était la suite d’un flm inachevé tourné pendant mes études ; je pensais le tourner en un mois, avec un caméra HI8. Nous avons terminé le film deux ans et demi plus tard, bousillé deux caméras sur trois, avec pour résultat un film de trois heures. Nous l’avons projeté une fois à Liège, et nous avons eu en une seule séance plus de spectateurs que le Lièvre de Vatanen (avec Cricri Lambert) lors de son exploitation bruxelloise. Pour une prod de 2000 euros, il y a matière à être fier (enfin...on a les succès qu’on peut ). Avoir fait la prod, le scénar, le cadre, la réal, le montage, le mixage, ça m’a surtout montré mes limites, la nécessité de m’entourer, tout en me rassurant sur mes capacité à mener un projet à terme. Ça m’a également convaincu de la nécessité absolue d’une très bonne atmosphère de tournage, même si les conditions sont difficiles. L’avantage, c’est que j’ai balancé mon gros film référentiel, mon film hommage, tout de suite. J’espère que ça va m’éviter pour longtemps de verser dans le 100 % potache.

Voisins est une petite production, quasiment réalisée « en famille », mais pourtant le spectacle y est omniprésent. Comment faire, au niveau du scénario, pour modeler de telles séquences avec un budget si petit ?

C’est sans doute une des leçons de Totale Remembrance : comme j’ai débuté dans la prod totalement désargenté, ça me fout la nausée de voir l’argent partir par les fenêtres. J’essaye de réfléchir à ce qui doit être impérativement montré et ce qui peut être suggéré, tout en prenant en compte évidemment mes envies de mise en scène. L’avantage d’être à l’écriture, à la prod et à la réal, c’est d’être libre de faire la balance entre ses composantes. Je suis de l’école classique, en matière de film. L’important est que l’histoire puisse être raconté efficacement. On a attendu longtemps pour faire Voisins pour acquérir l’expérience nécessaire, J’ai une fois discuté avec un autre réal qui m’avait qualifié, dans l’esprit, de Roger Corman liégeois. Je crois que le tout, c’est d’être cohérent. On fait dans le système D, on pousse nos ressources aussi loin que possible, mais dépasser ses limites ne signifie pas qu’on ne les connaît pas. Si une lubie dépensière met le film en danger, elle est directement écartée à l’écriture.

Le bénévolat de toute l’équipe a-t-il parfois constituer un frein et/ou justement une fabuleuse dose de motivation supplémentaire ?

Les deux. C’est un frein, dans le sens où nous avons dû, et devons encore régulièrement, mettre le film en veilleuse pour nous consacrer à des projets rémunérateurs. On a tous un loyer à payer, on doit payer nos locaux, nos charges, et on réinvestit régulièrement dans du nouveau matos. Nous ne somme pas dans un contexte facile, donc on ne peut pas refuser du boulot. Par contre, le bénévolat garantit, passé une certaine limite, l’investissement des participants. On n’attend pas un an le tournage d’un film bénévole si on n’y croit pas. Je continue d’être épaté par l’investissement des méfamistes réguliers (Shaban Krasniqi, David Hermans, Arnaud Hockers... ), mais on se dit qu’on tient le bon bout lorsque des personnes extérieures s’accrochent au projet, même si certaines gravitent souvent autour de nous (je pense à Sébastien Menegatti et Cora Debain). Ce qui m’a le plus surpris, c’est l’investissement des comédiens, que je ne connaissais pas avant le casting. Ils ont patienté plus d’un an sans jamais manifester de doutes ou de démotivation. Céline, Guillaume et Adonis m’ont fait un cadeau énorme.

Après moultes pérégrinations, vous avez finalement tourné Voisins dans une maison abandonnée et sans électricité. Quelles ont été les principales difficultés de ce tournage ?

Goupiller le planning n’a pas été aisé. A un moment, par peur que l’énergie du projet se dilue, j’ai fixé une semaine de tournage en février 2012. Si on ne pouvait pas tourner à cette période là, je préférais abandonner. A un moment, on sent que les choses doivent être faites, que l’on soit dans les conditions optimales ou non. Ensuite, il fallait trouver un décor dans lequel nous pouvions librement agir. Shaban a fini par trouver une maison à l’abandon que la propriétaire a accepté dont nous laisser le temps de la prod. Coup de bol, cette maison se trouvait en face de son propre domicile. Il a fallut également être malin en terme de design : les costumes, le décor, l’ambiance générale, ne devaient pas griller la révélation finale, tout en restant cohérents. Sachant qu’à la base, nous comptions dépenser un petit millier d’euros... On a fini par tripler le budget, qui reste malgré tout infime. Pour le reste, le tournage s’est très bien déroulé, je pense, malgré les difficultés inhérentes à l’usage d’effets gores et de maquillage : les acteurs passaient la journée avec un mixture épaisse et sucrée sur le visage, et on a dû repeindre quelques fois les murs à cause d’effets de giclements ratés. En gros, on a eu notre lot de déconne habituelle, un peu de tension, pas mal de retard, et les deux dernières journées se sont terminées très tard. L’ambiance de tournage des derniers plans était d’ailleurs assez délirante.

« Reconstruire » un décor pour le détruire par la suite, le tout en quelques jours… Cela a dû être éprouvant ?

