Ose court

OSE COURT - Survival

1er avril 2009 | Par : Damien Taymans

Le parcours du combattant

Survival, intitulé trompeur puisque le court de Guillaume Tauveron ne boxe nullement dans cette catégorie. En lieu et place, il décrit la descente aux enfers et la résurrection toute "résiliente" d’un champion de kick-boxing sur le déclin qui doit lutter afin de survivre. "Je ne suis pas particulièrement fan des films de type survival, explique le réalisateur,mais par contre fut un temps où j’aimais beaucoup les jeux vidéos de type survival comme Streets of rage, où le personnage doit avancer dans un décor en rencontrant des dizaines de personnages qu’il doit éclater tout en continuant d’avancer le plus longtemps possible. J’aime bien prendre les contrepieds des choses. Tout comme j’ai choisi d’écrire un drame fantastique avec une seule scène de combat en 20 minutes alors que l’acteur est un champion de kickboxing." Un contrepied que le cinéaste ne cesse de rechercher, offrant un drame aux connotations fantastiques qui, sous couvert de personnifications symboliques, transgresse l’iconoclasme pour façonner Dieu à son image et en fait un des jalons obligatoires vers la libération du héros.

Un héros interprété par le champion d’Europe Damien Leconte qui, au crépuscule de sa carrière de sportif, fait ici ses premiers essais avant d’enchaîner les projets filmiques (notamment l’actionner Surrender de Guillaume Pierret). Une douce reconversion que le cinéaste entame dans un rôle à contrecourant, ne se cantonnant pas à en faire un rejeton à la Seagal (sans la fourmi) qui balance des coups entre deux lignes de répliques. Affublant un costume qui lui sied d’autant mieux qu’il fut taillé à sa mesure, Leconte joue juste et parvient à rendre crédible ce parcours initiatique, passage obligatoire pour accéder à une rédemption ferme et définitive.

Tel le récent science-fictionnel Eden Log de Vestiel, Survival épouse la narrativité échelonnée des jeux vidéo aventureux au sein desquels le héros doit livrer un certain nombre de combats avant d’accéder à la libération pure et simple, au retour à la normalité. Des étapes représentées par trois rounds face à des créatures omnipotentes qui influent conséquemment sur la vie humaine : la Maladie, la Mort et Dieu. Autant de personnages caractérisés par des personnifications qui n’ont de conventionnelle que l’apparence, l’auteur ayant imprimé à chacun ses propres représentations. "Pour La Mort, bien sûr le noir me semblait de rigueur, parce qu’elle est plus effrayante ainsi et aussi pour l’opposer à la tenue blanche que porte Dieu. Mais je l’ai aussi personnifiée par rapport au personnage de Damien. Elle a pris l’apparence du cauchemar qu’elle est pour Damien, tout en étant une mort combattante qu’il puise affronter à « égalité ». La mort est directe et brutale. Quant à la maladie elle est plus pernicieuse, elle attaque lentement, en douce, donc je voulais un personnage un peu sadique. Je l’ai aussi imaginé en opposition au duo qu’elle forme avec la mort. Donc la maladie est à l’opposée de la mort, elle parle beaucoup et elle a cet aspect malformé qui la rend quasi incapable d’utiliser son physique mais elle a d’autres armes tout aussi effrayantes."

Prodigieuse fable aux connotations fantastiques prégnantes, Survival confirme autant le talent de l’auteur de l’arc-en-ciel des contes qu’il ne sacre l’entrée dans la comédie du convaincant Damien Leconte (prénom prédestiné ?).

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Peux-tu nous décrire un peu ton parcours professionnel ?

J’ai eu un parcours un peu chaotique. Après des années à faire des petits boulots (usine, entretien, déménagement…) tout en écrivant à côté, j’ai fait une courte formation en radio, puis travaillé en tant qu’infographiste dans une boite de publicité, avant de tout laisser pour me lancer dans la réalisation en autodidacte. J’ai fait plusieurs courts-métrages, puis j’ai rencontré le réalisateur japonais Hiroshi Toda. Ensemble, on a co-réalisé un long-métrage au Japon début 2006 : Sakura no kage (L’ombre du cerisier). Inspiré par sa façon de travailler très particulière et très intuitive, je me suis lancé dans une série Tout ce qui conte, qui contient 8 courts (Conte Rouge, Conte Bleu, Conte Vert…) et représente 2H30 du film. Et je me suis lancé ensuite dans la réalisation de clips, tout en montant à côté mon plus gros projet de courts-métrages : Survival.

Après avoir bariolé ton CV d’un arc-en-ciel de contes, voilà que tu y plantes un court plus fantastique, toujours ancré dans l’onirisme. Un univers qui te correspond ?

Oui. J’ai toujours eu une préférence pour les films fantastiques. Pour deux raisons, au niveau de l’imaginaire cela permet de voyager et de quasiment tout se permettre, et ensuite je trouve que c’est le meilleur genre pour faire des paraboles. Dans ma filmographie il y a des fantômes, vampires, sorcières, démons, clones, voyages dans le temps… J’aime ancrer le fantastique dans un univers relativement réaliste pour que le spectateur puisse se prendre au jeu. Quant à l’onirisme, il vient « adoucir » une réalité souvent assez sombre et difficile.

