Ose court

OSE COURT - Precut Girl

12 novembre 2009 | Par : Gore Sliclez

Immortelle, Immortelle...

Attention OVNI ! Voilà un court qui risque de plaire aux amateurs d’un certain cinéma asiatique déjanté. Eric Dinkian, monteur pour la télévision et le cinéma, chroniqueur également pour le site Devildead.com (hello la concurrence !), nous propose une très jolie histoire, celle d’une jeune femme suicidaire découvrant qu’elle ne peut mourir. Elle ressuscite immanquablement dans une décharge publique. Lui vient alors l’idée d’explorer l’instant du passage à la mort en se tuant à répétition tout en essayant de rester consciente le plus longtemps possible.

Une idée de scénario très originale filmée avec beaucoup de talent par un réal qui peaufine son art au grès de ses courts métrages comme KAOJIKARA ou YUKIKO, aidé en cela par une équipe de fidèles dont la très talentueuse Karin Shibata dans un très beau jeu d’actrice. Même si ce mémorable PRECUT GIRL est un véritable hommage à un certain Miike, résumer le court à cette seule comparaison serait audacieux tant il existe une réelle maîtrise du sujet et une mise en scène touchante qui rendent le film très agréable et délicieusement intimiste.

Rencontre donc avec une jeune réalisateur intelligent et talentueux, auteur d’une des plus belles surprises de la chronique OSE COURT...

- Monteur depuis quelques années, comment t’es venu l’idée de passer à la réalisation ?

La réalisation (de fiction) me fascine depuis que je suis adolescent. Mais la réalisation est un métier somme, il implique de solides connaissances des différents métiers du cinéma. Comme je suis passionné par le montage, j’ai appris cette discipline en école puis j’en ai fait mon métier. Grâce au montage, j’ai travaillé mon « regard » sur l’image, mon sens de la narration, le tout à un niveau professionnel. Quand je me suis senti assez solide en montage, j’ai décidé de concrétiser mon rêve d’ado et de réaliser un court-métrage un peu spécial, Kaojikara. On a tourné en 2004 et on l’a fini 3 ans plus tard en 2007 car le film a demandé un long travail d’effets spéciaux proche de l’animation.

- Depuis Kaojikara tu gardes la même équipe : Karin Shibata, Alexandre Leycuras, certains techniciens... Manque de budget ou “esprit de famille” avant tout ?

C’est « l’esprit de famille » bien entendu. Faire des courts, c’est faire des rencontres mais aussi consolider les amitiés existantes. Beaucoup de membres de l’équipe sont des amis, certains sont des amis d’amis, d’autres sont des gens qui découvrent notre travail et qui veulent spontanément nous rejoindre. Faire un film est aussi et surtout une expérience humaine forte. On a la sensation de partager quelque chose d’unique et d’important. Quand tout le monde est content de l’expérience, du film fini, alors le désir de retravailler ensemble devient évident.

- Precut girl est ton troisième court métrage. On a l’impression que c’est toute l’équipe qui évolue à chaque fois, gagnant en maturité notamment...

En réalité, Precut Girl est mon deuxième court. Il a été écrit et réalisé alors que je préparais un autre court-métrage, Yukiko. Yukiko est un film « lourd » à concevoir, doté d’une écriture narrative complexe, bénéficiant d’une production et d’une tête d’affiche. La pré-production de ce dernier fut assez longue. Precut Girl est un projet beaucoup plus léger, simple en terme de logistique et réalisable en équipe réduite. On l’a tourné en juillet 2008 alors que les prises de vues de Yukiko eurent lieu en décembre 2008. Oui, je pense aussi que nous nous améliorons à chaque film. C’est l’avantage de travailler avec une équipe récurrente. Nous nous renforçons, nous perfectionnons, tous ensemble. Precut Girl est à mon sens une évolution importante par rapport à notre premier court. Yukiko semblera aussi être une évolution par rapport à Precut Girl car c’est un projet tourné avec plus de moyens.

