Ose court

OSE COURT - Tuer encore, jamais plus...

15 mai 2009 | Par : Damien Taymans

Le pari fou de deux cinglés

2008 : un pari fou. Celui de réaliser un court métrage en live, en plein coeur d’un festival, en l’occurrence celui du BIFFF. A la vue du public, à la manière dont les théâtres des rues moyenâgeux fonctionnaient, à même le parvis de l’église. En guise de badauds, les festivaliers hagards de pouvoir assister à la création en direct d’un film, qui plus dont l’un des personnages est campé par Julien Courbey. Dans la cohue et le brouhaha incessant, Moreno Boriani et Frédéric Moreau de Bellaing cadrent, fignolent le jeu des acteurs, peaufinent la mise en scène, montent, démontent, bref s’époumonent. Une tâche ardue comme l’expliquent les deux réalisateurs : "Les inconvénients sont le brouhaha assourdissant, l’espace restreint, l’impossibilité de se décontracter en changeant d’ambiance plus certaines contraintes purement techniques et inhérentes au fait que ce soit tourné en festival. Mais les avantages compensent bien. Il y a d’une part la visibilité du tournage et du film mais il y a surtout le contact avec le public et avec les professionnels."

2009, lors de la 27ème édition du BIFFF, la projection fatidique qui sonne du même coup la première mondiale du court métrage, jamais montré en public auparavant. Le verdict est sans appel : Tuer encore, jamais plus est une péloche indescriptible, torchée avec amours, délices et orgues. Un produit ofniesque peuplé d’une pléiade de personnages caricaturés à outrance qui sont dès l’entame réduits à leur plus simple expression via une présentation de leur statut au sein de l’intrigue : l’amoureux, le mari, l’épouse, la grand-mère, le voleur, ..., tous étant de surcroît habités par une tare qui leur confèrent une personnalité sympathique : l’épouse adultère est nymphomane, la belle-doche revancharde à l’égard de sa belle-fille, le mari fétichise la dépouille empaillée de son chien, ... Au sein d’un script foutraque et surréférentiel, tous ces marginaux se donnent la réplique, claquent des portes, les reclaquent (l’influence vaudevillesque est prégnante), se tuent à tout-va, sans cesse ressuscités la minute suivante par la grâce d’une inexplicable immortalité. Peu importe en réalité car le délire du script transcende le métrage et donne lieu à une compilation d’exagérations tant scénaristiques (le fameux strip-tease de Julien Courbey, kitch à souhait) que formels (le récit est émaillé de nombreuses onomatopées inscrites à même la toile).

Hommage aux biffeurs de prime abord (le titre évoque l’une des plus célèbres phrases hélées chaque année dans l’enceinte sacrée), Tuer encore jamais plus dépasse allègrement son statut et aspire à d’autres cieux, situés en dehors de toute constellation connue. Décalé de bout en bout, baigné dans un humour Monthy-Pythonesque, le court, s’il ne peut se targuer de concurrencer d’autres oeuvres créées avec davantage de moyens, constitue une surprise détonante en regard des conditions dans lesquelles il a été édifié. Allez, les gars, on remet les travaux à plus tard et on sous-loue son appart’, direction le BIFFF 2010.

L’INTERVIEW DES REALISATEURS

Question logique pour commencer. Comment est née B factory ? Quelles en ont été les impulsions de départ et quel cheminement pour déboucher sur ce développement de Tuer encore, jamais plus ?

Quand on a décidé de tourner le film en plein coeur du festival, on a voulu réunir autour du projet d’autres partenaires vu l’ampleur titanesque du tournage de ce court métrage. Nous nous sommes associés à plusieurs partenaires bretons dont certains avaient déjà participé à notre précédent tournage (clip de Victoria Tibblin pour Universal France). Malheureusement, à l’approche du tournage, ils n’ont pu continuer. Nous avions donc deux options : soit reporter, soit tenter le tout pour le tout et investir nos propres deniers. Un peu téméraires, nous sommes partis sur la deuxième option. Sans regrets aujourd’hui !

Tuer encore, jamais plus fait référence à l’un des titres qui marqua le public du BIFFF qui continue à scander cette phrase au début de chaque projection. Connais-tu l’origine de cette phrase ?

C’est à notre connaissance, une phrase issue d’un film (voire d’une bande annonce) en version française.. Et c’est devenu le cri de ralliement du public du BIFFF. Comme on voulait faire un hommage au public du BIFFF, l’idée du titre a fini par surgir... Et nous nous y sommes ralliés ! D’ailleurs, comme notre voix ne porte pas aussi fort que certains dans la salle, on a trouvé mieux pour se faire entendre : l’écrire sur l’écran.

Le scénario est écrit à quatre mains et la réalisation est bicéphale. Comment avez-vous réparti les tâches ?

De manière égale entre les 20 doigts, les 4 hémisphères cérébraux et quelques autres organes. C’est difficile d’en dire plus car c’est naturel au niveau de l’écriture. Sur le plateau, nous sommes déjà bien préparés. Nous avons discuté auparavant des implications de chaque scène et nous sommes donc sur la même longueur d’onde. Une fois le plateau lancé, Moreno est à la face avec les acteurs et Fred au combo. Parfois, nous alternons aussi les rôles. Après chaque prise, nous discutons en aparté puis Moreno s’adresse aux acteurs et Fred aux techniciens. Nous prenons donc nos décisions de manière collégiale mais l’équipe et les acteurs ne sont pas confrontés à une cacophonie puisqu’ils ont chacun un seul interlocuteur.

Tournage en public sur les terres même de Tour et Taxis. Une expérience novatrice. Quels sont les avantages et inconvénients de ce genre d’entreprise ?