Quels sont tes cinéastes fétiches ?

Dans le trio de tête : Akira Kurosawa pour son humanisme. Takeshi Kitano pour son mélange entre violence, cruauté, poésie, humour et tendresse. Tim Burton pour son univers fantastique et onirique si personnel. Ce sont les trois réalisateurs qui m’ont le plus influencé. Depuis j’ai aussi infiniment d’admiration pour Christopher Nolan dont The Dark Knight est un chef-d’œuvre et représente le film que j’aurais aimé faire. Bien sûr à côté j’ai eu d’autres influences : Kubrick, Besson (ses 1ers films), Coppola, Kobayashi, Mizoguchi, Gilliam…

Tu tiens comme beaucoup de réals de courts un site internet régulièrement alimenté en news. Penses-tu que le Web est un outil incontournable actuellement dans ce domaine ?

Oui je pense que c’est indispensable pour se faire connaître d’une part et aussi pour rencontrer un public d’autre part. Un long est distribué au cinéma et en DVD donc il est visible facilement, alors qu’un court métrage n’est visible qu’en festivals, s’il est sélectionné. Le net permet donc d’offrir ses films aux spectateurs. Certains réals ne veulent pas mettre leurs films sur le net. Pour moi, un film est fait pour être vu, donc le fait de le mettre en ligne est logique. Après, j’ai plusieurs courts-métrages qui étaient sur le net mais que j’ai dû retirer parce qu’ils sont distribués par une société canadienne, mais ils ont déjà bien vécu sur la toile. D’ailleurs l’un d’eux avait été remarqué sur Youtube, Conte Rouge, et un distributeur anglais m’a contacté pour le mettre sur une compilation de courts-métrages internationaux. Donc le net est plus que jamais le moyen de se faire connaître.

Pourquoi avoir opté pour le titre Survival qui évoque précisément un genre auquel le court n’appartient pas ?

C’était justement ce décalage qui m’attirait. Je ne suis pas particulièrement fan des films de type survival, mais par contre fut un temps où j’aimais beaucoup les jeux vidéos de type survival comme Streets of rage, où le personnage doit avancer dans un décor en rencontrant des dizaines de personnages qu’il doit éclater tout en continuant d’avancer le plus longtemps possible. J’aime bien prendre les contrepieds des choses. Tout comme j’ai choisi d’écrire un drame fantastique avec une seule scène de combat en 20 minutes alors que l’acteur est un champion de kickboxing. Et puis le titre s’est imposé de lui-même tout de suite, puisque l’histoire traite principalement du fait de continuer à se battre et de survivre le plus longtemps possible.

Le court abonde de plans larges parfois contemplatifs, à l’heure où beaucoup dégueulent des zooms à la pelle via un montage épileptique. Une volonté de revenir à un cinéma plus porté sur l’image et moins sur les effets « en vogue » ?

Ce n’est pas une opposition par rapport à une mode, j’aime certains films bien speed quand ils sont bien réalisés (comme Surrender de mon ami Guillaume Pierret), mais c’est juste que c’est le type de cinéma que j’aime, avec une profonde influence venue du cinéma asiatique. J’aime beaucoup les plans larges, on est un peu en dehors de l’action, on peut observer les personnages et leur vie en ayant un regard extérieur, et puis cela laisse aussi une belle place aux décors, souvent naturels, dont je suis épris. Originaire d’Auvergne, je suis habitué aux grands espaces et à la nature, et j’aime lui donner la place qu’elle mérite. A son échelle, on est tout petits. Mais souvent j’enchaîne un gros plan juste après le plan large, afin qu’au contraire on soit au plus près de l’action et surtout des émotions des personnages, que l’on ressente l’importance viscérale de ce qu’ils vivent alors que de loin cela ne semble qu’une vie anecdotique avec son lots de soucis comme les autres. C’est jusqu’ici la meilleure façon que j’ai trouvée pour exprimer ce mélange de froid et de chaud dont est constitué la vie.

Damien Leconte, champion de France de kickboxing, entame avec ton court sa carrière dans l’interprétation avant de rejoindre le cast de Surrender. Une reconversion passionnée pour lui ?

J’ai rencontré Damien sur Myspace. On a tout de suite sympathisé alors que l’on est très différents sur beaucoup de choses, mais dans le fond tout un tas de choses nous rapprochent. Damien n’avait donc jamais joué, mais il avait envie, non pas de se reconvertir, mais de tenter quelque chose de nouveau au crépuscule de sa carrière de boxeur. Je lui ai donc proposé de lui écrire un film pour lui, et depuis il a enchaîné les tournages (courts, moyens, longs, clips, pub) donc la meilleure chose que je lui souhaite c’est de réussir car il a vraiment un bon potentiel d’acteur, il a une gueule (en plus plutôt belle gueule), et un véritable charisme.

