Ose court

OSE COURT - Roches Rouges

26 mars 2009 | Par : Chroniqueurs

Une nouvelle pierre à l’édifice

Par Dante

Le survival a toujours été un genre à part du cinéma d’horreur et nombre de réalisateurs talentueux y ont fait leurs premières armes. Il était donc tout naturel que Rodolphe Bonnet, grand amateur de bandes d’horreur, s’y attèle également. Réalisateur prolifique qui a réussi à brasser pas mal de genres dans ses courts précédents (de la comédie fantastique avec Libre échange, à la comédie horrifique avec le diptyque Friday the 12th (que Mad in France avait d’ailleurs mis en vedette) en passant par le thriller psychologique avec Je sais qui tu es), Bonnet passe avec Roches rouges à un cran supérieur et nous livre le film qui lui "ressemble le plus. Mon bébé (…) mon hommage au genre, un condensé de tout ce que j’aime dans le survival." Un film émanant d’une "démarche plus que personnelle, explique le réalisateur. Je savais avant même de le faire que personne ne le produirait à part moi et que pas grand monde ne le verrait au final. Je me suis fait plaisir avant tout."

Roches rouges raconte donc le périple de 4 jeunes gens partis en week-end dans la campagne, qui ont la mauvaise idée de traîner sur le territoire d’un couple de psychopathes aux valeurs familiales particulières. Le court métrage ne prétend donc pas révolutionner les codes du genre ou faire dans une quelconque originalité. Recourant à un pitch convenu et récupérant tous les ingrédients du sous-genre, le cinéaste construit son survival tout en bâtissant un vibrant hommage à ce genre qu’il affectionne particulièrement. Un respect qui le pousse à reprendre scrupuleusement les codes les plus élémentaires du genre : les personnages-clefs (le gentil, l’enfoiré et la jeune fille effarouchée), les tueurs charismatiques (ici Emmanuel Bonami, la clef de voûte du film), les décors lugubres, les hurlements et le sang qui gicle. A noter à ce sujet que les effets gore du film, très réussis et qui y sont pour beaucoup dans la crédibilité du métrage, sont signés David Scherer, artisan virtuose des prothèses et du faux sang du cinéma gore hexagonal actuel qui, quand il n’élabore pas des poches de faux-sang sur le tournage d’un court ou des visages arrachés sur le plateau d’un long, imagine hypothétiquement comment découper plus aisément sa belle-doche en deux sans faire d’éclaboussures. En prime, et pour ne pas transformer son film en banal survival, le réalisateur s’est permis quelques profondeurs, approfondissant notamment la relation entre les deux personnages féminins du film ou dans le couple de tueurs, donnant ainsi plus d’intérêt au métrage.

Bénéficiant d’un très bon bouche à oreille, Roches Rouges a écumé les festivals habituels et s’est même offert un passage le festival international du court métrage de Clermont Ferrand, devenant pour le coup l’étendard du film de genre français au milieu des productions inoffensives et aseptisées de ce festival malheureusement national. Une expérience d’autant plus étonnante qu’elle provoque l’émoi au sien du public : "Contrairement à toutes les projections antérieures, le public a pris le film au premier degré : aucun rire dans la salle, ambiance lourde, flux tendu vers les sorties, les gens se crispent dans les fauteuils et à la fin, la salle était coupée en deux : ceux qui nous sifflaient et nous traitaient de dégénérés et ceux qui nous soutenaient en applaudissant, aimaient le film ou simplement trouvaient qu’il avait le droit d’exister. Les gens se sont mis à s’insulter entre eux, je me suis fait agressé verbalement, j’ai cru que les gens allaient se battre. Des spectateurs sont même allés se plaindre à l’accueil ! Bref un excellent souvenir."

Simple, efficace, Roches Rouges réussit le pari de rendre hommage au survival tout en se donnant une personnalité propre. Un nouveau pas vers la reconnaissance finale du cinéma de genre en France.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Pour commencer, peux-tu nous parler un peu de la genèse de Roches rouges, qui détonne un peu avec tes précédents courts plus déjantés ?

A un moment de ta vie, quand tu as une passion qui te dévore littéralement (en temps, en énergie, en argent), tu te dis qu’il est peut-être temps de passer à la vitesse supérieure ou d’arrêter… ROCHES ROUGES est né de l’envie de faire les deux ! Je me suis dit qu’il était temps d’ arrêter d’auto-produire mes films. Et de réaliser peut-être mon dernier court métrage. J’ai donc décidé de me faire plaisir, d’emmerder tout le monde et de faire le plus sérieusement possible le film que je voulais, en mettant tout ce que j’avais et pouvais dedans, histoire de partir en beauté…

On sent aussi dans ce court, que tu as accès à plus de moyens techniques, quels ont été exactement tes moyens sur Roches Rouges ?

