Ose court

OSE COURT - Vincent le magnifique

13 janvier 2009 | Par : Damien Taymans

Un p’tit bout de femme

L’histoire se déroule il y a longtemps, dans une vallée reculée dont personne n’a jamais su le nom. Vincent est un magicien ignorant la nécessité d’un trucage dans le numéro de la femme coupée en deux. Un soir, son idole lui apparaît. Le célèbre Blackstone lui révèle le secret. En route pour la gloire ?

Depuis 2006, l’idée de Vincent le magnifique germe dans l’esprit du réalisateur Pascal Forney, déjà auteur de deux courts-métrages de fiction décalés dans lesquels l’absurde et le fantastique se côtoient abondamment. Lui-même illusionniste, Forney décide de concilier deux univers qu’il connaît bien et qui possèdent de nombreuses similitudes puisqu’ils recourent tous deux à l’imaginaire du spectateur par le truchement de l’illusion des apparences et qu’ils entraînent un égal désir de starification subtilement souligné par l’auteur via les victimes consentantes qui sont éblouies par la capacité de Vincent, prestidigitateur non averti, à propulser ses assistantes dans "l’autre monde", bercées d’illusions par les prétendues expéditions en Amérique des assistantes éphémères qui emplissent le cimetière local. Symbole également du manque d’esprit critique d’une assistance bluffée par le spectacle proposé, devenu incapable de faire la part des choses entre le show et la réalité. Une peinture qui trouve son explication dans la genèse du métrage : "La genèse de "Vincent, le Magnifique" est liée à l’accident survenu durant le spectacle de magie de Siegfried & Roy à Las Vegas. Ce soir-là Roy a en effet été attaqué par l’un de ses tigres devant un public qui croyait que cela faisait partie du spectacle." A ces données s’ajoute une critique en filigrane de la société de consommation dont Vincent se fait le porte-étendard, entassant les corps pour assouvir son simple besoin de reconnaissance et payant si besoin est les services de ses assistantes en s’adonnant aux dessous-de-table.

Mais, bien plus qu’une peinture sociologique adroite, Vincent le magnifique s’appuie sur une intrigue singulière centrée sur un personnage pour le moins cocasse et touchant. Une habitude pour le cinéaste qui adopte volontiers les figures étranges au détriment de celles archétypales qui dominent habituellement un cinéma souvent incapable de sortir des sentiers battus. "Je suis attiré, surtout sur mes deux derniers films, par des personnages qui me font rire et qui peuvent avoir une richesse derrière leur image clichée. En général, j’aime raconter l’histoire de curieuses personnes dont on a envie de suivre les aventures. Il n’est donc pas étonnant que je m’intéresse aux formes du conte pour narrer mes histoires, une façon de prendre les spectateurs par la main pour les emmener dans mes univers". Narrateur doué, impressionnant metteur en image, Forney transpire surtout la passion qu’il met au service de ses réalisations.

Projet passionnel à l’instar de sa production basée sur les dons du public qui avait la possibilité de parrainer les images de la pellicule afin de soutenir cette ambitieuse odyssée. "Le parrainage d’images a été un système malin que Arnaud Gantenbein, mon producteur, a amené, explique le réalisateur. Sans forcément penser qu’il rapporterait autant d’argent, c’était une façon d’intéresser et lier les gens au projet ou plus largement au travail d’Imaginastudio. La question est d’autant plus déterminante aujourd’hui que la multiplication des courts-métrages et leur présentation sur internet rend chacun d’entre eux moins visible. Le système a aussi intéressé les médias et nous a rendu encore plus présents. La plupart des parrains de Vincent ne donnaient pas plus que 70€ et nous sommes pourtant arrivés à quelques 13000€ de dons."

Vincent le magnifique, couronné au NIFFF du prix Narcisse, ne souffre aucunement du complexe éponyme, malgré son titre relevant en apparence de l’onanisme. Dix-neuf minutes de bonheur et d’évasion dans un univers malsain mais jubilatoire, dans un monde parallèle pictural où chaque détail importe et apporte sa pierre à cet édifice démesurément excitant.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Comment vous est venue l’idée du film Vincent le Magnifique ?