Comment t’est venue cette idée de scénario ?

A partir du moment où on a décidé de faire un film ensemble avec Damien, je ne voulais surtout pas lui donner un rôle où il filerait des châtaignes à tour de bras. Comme je le disais plus haut, j’aime bien prendre le contrepied des choses. L’image que me renvoyait celle de Damien était quelqu’un de fort, lumineux, confiant… Pour lui proposer un rôle qui représente un défi j’ai donc voulut lui donner une image opposée : un personnage brisé, perdu, sombre… Tout en gardant le fait qu’il fasse du kickboxing, car vu ses capacités cela aurait été dommage de ne pas les utiliser. Donc pour briser un homme qui respire la force et la vitalité, la maladie est vite venue à mon esprit. J’aime bien commencer mes films sur des personnages brisés par la vie. Je pense que l’on chute tous à un moment ou à un autre. Le tout est de se relever. Et la plupart de mes films portent là-dessus. Sur des personnages cassés, qui se laissent sombrer, mais qui à un moment se reprennent et décident de reprendre leur vie en main. Et souvent dans mes films, il y a un élément fantastique qui déclenche cette prise de conscience. Et pour Survival j’ai aimé l’idée que La Mort, La Maladie et Dieu viennent le provoquer pour qu’il redevienne celui qu’il a été.

Le court recourt à quelques personnifications conventionnelles (la mort vêtue d’une cape noire, la maladie apparaît sous les traits d’un être hideux et malformé). Etait-ce une obligation pour faciliter la compréhension ?

Obligation, non. Disons que c’est juste ainsi que je les voyais. Pour La Mort, bien sûr le noir me semblait de rigueur, parce qu’elle est plus effrayante ainsi et aussi pour l’opposer à la tenue blanche que porte Dieu. Mais je l’ai aussi personnifiée par rapport au personnage de Damien. Elle a pris l’apparence du cauchemar qu’elle est pour Damien, tout en étant une mort combattante qu’il puise affronter à « égalité ». La mort est directe et brutale. Quant à la maladie elle est plus pernicieuse, elle attaque lentement, en douce, donc je voulais un personnage un peu sadique. Je l’ai aussi imaginé en opposition au duo qu’elle forme avec la mort. Donc la maladie est à l’opposée de la mort, elle parle beaucoup et elle a cet aspect malformé qui la rend quasi incapable d’utiliser son physique mais elle a d’autres armes tout aussi effrayantes. Initialement le passage de la maladie devait être plus long et plus complexe, mais par faute de temps et de moyens, j’ai dû simplifier.

Ne crains-tu pas que le dernier affrontement choque l’intelligentsia dévote ?

C’est possible. Je ne me suis pas trop posé la question. Personnellement je suis athée, donc ça me pose pas de soucis. Mais je ne pense pas non plus avoir manqué de respect. J’ai donné ma représentation de Dieu, un Dieu fait autant de compassion que de fureur, qui malmène Damien pour lui faire comprendre sa vision du « sens de la vie » avant de lui proposer la paix éternelle. Je suis partisan du ni Dieu ni Maître. Donc vis-à-vis d’un tel personnage si imbu de son autorité et de son savoir, qui enseigne également à Damien que ce qui compte c’est de combattre, il était trop tentant de lui envoyer un vieux bourre pif pour passer à côté. Damien combat jusqu’à la dernière seconde de sa vie en affrontant celui qu’on ne peut affronter et j’aimais cette idée. Et puis on dit que Dieu nous a créé à son image, mais moi j’ai créé Dieu à mon image en l’interprétant, donc j’aimais bien ce petit pied de nez.

Si tu devais affronter l’un des trois ennemis créés, lequel choisirais-tu et pourquoi ?

Ah très dure question. Mais ce serait sûrement Dieu. Déjà parce que je préfère combattre le boss plutôt que les sous-fifres, et puis qui n’a pas rêvé d’affronter Dieu ?

D’autres projets en préparation ?

Je suis à un tournant actuellement. J’ai un autre projet de court-métrage, Cercles, pour lequel je retrouverai Damien Leconte et à qui se joindra Alysson Paradis, un drame fantastique où, après Dieu, cette fois c’est le Diable qui va venir pourrir la vie de Damien en lui prenant la femme qu’il aime. Mais je recherche une production pour le projet car j’en ai fini avec l’autoproduction. Et parallèlement je cherche aussi à monter un projet de long-métrage. J’ai deux scénarii d’ores et déjà écrit, un drame fantastique, et l’autre une comédie dramatique fantastique, et puis je garde dans un coin de ma tête l’envie de développer Survival en long-métrage car il y a tout un tas d’éléments que j’aurais souhaité approfondir.

(Interview réalisée par Damien)

LE TRAILER

Commentaires

moi perso j ai adoree l acteur et le realisateur rien a dire de plus kisssnath

1er avril 2009 | Par nathou

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