L’hiver 2012 a été rude ! Trois semaines avant le tournage, le décor était à -15°. La maison était envahie d’humidité, on pataugeait dans la boue. Il fallait cloisonner les fenêtres, murer une cheminée, repeindre presque tout, et préparer une autre pièce pour le catering, le maquillage, et la prépa des comédiens. Et nous n’avions pas de courant dans la maison. Shaban a tiré une ligne électrique de chez lui et, heureusement, nous avons pu avoir tout le jus nécessaire pour le tournage. Un canon a chaleur a tourné plusieurs jours dans le décor, et on est tous devenus décorateurs, avec le renfort de deux ou trois stagiaires. C’est l’avantage de notre équipe : tout le monde y met du sien. Le producteur exécutif– qui est également directeur photo - installe l’électricité, le preneur de son achète les vêtements, le cadreur coupe les portes et teste les effets spéciaux... Sans dire que c’était vraiment épuisant, on a bien bossé les deux semaines précédant le tournage. On s’est juste accordé le dimanche de repos, histoire d’être un minimum frais.

Avec un budget de 3500 euros au total (le tout étant sorti des caisses de Mefamo), tu es largement en dessous de la moyenne des courts belges. Qu’aurais-tu rêvé faire avec des subventions plus élevées ?

Tourner dans une économie très réduite est vraiment un choix. L’idée chez Mefamo, c’est qu’on est réalisateur quand on réalise, quand on prépare ses plans, quand on dirige ses acteurs, pas en rédigeant des dossiers de demande de subsides. Ça demande de concevoir chaque projet dans une certaine économie de moyens dès sa conception, mais c’est un maigre prix à payer, dans l’absolu. Il a fallu du temps pour acquérir une relative autonomie de tournage et on y travaille encore. L’objectif est de tourner de plus en plus. Les besoins matériels doivent être mis en balance avec les envies créatives, bien sûr. En matière de film à équipe réduite et budget riquiqui, Voisins marque je pense une limite pour nous. Des projets plus ambitieux pourraient demander la nécessité de subsides, mais je crois qu’il ne faut pas rester inactif. J’ai voulu aussi faire Voisins parce que son argument scénaristique pouvait s’épanouir dans notre carcan de prod. Avec plus de budget, j’aurais déjà aimé payer tout le monde . Peut-être rajouter un ou deux plans plus chorégraphiés, notamment lorsque le mari rampe et passe devant la porte ouverte sur ce qu’il se passe dans le couloir. Des impacts de balle et de blessures live plus élaborés m’auraient plu aussi... Nous avons également tourné en HDV, qui est loin d’être un format idéal.

Sans dévoiler le final de l’œuvre, celui-ci sera pour le moins interpellant, l’ensemble s’approchant dès lors de créations comme Carré Blanc ou Un Monde Meilleur (le récent court-métrage de Sacha Feiner). Est-ce cela qui t’a motivé à mettre en boite Voisins ? Avais-tu d’autres références dans ce domaine que nous ne dévoilons qu’à demi-mots ?

La question spoiler. J’aimais l’idée que la fin remette en perspective le début, que le spectateur se penche sur les premières conversations du film et y réfléchisse à la lumière de la révélation finale. En réalité, c’est un type d’histoire assez inhabituelle pour moi, que je n’aurais pas pu imaginer seul. La nouvelle débutait au moment où le décompte commence. L’envie de décrire le quotidien des personnages est venue pendant l’écriture. C’était l’occasion d’un exercice de style, assez casse-gueule je pense, car Voisins dupe le spectateur dans sa première partie. Les 5 premières minutes, c’est grosso modo ce que je déteste au ciné. Des gens qui parlent dans un couloir, un couple qui parle lentement autour d’une table... Voisins, c’est injecter dans une caricature de film d’auteur intimiste-studio deux pièces, une bonne dose de Verhoeven et un éclairage à la Suspiria - toutes proportions gardées, j’insiste. Je voulais que la seconde partie du film vienne détruire la première. Tourner en retenue, puis se lâcher. C’est dire à quel point j’apprécie l’idée d’une société telle que décrite les premières minutes...

Voisins est actuellement en post-prod. Où en êtes-vous exactement de celle-ci ?

Terminer les effets numérique, revoir l’étalonnage, et surtout retravailler complètement le son, qui est une composante vitale du film.

Il reste notamment un travail à faire sur la bande originale. Ton choix s’est-il déjà arrêté sur l’un ou l’autre artiste ?

Arnaud Hockers va s’y atteler. Il est membre de l’asbl, et a déjà proposé un thème qui me plaît beaucoup.

Le résultat de Voisins est en tout cas très convaincant. Comptes-tu le proposer à des festivals en 2013 ?

Merci merci. J’espère qu’on pourra le faire circuler. Jusqu’ici, j’ai eu différents retours de plusieurs types de public, des personnes issues de la littérature, de l’illustration, de la presse spécialisée... Les réactions sont assez encourageantes, même si les degrés de satisfactions sont divers. Mais pour l’essentiel, je pense que le film fonctionne. Quelques personnes dont l’avis est important pour moi ont eu des réactions très très positives... On peut donc démolir tranquillement le film, maintenant, je suis sûr de m’en remettre.

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