Parler d’argent dans le court-métrage me fait toujours marrer. Si j’avais dû payer au tarif syndical tous ceux qui ont bossé sur le film, ça aurait coûté plus de 150 000 euros. Les gens n’imaginent pas la masse colossale de travail que ça représente. J’ai passé deux ans et demi de ma vie sur ce film. On l’a fait pour 10 000 euros, de ma poche, grâce à tous les contacts que je me suis fait dans le milieu depuis cinq ans et tous ceux qui ont accepté de se joindre à moi gratos dans l’aventure.

Roches rouges est un clin d’œil à de nombreux films, mais quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

Mes sources d’inspiration vont de Jean Rolin à Max Pécas. Non plus sérieusement, je ne me sens pas influencé par qui que ce soit, même si j’imagine qu’inconsciemment, je dois recracher dans mes films tout ce que j’ai ingurgité depuis vingt ans de cinoche intensif.

Après avoir rendu un hommage à la saga Vendredi 13 avec le diptyque Friday the 12th, voilà que tu t’attaques au survival en général, tu n’as pas envie de te lancer dans un style plus personnel ?

Faire un court métrage de genre, qui plus est un survival, est une démarche plus que personnelle : je savais avant même de le faire que personne ne le produirait à part moi et que pas grand monde ne le verrait au final. Je me suis fait plaisir avant tout.

Roches Rouges a été sélectionné au festival de court métrage de Clermont, assez inhabituel pour un film de genre, que retires-tu de cette expérience ?

Une pure démence ! J’ignore encore aujourd’hui pourquoi Clermont a eu les cojones de sélectionner un film de genre interdit aux moins de 16 ans… Peut-être pour remuer un peu la compétition française. C’est ce qu’on a fait… On savait qu’on allait faire tache dans le décor et que ça allait buzzer mais jamais à ce point…Je me souviendrai toute ma vie de la dernière projection (officielle) dans la grande salle du festival (1 500 places). Le film avait fait parler de lui toute la semaine, les gens savaient très clairement à quoi ils allaient s’exposer… Donc avant la projection du film (le dernier d’un programme de cinq courts), tout se passe normalement, « comme d’habitude » : 200 personnes quittent la salle. Après, je ne sais pas pourquoi mais contrairement à toutes les projections antérieures, le public a pris le film au premier degré : aucun rire dans la salle, ambiance lourde, flux tendu vers les sorties, les gens se crispent dans les fauteuils et à la fin, la salle était coupée en deux : ceux qui nous sifflaient et nous traitaient de dégénérés et ceux qui nous soutenaient en applaudissant, aimaient le film ou simplement trouvaient qu’il avait le droit d’exister. Les gens se sont mis à s’insulter entre eux, je me suis fait agressé verbalement, j’ai cru que les gens allaient se battre. Des spectateurs sont même allés se plaindre à l’accueil ! Bref un excellent souvenir.

Peux-tu nous parler un peu d’Emmanuel Bonami, qui a tourné dans plusieurs de tes courts et qui se pose ici comme la révélation du film ?

Emmanuel est mon acteur fétiche. C’est le troisième film qu’on fait ensemble. On est donc naturellement devenus amis. Il ne participe pas qu’au tournage, il participe à tout le film, de l’écriture à la post-production. Du coup, sachant qu’il ferait le film, j’ai écrit le rôle pour lui et on l’a travaillé ensemble. Je lui ai demandé en me marrant de faire de la muscu pour le rôle, il m’a pris au mot. Je le trouve très talentueux mais ce que j’apprécie le plus chez lui, c’est sa simplicité et sa gentillesse. Tous les acteurs ne sont pas comme ça...

Le décor du film est un peu particulier et rappelle Frontière(s) de Xavier Gens. Où s’est déroulé le tournage ?

Je n’ai pas vu Frontière(s). Ce n’est pas la première fois qu’on me dit que les films ont certains points communs. ROCHES ROUGES a été tourné dans une vieille usine désaffectée. On devait tourner à l’origine dans une carrière de pierres rouges, d’où le titre du film. Le directeur de la carrière nous a planté trois mois avant le tournage. Du coup, on a rapatrié le film dans ce décor lugubre. Avec le recul, c’est un mal pour un bien.

Tu fais partie de l’Institut du court métrage de Rhône Alpes, quelle est ton implication dans le cinéma actuellement ?

Le cinéma, enfin le court métrage, reste une passion que j’exerce sur mon temps libre. Je n’en vis pas. Pire, ça me coûte des ronds !

Après le succès de Roches rouges (nombreuses sélections dans des festivals), d’autres projets de courts métrages dans l’avenir ? Ou de longs peut-être ?

J’ai toute une chiée de projets en vue et plein de scénars dans mon tiroir. Et un projet de long bien évidemment. Après ça ne dépend plus trop de moi. Mes cartes de visite, ce sont mes films. Si je trouve les appuis qui vont bien et qui aiment ce que je fais alors il y aura d’autres films, courts ou longs, sinon je me mettrai à la poterie.

(Interview réalisée par Dante)

LE TRAILER


ROCHES ROUGES Bande Annonce
par GERBILLES-PRODUCTIONS

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