Ose court

OSE COURT - Spécialité du chef

8 avril 2010 | Par : Damien Taymans

Surprise du chef

Prévu au départ pour figurer parmi le Terror project 6, cette mini-série centrée sur les zombies dont les épisodes auraient été réalisés par des metteurs en scène différents, Spécialité du chef a dû attendre la proposition d’Oh my gore pour se voir distribué en DVD avec un tout petit peu de retard. Récompensé par les Prix du jury et du public au Festival International du Zombie de Lyon, le film séduit par son incroyable énergie et son imagerie américano-nippone du zomblard, créature fétiche des amateurs de gore et de tripailles. Et, même si son géniteur s’en défend quelque peu, Spécialité du chef déborde d’hémoglobine et de séquences glauques et morbides. De la libération du sous-sol à l’accrochage du cadavre (Tobe Hooper, cette image est pour toi !), le film entretient une atmosphère excessivement poisseuse que viennent adoucir quelques séquences cocasses durant lesquelles des cuistots élevés à la viande de clebs font des démos, façon Street fighter, de leurs talents de combattants.

Une dichotomie aisément explicable à la lueur des modèles de Grégory Sacré, réalisateur du court. De Texas Chainsaw Massacre (les scènes de cave) à Nouvelle cuisine, en passant par The untold story et The Devil’s rejects, Spécialité du chef ne renie jamais ses influences, empruntant aux uns son atmosphère poisseuse et délétère, aux autres ce brin de folie sauvageonne qui contribue à le transformer en ovni. En clair, on se poile et on jubile devant ce rouleau impérial, on se pâme devant ses maquillages (signés Jérémy B. Caravita qui s’est illustré avec Les Dents de la nuit, Dante 01 et A l’intérieur) et on exulte devant sa fin perverse. A consommer sans modération... Et pour madame, ce sera ?

Spécialité du chef était prévu au départ pour faire partie du Terror project 6. Pourquoi ce projet est-il tombé à l’eau ?

L’un des deux créateurs de la série en parlerait mieux que moi... Mais disons que cette personne a planté tous les participants au projet, que ce soit humainement et financièrement. Si je commence à parler de tout ça, je vais devoir écrire pas mal de pages (malheureusement). C’est d’autant plus dommage que la série avait un vrai potentiel.

La production du film avait déjà commencé lors du Terror project 6. Comment le court a-t-il été récupéré pour sortir finalement en DVD ?

Dés le départ, Spécialité du chef était prévu pour une sortie en DVD, mais avec tous les autres épisodes. Du coup, on avait tout de suite prévu le coup et misé sur du contenu bonus. Quand la série est morte, on n’a pas lâché l’affaire et on a terminé notre making-of. Le court est ensuite passé dans pas mal d’endroits, j’avais envie qu’il navigue pendant une bonne année et ensuite voir ce que j’en ferais, mais l’idée de faire un DVD restait dans ma tête. Et puis ce fut un coup de chance, l’un de mes amis a vu l’annonce du créateur de Oh My Gore ! qui cherchait des courts-métrages pour de l’édition DVD. C’était le bon moment. J’ai pris contact et envoyé le court-métrage accompagné de ses bonus. L’éditeur est ensuite revenu vers moi pour dire qu’il allait le sortir sous sa nouvelle bannière Oh My Gore ! Et ça, je ne l’en remercierai jamais assez !

De quels moyens financiers et logistiques disposiez-vous pour faire ce film ?

Au départ de la série, chaque réalisateur avait un budget de 800€. Ca c’est sur le papier vu qu’il y a eu de nombreux problèmes sur ce point. On s’est retrouvé la veille du tournage avec 20% de cette somme et plus aucun contact avec le producteur. J’ai du coup lancé un appel interne dans mon association Varock Films si les membres voulaient aider le projet. Comme si c’était fait exprès, j’avais donné un atelier vidéo le mois précédent et je venais de recevoir ma paye. J’en ai donc reversé l’intégralité pour combler le trou. C’était un passage très difficile même si, comparé à d’autres films, c’est un budget ridicule. Mais quand tout le monde est bénévole et que vous n’avez pas d’argent pour nourrir tout le monde... C’est horrible ! Tout s’est arrangé heureusement par la suite. Pour les moyens logistiques après c’est majoritairement du prêt. Nous avions deux Sony PD150, du matos son prêté par France 3 et notre chef éclairo avait beaucoup de choses dans sa besace.

En lisant le synopsis, on s’attend à une sorte de pendant cinématographique du Coup de gigot de Roald Dahl. Pourtant, le déroulement s’illustre de manière complètement originale, empruntant au registre des films de kung fu autant que des zombies flicks. Quelles étaient vos influences cinématographiques pour ce court ?

