Ose court

OSE COURT - Très (très) chasse

19 juin 2009 | Par : Gore Sliclez

Le chasseur, c’est un gars, il voit un truc qui bouge, il tire...

En 2007, Mathieu Berthon se faisait remarquer avec Passé sous silence, un court métrage ambitieux, stylisé et complexe qui démontrait des qualités évidentes de mise en scène. Cette année, le jeune réal nous revient avec un hilarant Très (très) chasse, une blague potache, une œuvre "entre amis" qui pourtant possède le mérite indéniable de tenir en haleine le geek écroulé de rire. Tourné évidemment avec "pas un rond", le court montre néanmoins des qualités techniques bien maitrisées qui devraient ravir les quelques chanceux qui assisteront à une projo déjà attendue, rire garanti. CinemaFantastique est ravi de vous présenter ce réal très sympa qui mérite franchement le détour et souhaite déjà une heureuse édition DVD. Pourquoi pas ?

- Peux-tu nous parler un peu de ton parcours pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

On va la faire à la Vincent Marronnier du Groland si ça ne vous dérange pas :

« Né en Mai 1984, dans le petite ville de Lyon, d’un père professeur de faculté et d’une mère sophrologue, le petit Mathieu grandit entre les animaux de la ferme et son poste de télévision qu’il ne quitte… que pour aller au lit.

Alors qu’il ne brille pas vraiment par ses résultats scolaires, le jeune effronté hésite encore entre les métiers de démineur, gendarme ou même professeur de pelleteuse…. La découverte à 7 ans du film Ghostbusters de Ivan Reitman changera sa vie à jamais : il fera rêver les gens et deviendra saltimbanque du cinéma.

Des années plus tard, l’adulte qu’est devenu Mathieu (en ce qui concerne le physique) s’oriente vers un BTS montage en école privée et décide, par la même occasion, d’endetter sur quatre ans ses heureux parents qui voient en cette institution l’endroit rêvé pour leur fils. Pendant ces deux heureuses années, le jeune apprenti réalise plusieurs courts-métrages dont « Une Pause » en 2005 et « Passé sous silence » en 2007. Tantôt acclamés tantôt conspués par le public, ses courts font cependant le tour de la France dans divers festivals et lui permettent de rencontrer de nombreux réalisateurs. A 23 ans, il décide de tenter sa chance à Paris. D’heureuses coïncidences lui permettent de travailler sur plusieurs longs-métrages de genre et d’intégrer une société de post-production parisienne. Il y restera une année pour ensuite, en Octobre 2008, rejoindre l’équipe du site web MadMovies. Quel accident de la vie a poussé le jeune Mathieu vers un destin sans avenir ? Quel leçon doit-on tirer d’un tel échec social ?
Et surtout quelle avenue, Mathieu et ces « connards d’intermittents », vont-ils encore bloquer avec leurs grèves de feignasses ? » De nombreuses questions auxquelles nous n’avons pas de réponse... »

- Dans Très (très) chasse les chasseurs en prennent pour leur grade non ? Une revanche personnelle ?

Quand on y réfléchit bien, cette activité a un potentiel comique assez énorme :
Des vieux armés de fusils, dans la forêt, avec 3 grammes dans le sang… ça ne peut que déraper ! Une vieille pub pour les opticiens Visual m’avait fait hurlé de rire à l’époque.
Je pense que celle-ci, m’a pas mal inspiré pour le court. On y voyait un chasseur revenir de la chasse et appeler son chien… je vous laisse le plaisir de découvrir la suite sur YouTube…

Déjà fait traqué ? Non heureusement ! Mais qui n’a pas eu peur se prendre des plombs lors d’une balade en foret un jour d’ouverture ?! Pas de rencontre avec de vrais chasseurs lors du tournage justement ? Nous avons tourné hors période de chasse mais avons surtout croisé des coureurs qui se demandaient ce que l’on manigançait accoutrés de la sorte !

- « Le bon chasseur, c’est un gars, il a un bon fusil, il voit un truc qui bouge, il tire… » et le chasseur version Berthon ?

Pour sûr ! Je pense que mon chasseur aurait très bien pu boire un canon de rouge et chasser la galinette cendrée avec ceux des Inconnus !
Ta référence me fait bien plaisir car en effet je suis un fan absolu du trio ! Ces gars sont tout simplement des génies comiques ! Quand tu regardes un sketch comme « Jesus II » ou même « Les trois frères » ça n’a pas pris une ride !

