Ose court

OSE COURT - Virtual dating

3 juillet 2010 | Par : Damien Taymans

Alors, heureuse ?

Les humains sont, depuis le milieu du XXème siècle, entrés dans l’ère de la consommation. Matraquage publicitaire, convoitise du futile, culte du luxe sont désormais monnaie courante, des procédés qui mènent inexorablement à l’homogénéisation des masses et à l’enrichissement exponentiel d’une minorité. La morale supplantée par le numéraire, l’Amour devient, comme le reste, une donnée quantifiable et donc achetable. Une jeune femme en manque d’amour va faire les frais de ce marchandising de la passion et du sexe en acquérant un sex toy des plus perfectionné : un Prince charmant qui, en sus de vous faire grimper au rideau, vous emballe le tout en la jouant au préalable romantique fiévreux.

Sauf que la machine ne remplacera jamais un bon amant et que le moindre dérèglement peut transformer une idylle en épouvantable fiasco. Lasse de la recherche de l’utopique homme idéal dans laquelle s’enfoncent certaines délurées biberonnées aux contes de fées, Katia Olivier dresse avec Virtual dating un constat acerbe de cette quête de l’inaccessible étoile... Alors, heureuse, finalement ?

L’INTERVIEW DE LA REALISATRICE

Comment est née l’idée de ce scénario ?

Très bizarrement. Il y a quelques années j’ai dû passer plusieurs heures au téléphone sur une messagerie vocale d’une compagnie dont je ne peux pas dire le nom ! Après plusieurs heures à m’arracher les cheveux, j’ai pensé qu’il serait terrifiant que, dans l’avenir, on invente des robots qui fonctionneraient de la même manière : avec propositions de menu, contrôlables par une télécommande. Parce que face à une machine préprogrammée, on n’a aucune marge de manoeuvre si les choses ne se passent pas comme prévu ... La technologie m’a toujours fascinée, mais en particulier pour ce qu’elle a de dangereux et d’imprévisible, et pour les réactions qu’elle engendre chez l’humain lorsqu’il en perd le contrôle ...

De quels moyens logistiques disposais-tu pour Virtual dating ? Où s’est déroulé le tournage ?

Nous avons tourné pendant une courte semaine, à Bruxelles, dans un appartement et un restaurant. Nous avons aussi eu la chance de trouver un grossiste en sex toys qui nous a prêté son hangar et ses produits pour la scène du supermarché du sex. Le budget n’était malheureusement pas très élevé, et nous avons dû faire appel au système "D" plus d’une fois. Au final, 20000 euros ont fait l’affaire, que nous avons reçu de fonds privés exclusivement. Nous avons tourné en pellicule (super 16) et nous avions une dolly ainsi qu’une Steady Cam, beaucoup de matériels lumière et son, etc. Au total sur le plateau nous étions une trentaine de personnes chaque jour. C’était un gros tournage avec peu de moyens, mais nous travaillons depuis longtemps avec une équipe technique composée de professionnels belges réputés et qui nous font confiance.

Avez-vous reçu des aides de la Communauté française pour la création de ce court ?

Et bien non ... Et pourtant la demande a été faite ... Le fantastique de manière générale a beaucoup de mal à s’exprimer en Belgique, et ne fait pas l’unanimité au sein des institutions publiques. Pourtant, quand on regarde le box-office, quel genre a le plus de succès ? No comment... Pour le prochain, j’ai aussi fait une nouvelle demande, je croise les doigts... Mais comme il s’agit d’un film de zombies ... on verra. La bonne nouvelle c’est que le Tax shelter est maintenant accessible pour le financement de courts-métrages. C’est une piste intéressante, qui va sûrement se développer.

Quelles sont tes influences cinématographiques ? Quelques réalisateurs que tu adules

Il n’y en a qu’un que j’adule : Stanley Kubrick. Le grand génie, qui n’a jamais fait un seul faux pas dans sa carrière, et qui n’a jamais fait de compromis. Un directeur d’acteur inégalé, un réalisateur fou, un vrai psychopathe, un comme je les aime, quoi ! Cependant, si je dois être complètement honnête, mon film préféré de tous les temps c’est "Conan le Barbare" !!! Hé oui ! En espérant que le remake soit à la hauteur ... Sinon, bien sûr, il faut citer Carpenter, Lynch, Balaguero, Romero, etc... Mes incontournables. "Assaut" de Carpenter est un pur chef-d’oeuvre. Et qui ne se rappelle pas de la musique ! (Bon d’accord, je suis un Geek, mais je ne suis pas un Nerd !). Pour le film, en ce qui concerne le jeu d’acteur de mon robot (Frédéric Simon), lorsqu’il devient violent, nous avons beaucoup parlé de "Blade Runner" et de la scène finale. Et avec mon actrice, Marie Colapietro, on a beaucoup regardé "les Feux de l’Amour" !!! Non, je plaisante, en fait on a regardé plein de films violents où les victimes sont des femmes (Alien, Massacre à la tronçonneuse,etc...)

