Ose court

OSE COURT - Série Noire

28 février 2010 | Par : Gore Sliclez

Alice au Pays du Cauchemar

Souvenez-vous, nous vous avions présenté l’interview de Pascal Adant, réalisateur belge de courts métrages qui avait poussé un coup de gueule contre le système d’aides de la Communauté Française accordées selon lui à un certain genre de cinéma uniquement.

Aujourd’hui, CinemaFantastique se penche sur Série noire, un court réalisé il y a quelques années déjà mais qui démontre le talent du réal et ce gâchis décidément de ne pas plus donner de chance à un cinéma de genre pourtant localisé dans le pays du surréalisme. Le film raconte le malheur qui touche une famille à la suite d’un décès. Alice, la cadette, interprétée magistralement par Circé Lethem (Rapt, La Chambre des Officiers...), s’étonne de façon obsessionnelle de la présence d’un homme lors de l’enterrement. Une obsession qui devient dangereuse...

Produit, écrit, réalisé et "composé" par Pascal Adant lui-même, ce Carpenter "belge" nous offre une belle œuvre, très émouvante et qui débouche sur un mix final des plus étonnants. Réalisé à Soignies, ville fétiche d’Adant, Série Noire possède ce charme étrange à la Marina de Van merveilleusement porté par une équipe d’acteurs confirmés, réelle aubaine pour le réalisateur lui-même. C’est peu dire que le Belge a des choses à dire, ses précédents courts métrages d’animation en avait ravi plus d’un avec des messages délicieusement engagés.

En attendant une nouvelle opportunité pour le réalisateur hennuyer d’exprimer son talent, CF ne peut que vous conseiller de vous offrir "One Man Shorts", le DVD sorti il y a peu et reprenant l’entièreté des œuvres de Pascal Adant. Plaisir des grands comme des petits assurés !

- Une petite présentation avant pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis réalisateur de courts métrages de fiction et d’animation. La plupart ont été vus en salles — en avant-programme de longs métrages Pixar, Dreamworks, Warner, et j’en passe, à la television et dans une multitude de festivals internationaux. Je suis aussi le représentant d’une espèce assez rare de cinéastes en Communauté française de Belgique : je réalise des films de genre.

- Attention, vous faites je cite : l’animation, le coloriage, les décors, le montage, la réalisation, la production, l’écriture, la musique... et j’en passe encore. Vous êtes le Remy Bricka du cinéma belge ma parole...

Par la force des choses. Je porte toutes les casquettes à la fois pour réduire les coûts et permettre à des films d’exister, même sans soutien financier.

- Il paraît que vous aimez le cinéma américain. Mais quel genre de cinéma aimez-vous ?

Je suis assez éclectique. J’aime qu’un film soit divertissant, mais il ne doit pas être totalement dépourvu d’un certain contenu.

- Série Noire est votre deuxième court métrage "non animé". Pourquoi cette envie de faire autre chose ?

C’est plutôt l’inverse qui s’est produit. J’ai toujours voulu faire du cinema de fiction. Mais, à mes débuts, comme j’étais autodidacte et que je n’avais aucun contact avec le milieu du cinéma, je ne savais pas comment trouver une équipe de techniciens et d’acteurs. Je me suis alors tourné vers l’animation, parce que ce genre-là me permettait de tout faire en même temps. Mais le succès de mon premier court métrage en animation s’est un peu retourné contre moi, car à partir de ce moment-là, les gens m’ont vu plus comme un animateur que comme un réalisateur de fiction. Je suis pourtant plus photographe que graphiste, à la base. Précisons aussi que Série noire n’est pas ma deuxième fiction, mais ma troisième. En plus de Destination Londres, il y a Fate, produit en 2002, mais qui est le seul de mes courts métrages à ne pas figurer dans la compilation One-man shorts.

- Le choix de votre actrice principale est tombé sur la ravissante et talentueuse Circé Lethem. Pourquoi ce choix et comment s’est déroulé votre collaboration ?

Circé Lethem est une comédienne formidable que je classe dans le top 5 des meilleurs acteurs belges. Je l’avais découvert pour la première fois dans un court métrage d’un ami producteur qui s’intitulait Amphytrion ’94, dans lequel Circé jouait seule face à la camera. Une belle performance qui m’a marqué. Je voulais déjà l’engager auparavant pour tourner Fate, qui était un mélange de fiction et d’animation, mais elle avait decliné l’offre pour des raisons que je ne souhaite pas évoquer ici.

- Le casting dans son ensemble est d’ailleurs impressionnant d’exactitude et de talent. On pense notamment à Danielle Denie et Sandrine Blancke.

Oui, sans oublier Roger Van Hool. Il était Oscar dans le film éponyme avec Louis de Funès et, quand nous nous sommes rencontrés à Paris, nous avons parlé de ses expériences avec Lelouch et Truffaut. C’était une chouette rencontre.

- Un tournage à Soignies... une première non ?

Je n’en suis pas sûr. Mais je crois être le seul réalisateur résidant à Soignies. S’il y en a un autre, je voudrais qu’il se manifeste ! J’ai choisi de tourner à Soignies par facilité, mais aussi parce que je suis très attaché à ma ville. C’est d’ailleurs ce qui a inspiré le nom de ma société Sogny Films.

- La photographie est très belle. Votre expérience de graphiste vous a-t-elle aidé ?

Je voudrais m’en attribuer le mérite, mais c’est Guy Talin qui a éclairé Série noire. Il a fait un travail magnifique. Personne ne se plaignait de devoir attendre une ou deux heures de plus avant de pouvoir tourner quand je disais : “on attend que Guy ait fini de régler ses éclairages”. Mais c’est tout de même mon passé de photographe qui m’a permis de choisir la meilleure pellicule et les meilleurs objectifs pour une definition d’image maximale. C’était le mot d’ordre avec Guy : éviter l’image crade habituelle des courts métrages.

- L’atmosphère ressemble presque à une œuvre de Marina De Van, le trash en moins...

C’est un hasard, parce que je ne connais pas ses films. Je ne l’ai même jamais vue jouer, parce que je ne suis pas très fan de François Ozon.

- Le titre du film "Série Noire" est fort utilisé dans le cinéma. Un choix imposé ?

Alice, jouée par Circé Lethem, est une fille tout à fait normale qui devient une serial killer à la fin du film. Le titre s’est donc effectivement imposé.

- Grâce à l’expérience acquise avec vos courts précédents on vous sent comme prêt pour l’aventure du long métrage non ?

Je me sens prêt depuis dix ans ! Mais ce que je constate en Communauté française depuis toutes ces années, c’est que, au nom de la diversité culturelle, on écarte de façon permanente les réalisateurs qui se tournent vers le public pour ne privilégier que des "auteurs" qui n’ont généralement aucune patte cinématograhique. La pratique est généralisée en C.F, et promouvoir un certain type de films en empêchant toute autre forme de cinéma d’exister est antidémocratique et dangereux. Je lutte constamment contre ça.

- Vos œuvres sont très sociales et brassent de nombreux thèmes universels : le racisme, l’individualisme, la guerre... mais toujours de façon indirecte, comme si de rien n’était...

Je pense que les films construits de cette manière ont beaucoup plus de force. Voyez Avatar ou La guerre des étoiles : ce sont des films qui ont l’air simplistes, à la base, mais qui ont une profondeur psychologique insoupçonnée. Pour moi, c’est une bonne façon de faire, parce que ça permet d’éveiller la curiosité des spectateurs sur un sujet auxquels ils n’étaient pas forcément réceptifs. Le message passe toujours mieux quand il est expliqué de façon ludique.

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