- Pilate ! Ponce Pilate, fils de…
- Fils de pute !

- La musique qui accompagne admirablement le film accentue le suspens. D’où vient-elle ?

Nous avons tourné le film comme un délire entre potes et, à aucun moment, j’ai pensé en faire quelque chose de très sérieux et représentatif de mon savoir-faire…et puis, en visionnant les rushs, on s’est rendu compte que il y avait peut-être quelque chose de fun à faire avec…
J’ai utilisé une temptrack pendant le montage composée de divers morceaux de BO de survival ou même de films d’action comme Wrong Turn, Rambo 4, Vacancy et même The Bourne Ultimatum. Nous avons décidé de la conserver car je n’avais ni la motivation ni le temps de faire composer une bande originale pour le film. Vu que nous n’avons pas les droits musicaux, le film ne va pas être vendu ou même sur-diffusés en festival.
SACEM si tu nous lis !… en espérant qu’ils ne nous lisent pas !

C’est avant tout un film de potes réalisé pour faire marrer le public une dizaine de minutes… rien de plus !

- Quelle caméra as-tu utilisé ? Surtout pour les courses poursuites dans les bois ?

J’ai tout cadré au poing avec la Pana DVX100E en mode 25p. En ce qui concerne les courses poursuite, je courrais devant ou derrière les comédiens. Cadrer et aider votre acteur à passer les vitesses ce n’est pas évident je vous l’assure ! (Laurent n’a pas de permis B). Pour les besoins d’un plan, j’ai même du monter sur le capot de ma Citroën ZX de 1995 alors qu’elle roulait… à la Death Proof !

- On voit que le montage est ta première vocation. Ici le travail devait être plus complexe encore au vu de l’accumulation des scènes non ?

Quand tu n’as qu’une seule caméra et pas de moyen, tu es obligé d’anticiper le découpage de tes scènes d’action. Ma formation de monteur me permet de ne pas trop perdre de temps sur le tournage car je sais à peu près ce qui fonctionne en terme de raccords au montage. Tu dois, par exemple, connaître les raccords à utiliser pour dynamiser une scène de fusillade ou même savoir suggérer des actions irréalisables vis à vis de ton absence de budget. Le travail de montage effectué par Rodriguez sur Desperado et Une nuit en enfer est exemple parfait de ce que l’on peut faire avec peu de moyen et un bon sens du raccord.

- La scène de décapitation fut recommencée combien de fois ?

Par chance, le première prise fut la bonne ! Mes comédiens avaient bien été briefé en ce qui concerne le travail qui allait être réalisé en post-prod. Nous avions réalisé préalablement des tests d’effet live d’explosion à base de ketchup et de viande hachée qui n’avaient pas été concluants nous avons donc décidé de tout faire en numérique.

- On carburait à quelle bière au repas de famille ?

Bavaria et Amsterdam à 11,5% !! Je peux vous dire qu’après le tournage de la séquence tous les comédiens étaient déchirés ! De la bonne bière de pochard quoi…

- Le DVD reçu est accompagné de bonus hilarants, on voit que c’était l’ambiance lors du tournage…

Oui Très (très) Chasse est avant tout un film de potes « de luxe ». Nous l’avons tourné à trois dans la foret de mon village d’enfance en total roues libres donc l’ambiance ne pouvait qu’être à la décontraction ! Nous avions un début et une fin précise mais tout a été improvisé selon ce que nous avions comme décors sur place. On a failli plusieurs fois se faire sauter la tête lors de la préparation de la scène des grenades mais bon…on est des gamins inconscients rappelons-le ! Je tiens à remercier mon ami Alain Cogne pour m’avoir donné le feu vert en ce qui concerne le présence sur le dvd de son faux trailer –The Last Pickle – qui est franchement fendard !

- Ces bonus sont accompagnés du Banjo duel de Deliverance. Une référence cinématographique même pour Très (très) chasse non ?

Oui le court revoit forcement à ce film en ce qui concerne la famille de dégénérés et la traque dans les bois. Sans retour, Prédator et Wolf Creek sont aussi pour moi de fortes références en matière de survivals tant au niveau de la mise en scène que du rythme.