- Avec Precut on est moins dans l’exercice de style et plus dans l’histoire, plus dans le message non ?

Oui, sans aucun doute. Kaojikara avait la lourde tache d’être un premier film, une première expérience. En plus de raconter une histoire, il posait les premières pierres d’un univers visuel et personnel. D’où cet aspect un peu protéiforme, qui ne tient pas en place. Une fois cette expérience de premier film passé, de rêve d’ado accompli, on gagne une certaine sérénité. La base étant posée, il est plus simple avec un deuxième film de creuser le sillon en restant focalisé sur l’histoire.

- On est moins aussi dans le côté hommage au cinéma japonais que tu aimes...

Tout à fait. Même si le film est en majorité en langue japonaise, le désir de communiquer quelque chose de personnel devient plus fort. Il faut dire aussi qu’entre Kaojikara et Precut Girl, je suis passé dans la trentaine. Une période de ma vie assez noire car ça a coïncidé avec une accumulation de drames personnels. Quand on traverse ce genre d’épreuves, on en ressort foncièrement différent. Ca se reporte obligatoirement sur l’acte de création et sur ce que l’on veut transmettre aux gens.

- Tu n’as pas peur que cette influence du cinéma asiatique ne te confine dans un certain style ?

Non, car je crois qu’il est prématuré de parler de style en court-métrage. Je pense avoir un univers, mais je suis un trop jeune réalisateur pour prétendre avoir un style. Contrairement aux apparences, je ne cherche pas à mimer le cinéma asiatique. Ca s’impose juste comme ça dans ma tête, naturellement. Je pense que si je me rapproche du cinéma asiatique, c’est surtout parce que j’essaie de faire des films hybrides mélangeant le film de genre et le film classique. Precut Girl est autant un film d’horreur qu’un portrait de femme intimiste. On ne fait pas trop ça en occident alors qu’en Asie c’est une démarche considérée comme normale.

- On retrouve néanmoins des procédés identiques : l’isolement urbain, le côté un peu paumé des héros, la voix off, les incrustes graphiques... déjà des caractéristiques de ton univers ?

Oui, il y a des cohérences d’univers entre Precut Girl et Kaojikara. Et aussi avec Yukiko qui va bientôt arriver. Les histoires sont différentes, Yukiko est en français par exemple, mais on reste à chaque fois dans des ambiances assez sombres et dépressives avec des procédés narratifs et visuels parfois similaires. Pour moi, ces trois films forment un ensemble. Un ensemble qui creuse au même endroit mais toujours plus profond. Par exemple, j’ai tourné tous mes courts dans le même quartier hyper urbain de Paris. C’est un quartier qui est en permanence en construction et qui change sans arrêt. Il est impossible de prendre ses repères dans un tel paysage en mutation, ce qui en fait le théâtre idéal des drames de mes personnages.

- Le réveil de la jeune fille dans Precut se fait à chaque fois dans une décharge publique. Pourquoi ?

Il n’y a pas de réponse. C’est comme ça, c’est tout. C’est comme dans la vie, on doit faire face à des choses que l’on ne comprend pas mais qui sont malgré tout indiscutables. La mort par exemple, puisque le film parle beaucoup de ça. L’idée de mettre les spectateurs face à quelque chose qui n’aura jamais de sens ni d’explications est une manière de les « fragiliser », de la même manière que le personnage principal est fragile dans sa quête de sens par rapport à sa propre existence. Bien entendu, si on regarde Precut Girl avec un œil un peu plus métaphorique, la décharge à un sens tout trouvé. Mais je ne vais pas tout raconter non plus…

- En plus d’être belle, Karin Shibata y est toujours aussi impressionnante ! Quelle chance de travailler avec une artiste aussi investie… Comment l’as-tu trouvée ?