Je recherchais plus des influences d’ambiance et je n’avais pas envie de raccrocher à un style précis. J’ai beaucoup regardé 5 films en particulier pour Spécialité du chef et j’en ai tiré quelque leçons : The Devils Reject, parce qu’il arrive à être poisseux comme un film des années 70 tout en étant récent, The Texas chainsaw massacre (l’original), qui est un de mes films préférés et m’a beaucoup influencé aussi. Après j’ai dû revoir certains films à la thématique proche pour ne pas copier, j’ai donc revu Nouvelle Cuisine et The Untold Story. Et en tant que grand fana de films asiatiques de genre... Et bien on a ajouté beaucoup de combats !

L’un des points forts du court sont les maquillages qui se montrent très convaincants. Qui s’en est occupé ? Comment a-t-il travaillé ?

Les maquillages sont signés Jérémy B. Caravita. J’étais heureux de l’avoir sur le tournage. Il était venu avec Alexandra Leriche, une de ses assistantes et nous avions notre maquilleuse dans l’asso, Aurélie Dulauroy. Bien avant le tournage, on avait discuté quelques fois au téléphone et par mail et nous discutions des effets et de comment les réaliser. Il me demandait comment j’allais les filmer et lui créait l’effet en fonction. Jérémy a fait un travail extraordinaire et nous a réellement permis de passer du stade "je fais un film avec mes potes" à "je fais un film qui a de la gueule". Je rêve de retravailler avec lui, j’attends juste le bon projet pour lui faire ma proposition.

Spécialité du chef est sans doute l’un des premiers à faire passer du laotien pour du chinois. Vous pouvez nous dire un mot sur ce mélange des langues ?

Dés le départ dans le scénario, les commis de cuisine parlaient en mandarin. Nous avons tout naturellement cherché des traducteurs sur Reims et j’en ai trouvé deux, un prof et une vraie traductrice ! Que demander de mieux ! J’ai pris rendez-vous avec le prof, il était emballé de faire une traduction d’un film et de conseiller les acteurs sur la diction et puis... Plus je parlais du sujet du film, plus son visage se décomposait. Je suis parti avec un "on se rappelle", et je n’ai plus réussi à le joindre. Pour la traductrice, c’était pareil, elle voulait bien le faire... Mais pas avec ce scénario-là ! Ca donnait une mauvaise image des Chinois. Je lui ai donc conseillé une paire de films chinois dans le même genre (horreur avec un soupçon de cuisine) et elle m’a répondu : Oui mais ils sont fait en Chine ces films, là nous sommes en France. Je n’avais donc plus personne pour traduire. Et puis, tout naturellement on s’est dit : et pourquoi pas en laotien ? Claude Chounlasane et Boun-Mi Vilayvanh (qui sont tous deux membres très actifs de l’association) ont traduit les dialogues et souvent interprété les voix. Claude a même donné un ton un peu "Yakuza" à son laotien.

Ghalem Chenneh, champion d’Europe de boxe thaï, n’en a-t-il pas assez de se prendre des rames dans vos films ? Avez-vous un autre projet où il pourrait prendre sa revanche ?

Malheureusement pour le moment la réponse est non. C’est vrai qu’il ne gagne jamais dans nos films... Nous avons tourné avec lui encore cet été mais il perdait encore ! Dans tous les cas, nous avons assez de projets futurs au sein de l’association pour lui trouver enfin un rôle de "winner".

La préparation des nems, qui constitue l’essentiel du trailer du film, est l’un des plus beaux passages culinaires de la décennie qui n’a assurément rien à envier à l’émission Top chef. Sérieusement, c’était la première fois que vous coupiez des carottes ?

(rires) Non pas la première, la deuxième fois ! C’est un passage qu’on a tourné le lendemain du tournage avec le monteur du film Clément Bataillon et nous n’avions pas de vrai cuistot sur le coude ;)

Le DVD est distribué grâce à Oh my gore. Une distri toute trouvée étant donné le nombre de litres d’hémoglobine répandus dans Spécialité du chef, non ?

C’est vrai que ça colle bien ! Mais je trouve qu’il n’y a pas tant de sang que ça dans le film...

Quels sont vos projets futurs ?

J’ai tourné un court-métrage l’année passée qui s’appelle "Un rythme d’enfer". C’est une comédie sur la musique avec un pacte avec le diable. Et nous sommes toujours sur la finition du long métrage "Survivre" que nous avons tourné en 2008... Ca passe vite tout ça ! A côté de ça, je suis sur 3 projets de longs métrages, un film fantastique autour d’un adolescent, un gros film d’action / horreur / comédie fun très typée année 80 et une espèce de version longue de Spécialité du chef. Quand j’ai écrit le scénario, une partie de mes idées plus "sérieuses" n’a pas pu se faire, soit par manque de temps, soit (surtout) par manque de budget et j’aimerais développer cette histoire. En fait, dans l’histoire du long, le court métrage représenterait "juste" l’intro... je vous laisse imaginer.

(Interview réalisée par Damien)

Commentaires

Cool !

Pour ceux qui seraient intéressé, je vous redonne l’adresse pour acheter le DVD :

http://www.ohmygore-shop.com/316-specialite-du-chef-dvd-digipack.html

10 avril 2010 | Par Oh My Gore !

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