- Justement quelles sont tes références cinématographiques ?

Mes premiers amours cinématographiques sont liés au cinéma fantastique des 80’s avec des films comme Tremors, Robocop, The Thing ou Innerspace. Cette décennie a été, selon moi, la période la plus subversive et la plus intéressante du cinéma de genre. Merci Reagan ! Le cinéma d’exploitation est encore un style qui me passionne mais je m’oriente, dans le cadre de mes futurs productions, vers quelque chose de plus terre à terre, en rapport avec l’Humain. La découverte de cinéastes comme Darren Aronofsky, Julio Medem, Gregg Araki, Mike Figgis ou même Michael Winterbottom ont été des révélations pour moi et il est vrai que maintenant je me sens plus proche de ce genre de cinéma que celui de Neil Marchall ou l’univers de Tarantino.

- Tu remercies tes parents pour leur patience. Pourquoi ?

Je les remercie sur chaque film car ils m’ont toujours soutenu dans mon envie de travailler dans l’audiovisuel et pour cette passion pour le cinéma qu’il m’ont transmis lorsque j’étais gamin. Ma sœur et ma mère jouent aussi dans Très (très) Chasse je ne les remercierait jamais assez.

- Qui se cachent derrière les Art’ souilles ?

C’est une structure associative montée par des comédiens d’improvisation de Lyon. J’ai rencontré Julien Bourières et Franck Régnier, les deux fondateurs de l’assoc, alors qu’ils recherchait un assistant réalisateur pour un court que Julien réalisait.
Le tournage s’est très bien déroulé et nous sommes devenus amis par la suite.
Récemment, j’ai officié en tant que chef décorateur et monteur sur une adaptation d’une nouvelle fantastique de Bernard Weber intitulée « Brain for dogs » qu’ils ont co-réalisés. Le film devrait être prêt pour début 2010.

- Passé sous silence, ton premier court, apparaissait plus comme un exercice de style. Avec Très (très) chasse tu sembles laisser plus de place à l’humour, la satire potache et le film d’action…
Il est clair que « Passé sous silence » et « Très (très) Chasse » sont diamétralement opposés !

La comédie a toujours été un genre qui me passionne et qui se prête très bien a des dérives gores ou fantastiques lorsque l’on a un peu d’imagination. J’ai toujours été admiratif de réalisateurs comme Ivan Reitman, les ZAZ ou plus récemment le crew Appatow qui sont de véritables maîtres dans l’art de mettre en scène des situations gênantes ou absurdes. Il y a énormément de codes à respecter pour le fonctionnement d’un gag et je pense que c’est à cela que l’on peut reconnaître un bon metteur en scène de comédie.
Je pleurerai plus la mort de Leslie Nielsen que celle d’Eddie Murphy soyez-en sûrs !

- Toujours dans Passé sous silence, on y aperçoit des livres de Bret Easton Ellis. Une source d’inspiration ?

Julien et moi sommes fans de cet auteur. Lors de la décoration de la chambre, nous avons décidé de le faire figurer dans les lectures de notre personnage principal.
Son regard cynique et nihiliste sur la société s’accordait parfaitement à la mentalité de notre héros tel que nous l’avions écrit. Je rêve d’une adaptation de Glamorama au cinéma ! (sans doute in-transposable au cinéma mais bon… on peut toujours rêver !)

- Pas peur d’embêter les distributeurs ou les patrons de salle avec un titre si embêtant à retranscrire (Très (très) chasse) ? 

Le titre est évidemment un clin d’œil au magazine animalier qui anime nos torrides soirées d’insomnie ! Je trouve quand même hallucinant qu’une émission comme celui-ci soit encore programmée à l’heure actuelle ! Mais quel est le public qui est devant son poste de télé entre 3h et 5h du matin ? Y a t-il des personnes qui l’enregistrent ? Combien fait-elle d’audience chez les 60-80 ans ?? En ce qui concerne le titre, si l’on peut sortir au cinéma un film comme « Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes » je me dis que mon film ne devrait pas avoir trop de problème…

- Pas de David Scherrer pour Très (très) chasse ? C’est donc possible de se passer de lui ?