Les inconvénients sont le brouhaha assourdissant, l’espace restreint, l’impossibilité de se décontracter en changeant d’ambiance plus certaines contraintes purement techniques et inhérentes au fait que ce soit tourné en festival. Mais les avantages compensent bien. Il y a d’une part la visibilité du tournage et du film mais il y a surtout le contact avec le public et avec les professionnels. Nous avons même été interviewés par une télévision russe (rires). Enfin ça nous a donné accès à du matos. Le projet était tellement original et novateur que nous avons été suivis par les fournisseurs de matériel professionnel. Nous avons même eu la chance d’être les premiers en Belgique à tourner avec la RED ONE.

L’un des objectifs du projet était la ressocialisation. Vous avez, à l’instar du précédent Les tiroirs de l’âme, engagé comme stagiaires des personnes souffrant de problèmes psychiatriques. Une expérience que vous souhaitiez à tout prix renouveler ?

Faire découvrir le cinéma de l’intérieur à des personnes en souffrance nous est apparu important. C’est notre façon de contribuer à la réinsertion sociale. Chez certains, cette expérience a pu rallumer quelque chose. Et notre prochain projet, un long métrage en cours d’écriture, a pour personnage principal un psychotique. C’est effectivement un sujet qui nous tient à coeur surtout à l’heure actuelle où de nombreuses fausses idées reçues circulent sur les personnes souffrant de problèmes psychiatriques. Il y a un amalgame récurrent entre psychotique et psychopathe. Empruntant en partie la structure d’un thriller psychologique, notre scénario parle aussi de ça.

Le court possède une âme théâtrale indéniable. Tout d’abord, il est régi par une unité de lieu et de temps, ensuite, la narration a quelque chose de vaudevillesque (portes qui claquent, personnages apparaissant au fur et à mesure avec des sortes de didascalies, l’amant planqué dans le placard). Etait-ce une volonté ou plutôt une nécessité de puiser dans ce registre ?

C’était clairement une volonté. Nous voulions écrire une comédie. Et nous aimons tordre le cou aux conventions de genre. Le vaudeville était donc idéal pour combiner les deux. Puis, comme on n’aime pas faire simple, nous y avons adjoint nombre d’autres codes que nous avons aussi détournés. Peut-être est-ce là aussi une de nos influences Monthy Pythonienne ?

Comment avez-vous intéressé Julien Courbey pour ce projet ?

Kevin Dudjasienski (qui joue Porter) avait ses coordonnées. On lui a envoyé le scénario et il a flashé dessus. Quinze jours après, il nous rappelait en nous disant qu’il était notre homme mais qu’on allait lui foutre sa réputation en l’air (allusion à la scène du strip-tease pour ceux qui ont vu le film). Il nous a aussi expliqué que ça faisait longtemps qu’il n’avait plus autant ri à la lecture d’un scénario de comédie.

Effets cartoonesques, bruitages de dessins animés et onomatopées à la pelle écrites en polices cocasses : Tuer encore, jamais plus est autant héritier du cinéma désopilant des Monthy Python que de l’univers ACME. Quelles ont été vos principales sources d’inspiration ?

Ca fait plaisir de voir que tu as pu percevoir nos principales sources d’inspiration. Ce film est vraiment un hommage aux Monthy Python. Il était même question à un certain moment d’avoir des séquences en papier découpé sur une musique des Monthy Python... Il y a également en vrac Snatch, Woody Allen, Payback et d’autres encore...

Pourquoi avoir opté pour des dialogues en anglais ?

On voulait faire un exercice de style : utiliser des lignes de dialogues venant de plein de films cultes (par exemple l’un ou l’autre Western spaghetti) ou anti-culte (genre la série V). En revoyant le Bon, la Brute et le Truand, de Sergio Leone, on a flashé sur les insultes de Tuco à Blondain. Puis on s’est dit qu’elles sonnaient quand même vachement mieux en anglais. Donc pourquoi pas tout le film en anglais. Pour aller plus loin, on a aussi décidé de pousser les accents des acteurs. Aucun n’est anglophone et plutôt que d’essayer de les faire parler un anglais faussement anglais, chacun a un accent à couper couteau qui a été travaillé en ce sens.

Le court a été présenté en première mondiale au BIFFF 2009. Un vrai soulagement d’enfin voir son bébé sur la toile devant une assistance pareille. Quel souvenir gardez-vous de cette projection ?

D’abord, on flippait car la salle était vide. En fait la sécurité faisait attendre le public à l’extérieur et attendait notre feu vert, ce dont nous n’étions pas au courant. Une fois le malentendu levé, une foule non négligeable s’est précipitée dans la salle. Foule ignoble puisqu’elle nous a forcé, sous la contrainte, à chanter.

Sinon, plus globalement, stress et bonheur à la fois. Une fois la projection finie, quand le public est venu vers nous, ça nous a soulagé. Ils aimaient.

Prêts à remettre le couvert pour une seconde édition ?

Sur le BIFFF ou dans un festival ? C’était une idée de fou, un truc génial à vivre une fois. Dans les conditions où on l’a fait, c’est-à-dire, pas d’aide de la Commission de sélection du film, retarder les travaux dans sa maison pour Moreno et vendre son appart pour Fred, on n’est pas suffisamment fous pour remettre le couvert. De toute façon, Fred n’a plus d’appart à vendre (il est redevenu locataire) et Moreno a repris ses travaux. Mais dans l’absolu, pourquoi pas ?

GALERIE PHOTOS




EXTRAIT

En exclu, la première minute du court...

(Interview réalisée par Damien)

Commentaires

prometteur et alléchant on veut la suite !!!!

16 mai 2009 | Par kyelis

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