La genèse de "Vincent, le Magnifique" est liée à l’accident survenu durant le spectacle de magie de Siegfried & Roy à Las Vegas. Ce soir-là Roy a en effet été attaqué par l’un de ses tigres devant un public qui croyait que cela faisait partie du spectacle.

Visuellement, ce sont les affiches d’époque qui m’ont inspiré car elles ne s’arrêtent pas à annoncer le spectacle mais illustrent de façon crue la description des illusions telle que la décapitation, la crémation vivante ou, évidemment, la femme coupée en deux.

Enfin, ce film a été pour moi l’occasion de réunir mes deux passions en un seul projet, le cinéma et la magie.

Où a eu lieu le tournage ?

Le tournage a eu lieu en deux parties qui se sont suivies sans pause. La première s’est faite en Suisse romande dans une grange désaffectée qui a été transformée pour l’occasion en cabaret ; la deuxième s’est déroulée en Suisse allemande au Ballenberg, un écomusée où ont été reconstruites de nombreuses maisons suisses d’époque. Le film n’en présente qu’une petite partie.

2000 images de votre film ont été parrainées par le public. Ces derniers temps, on demande de plus en plus l’aide de celui-ci pour produire des œuvres. Qu’en pensez-vous ? Est-ce l’avenir de la production pour les courts ou les films à petit budget ?

Le parrainage d’images a été un système malin que Arnaud Gantenbein, mon producteur, a amené. Sans forcément penser qu’il rapporterait autant d’argent, c’était une façon d’intéresser et lier les gens au projet ou plus largement au travail d’Imaginastudio. La question est d’autant plus déterminante aujourd’hui que la multiplication des courts-métrages et leur présentation sur internet rend chacun d’entre eux moins visible. Le système a aussi intéressé les médias et nous a rendu encore plus présents.

En dehors de cela, le financement privé est une solution très intéressante pour le court-métrage sachant que les montants ne doivent pas être importants pour améliorer les moyens. La plupart des parrains de Vincent ne donnaient pas plus que 70€ et nous sommes pourtant arrivés à quelques 13000€ de dons.

Vincent, le Magnifique met en relation deux mondes aux corrélations prégnantes, celui de la magie et du cinéma qui reposent tous deux sur l’illusion, deux univers que vous connaissez bien puisque illusionniste vous-même. Quand il s’agit de faire illusion, quel domaine est le plus difficile à manœuvrer ?

Aujourd’hui, mes années d’illusionnisme restent de très bons souvenirs. En dehors du manque de temps, le fait est que l’illusion n’est pas facile car elle se réduit la plupart du temps à présenter un truc. Dès lors qu’on se dirige vers quelque chose de plus construit et théâtral, le public a tendance à ne plus suivre.

Le cinéma, par contre, me permet aujourd’hui de ne plus être enfermé entre quelques rideaux noirs dans un espace défini. Tout est possible. Et ce n’est pas le manque de moyens qui empêche de faire voyager et rêver le public, au contraire.

Le court permet en filigrane une réflexion sur la société de consommation eu égard du nombre d’assistantes usée par Vincent. Le court se pose-t-il comme un regard réflexif de nos propres carences en matière de critique sur le monde qui nous entoure ?

Vincent est un conte ou plutôt une caricature de notre société actuelle qui est construite sur des illusions.

Peu de personnes voient ou acceptent de voir les nombreuses illusions politiques, marketing et médiatiques qui nous entourent. Le grotesque et l’humour sont pour moi des façons sympathiques de parler de sujets qui nous touchent. À chacun de décider aujourd’hui de voir le film comme un simple divertissement ou une œuvre composée de plusieurs couches.

Vous êtes plutôt Arturo Brachetti ou David Copperfield ?