Que penses-tu du speed dating qui permet de créer en un temps chrono des couples ?

Wouaw ! Je pense que si c’est pour le "fun" (à comprendre un rapport sexuel satisfaisant ou optionnellement satisfaisant), pourquoi pas, c’est plutôt drôle, on fait son marché, mais c’est un peu traiter l’être humain (homme et femme confondus) comme de la viande, mais c’est une idée intéressante de ne pas perdre son temps en blabla inutile. Cependant, Pour ce qui est de trouver l’Amour ... je ne suis pas sûre qu’il y ait une seule bonne technique. Quelqu’un a un manuel ?

Virtual dating stigmatise le caractère utopique de l’homme idéal. La recherche du prince charmant constitue une perte de temps selon toi ?

Tout à fait. Je pense que nos mères nous élèvent très mal en nous rabâchant l’histoire de l’âme soeur. Je crois qu’il y a beaucoup d’opportunités pour chacun d’entre nous. Le problème du Prince Charmant, c’est qu’à force de rechercher cette perfection, cet idéal, on passe à côté de personnes imparfaites selon nos critères mais avec qui le bonheur est tout à fait possible. Nous sommes tous imparfaits par définition. Je voudrais que les femmes arrêtent de plaquer leurs fantasmes immatures inculqués par leurs mères sur des hommes ou des femmes qui sont tout simplement normaux. Elles sont nombreuses à passer à côté de l’Amour au profit d’une quête utopique d’une perfection masculine biaisée par les névroses sexistes de leurs mères. L’autre problème soulevé par ce film est qu’à mon sens les femmes confondent ce qui est du pur désir, du pur besoin sexuel (et oui, nous aussi, on en a !), avec la recherche de l’amour. J’aimerais faire comprendre aux femmes qu’il est temps d’arrêter de culpabiliser et que l’ère du sex shop pour femme a commencé. Bien sûr, l’un (le sex toy) ne remplacera jamais l’autre (l’homme) (et vice-versa !).

Le film a remporté quelques prix dans des festivals spécialisés (BIFFF, Utopiales, Lund). T’attendais-tu à un tel succès ? Quels souvenirs gardes-tu de ces expériences ?

Grosse surprise. Et un immense bonheur. De la fierté mais pas personnelle, je trouve que tout le monde a fait un incroyable boulot sur ce film. Les festivals de films fantastiques sont toujours un grand moment. Et si en plus on est récompensé par un public ou un jury qui aime les mêmes choses que vous, les mêmes films, alors c’est une grande satisfaction. Je suis toujours très angoissée à chaque diffusion, car chez moi, le trac c’est une seconde nature. Mon meilleur souvenir était au BIFFF, parce que le public interagissait avec le film et criait et riait très fort. C’est une comédie alors, si les gens ne rigolent pas, c’est mauvais signe, non ? Au moins, au BIFFF on sait si ça marche ou pas ! A Sitges (à Barcelone), la salle était immense et j’ai failli m’évanouir en montant sur scène, mais heureusement j’étais avec Marie Colapietro, l’actrice, qui est plus courageuse que moi !!!

Où en est la production Uncut films ? D’autres projets auxquels tu seras attachée ?

En ce moment nous pré-produisons un long métrage en co-production avec les Français à l’origine de "8th Wonderland". Mais nous sommes très occupés à pré-produire en même temps en nouveau court-métrage qui s’intitule "Join the Army", un film de zombies, que je vais co-réalisé avec mon partenaire de UNCUT FILMS Youssef Seniora, et en co-production avec la société liégeoise Mefamo. Il s’agit d’un drame humain (zombie plutôt) combiné à la comédie. C’est l’histoire d’un zombie qui n’arrive pas à se suicider ... Mais je ne peux pas en dire plus ! Notre comédien sera cette fois l’acteur belge Jean-Michel Vovk. En parallèle, nous essayons de développer le long-métrage basé sur "Virtual Dating".

(Interview réalisée par Damien)

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