Sûr que si j’avais pu payer David en coca et s’il n’avait pas habité si loin je l’aurais convié avec plaisir ! En réalité, le film ne compte que des effets de maquillages très grossiers que nous avons confectionnés sur place à base d’abats et de faux sang…
Nous sommes plus proches d’un TROMA dans l’esprit que d’un Eden Lake…désolé David !

- Ce n’est pas le même casting que pour Passé sous silence. Tu sembles avoir privilégié l’amitié et la famille …

Si j’ai changé d’équipe c’est uniquement pour des raisons de disponibilité.
Le film a été tourné dans l’urgence en 5 après-midi j’ai donc fait appel aux potes qui étaient disponibles pendant cette période et qui pouvaient être intéressés par notre petite aventure champêtre !
J’ai toujours réservé des petits rôles à ma famille dans les délires dans nos productions.
C’est une façon de les faire participer à nos délires de grands enfants !

- …à part l’éternel Philippe Valette aux effets visuels ?

Yes, c’est mon Phil Tipett personnel ! Laurent et lui sont mes meilleurs potes depuis maintenant plus de 10 ans, nous avons tourné ensemble nos premiers films sur VHS au collège. C’est donc tout naturel que je fasse appel à lui pour chacune de mes réalisations et puis…je ne connais personne meilleur que lui en ce qui concerne la supervision et la réalisation d’effets visuels !

- Des chances de voir le DVD un jour ? Avec les bonus ?

Dans le commerce ? Non, je n’ai jamais eu le prétention de sortir mes courts dans le commerce ni de les vendre.
Très (très) Chasse reste quand même du gros délire de geek !

- Organises-tu encore des soirées projo à Paris ?

Oui toujours ! Nous reprenons les soirées à la Cantada à partir de la fin septembre 2009 avec une spéciale « monstres » qui, j’espère, fera salle comble !
Il manquait à mon goût un évènement régulier à Paris ou les jeunes réalisateurs de genre pourraient se rencontrer et échanger ailleurs que devant un écran d’ordinateur.
« Les jeudis de l’angoisse » est né de cette envie de partage et de convivialité.

- Justement en tant que grand amateur de courts, que penses-tu du court métrage de genre en France actuellement ?

Je pense qu’il n’y a jamais eu autant de tournages de courts de genre depuis ces 10 dernières années et c’est tant mieux ! Les réalisateurs cassent leur tirelire pour tourner des films qui sont de plus en plus en plus aboutis techniquement !
Malgré cette abondance de films, je déplore l’absence de véritables maisons de production qui donneraient la chance à ce vivier car la plupart des films que je reçois sont des auto-production conçues de A à Z par leur réalisateur.
C’est cool le « home made » mais ça va 5 minutes ! Cependant, on peut comprendre la frilosité des producteurs à financer des courts-métrages (format déjà peu rentable) lorsque l’on voit les scores désastreux des long-métrages en salle…
Honnêtement, je ne sais pas si il reste de l’espoir en ce qui concerne le genre en France.
Nous arrivons dans une aire ou monter un financement pour un long-métrage de genre va relever de l’impossible. Malgré cette marginalisation économique, il ne faut pas que le court devienne un format en marge du circuit cinéma et soit considéré comme un support mineur. Au Quebec, le court-métrage de genre suscite un intérêt de la part du grand public assez hallucinant ! Des festivals comme SPASM ou Fantasia sont soutenus par des institutions publiques et parrainés par des marques très connus de bières.
Votre film en DV peut très bien concourir aux cotés d’un film tourné en 35mm, il n’y a pas de barrière idéologique : si votre film est bon il aura sa chance en sélection ! Ce n’est pas en France que ce genre de chose risque d’arriver… pour l’instant !

- Quand démarres-tu les festivals ?

Il a été sélectionné au Festival du film d’horreur de Rouen cette année ou il a reçu un super accueil de la part du public. ça fait plaisir de voir que nos conneries ne font pas rire que nous ! Il a été sélectionné au festival Fantasia de cette année. Sinon nous attendons des retours de plusieurs festivals spécialisés dans le genre comme GoreNight ou celui de Strasbourg.

- Merci Mathieu !

Merci à l’équipe de cinemafantastique.be pour leur soutien médiatique au court de genre !

Lecteurs, n’hésitez pas à m’envoyer vos courts de monstres pour la prochaine soirée de septembre.

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Extrait -Très (très) Chasse

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