Définitivement Brachetti, artistiquement et humainement. Je suis d’autant plus proche de lui que nous sommes amis depuis mes années de magiciens.

Comment s’est passé votre rencontre avec Jean-Claude Dreyfus ?

Jean-Claude est arrivé sur le film par Antoine Disle, le coproducteur français. Notre première rencontre restera gravée dans ma tête puisqu’il m’attendait avec son chien dans sa smart place des Ternes, au cœur de Paris. C’est une personne au grand cœur, très accessible et très professionnelles. Toute l’équipe, moi compris, a beaucoup aimé travailler avec lui.

Votre précédent court envisage le parcours d’un épouvantail quand le précédent mettait en scène un nettoyeur de piscine. Attiré par les figures singulières qui dénotent avec les stéréotypes couramment utilisés ?

Je suis attiré, surtout sur mes deux derniers films, par des personnages qui me font rire et qui peuvent avoir une richesse derrière leur image clichée. En général, j’aime raconter l’histoire de curieuses personnes dont on a envie de suivre les aventures. Il n’est donc pas étonnant que je m’intéresse aux formes du conte pour narrer mes histoires, une façon de prendre les spectateurs par la main pour les emmener dans mes univers.

Enfin, travaillant actuellement dans le court-métrage, utiliser des personnages reconnaissables rapidement me permet de gagner beaucoup de temps.

Laurent Gachoud, Michel Moulin, Arnaud Gantenbein, autant de noms qui se retrouvent dans plusieurs de vos œuvres. Le cinéma, une affaire de famille ?

J’aime travailler en équipe et me tient à l’inverse du cinéma d’auteur. Je me lie en effet à chaque étape de création avec des collaborateurs qui puissent maximiser, retravailler et ajouter des idées. Par ce biais, je fonde à travers les années ma "famille" cinématographique que j’aime. C’est toujours un grand bonheur de se retrouver sur les plateaux ensemble.

Vos films ont énormément de succès en Suisse et Vincent le Magnifique a reçu un prix au NIFFF. Envie de s’attaquer aux autres pays francophones ?

"Vincent, le Magnifique" a tendance à détonner dans le paysage cinématographique suisse qui est surtout tourné vers le cinéma d’auteur et le documentaire. Cette différence est une grande force et un moyen de se faire reconnaître et accepter même à un âge aussi jeune que le mien.

Mais mon désir est avant tout de faire voyager mes films et de me confronter à des cultures différentes.

Pour ce qui est de la France, le film est actuellement distribué par Striana, société coproductrice du film. Si aujourd’hui les retours sont ténus, j’espère bientôt une plus grande présence en France. On verra...

Je ne crois pas fondamentalement à un cinéma inscrit dans l’histoire d’un pays en particulier mais à un cinéma francophone voire européen.

C’est aujourd’hui là que mes espoirs tendent et je dois avouer que je n’ai jamais été aussi excité par le futur.

(Interview réalisée par Damien et Gore Sliclez)

LE TRAILER

Commentaires

Merci beaucoup de votre soutien ! Je suis ravi d’apprendre que vous avez aimé le film ! (et les bonus aussi). Vincent était une magnifique aventure, et nous sommes déjà partis avec Pascal Forney et d’autres sur d’autres aventures qui seront tout aussi chouettes !

Signé : Un producteur content.

15 janvier 2009 | Par Arnaud Gantenbein

Un film très chouette en effet ! Une petite bombe d’humour noir ! J’ai acheté le DVD sur le site de la prod après l’avoir vu en festival et j’ai été étonné par la qualité des bonus, complets et instructif ce qui est rare pour du court métrage ! Vivement le prochain

14 janvier 2009 | Par Jackamoustache

J’ai vu ce courts à Strasbourg, et il est vraiment bon. Une ambiance burtonnienne, la fin qui joue sur une quasi-poésie, et la naiveté du personnage... Très attachant qui plus est. :)

14 janvier 2009 | Par Metzgerin

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