Elle va être contente quand elle va lire ça ! J’ai rencontré Karin à l’époque de Kaojikara en 2004. Elle a répondu à une annonce de casting alors que nous désespérions de trouver une comédienne japonaise pour le rôle. Karin est devenue une amie et nous avons par la suite toujours collaboré ensemble. Oui, elle a beaucoup donné pour Precut Girl alors que c’était un rôle très difficile pour elle. D’autant plus difficile qu’elle a été frappé par la maladie pendant deux ans. Son retour sur un plateau de tournage s’est fait avec Precut, un film qui explore justement le thème de la souffrance physique et psychologique. Ce n’était pas un cadeau de lui proposer le rôle quand j’y pense. Mais elle a tenu bon et nous a offert, à mon sens, une performance très intense. Son vécu donne beaucoup d’épaisseur au personnage. J’espère que les spectateurs y seront sensibles.

- Et en ce qui concerne Alexandre Leycuras ?

Alex est un ami. C’est le pitre idéal en soirée, même s’il s’est un peu calmé quand il a pris conscience de la masse d’archives compromettantes que nous avons accumulée avec le temps. C’est quelqu’un capable de différents registres mais qui fonctionne particulièrement bien en comédie.

- Kaojikara fut présenté à Cannes ? Tout comme Precut non ? Comment furent les expériences ?

Les courts ont été présenté à Cannes, oui, mais au marché du film court. Pas en compétition bien entendu ! Le marché de Cannes est surtout un lieu de rencontres, où les différents réalisateurs de courts de France et d’ailleurs ont l’occasion de se retrouver. Beaucoup de directeurs de festivals sont aussi là à éplucher les listes des films proposés. Ce qui a valu à Precut d’être sélectionné spontanément dans quelques festivals, notamment en Espagne et en Inde.

- Jamais rencontré Miike ?

Non, malheureusement. Et dire que c’est le seul cinéaste dont les dvds occupent à eux seuls une étagère entière de la bibliothèque dans mon salon.

- Le cinéma de genre japonais connaît-il un essoufflement chez nous ?

Chez nous et ailleurs visiblement. Heureusement, les auteurs comme Kore-Eda ont réussi à percer avec le temps les festivals prestigieux comme Cannes. D’un autre côté, le Japon est toujours le fief des productions les plus tarées du moment comme le prouve les Machine Girl et autre Tokyo Gore Police. Mais le cinéma plus populaire semble en berne après le tsunami de RING, un film qui a quand même conditionné le fantastique asiatique et international pendant des années.

- Comment expliques-tu cette attirance des Français vers cette culture totalement différente au point que de nombreux jeunes réals geeks se disent influencés, inspirés ?

Je ne sais pas. En réalité, je ne me sens pas du tout proche de la culture « geek » même s’il y a certains goûts communs. Je ne lis que très peu de mangas et regarde peu de japanimation. J’adore des cinéastes comme Mamoru Oshii ou Satoshi Kon, mais je les apprécies pour leur univers et non pour ce qu’ils apportent à l’animation. Personnellement, j’adore la culture japonaise, j’adore la richesse du cinéma japonais et ses extrêmes aussi bien trash qu’auteurisants. Mais j’aime la culture japonaise aussi et surtout grâce à mes amitiés personnelles qui m’ont aidé à m’ouvrir sur cette culture et qui m’ont offert certaines clefs pour mieux la comprendre. C’est vraiment l’être humain qui me passionne, pas le côté « geek » qui a même tendance à m’ennuyer.

- Qui se cache derrière la maison de production Incube ?

Incube est une association de production audiovisuelle. C’est moi et ma compagne qui sommes derrière. Pour faire simple, Precut et mon premier court sont des films autoproduits sous ce nom. Ce dernier a été trouvé par un membre de notre équipe après un concours de brainstorming. En guise de récompense, nous avions promis au gagnant ou à la gagnante un slip (ou une culotte) marqué du futur logo. C’est Amandine, notre maquilleuse, qui a trouvé le nom Incube. Nous avons tenu parole et lui avons fait faire le précieux sous-vêtement. Qui sait, ça vaudra peut-être un jour une fortune sur Ebay !!

- Comment sont tes relations avec les autres réals de courts ? Le court métrage de genre se porte plutôt bien en France on dirait...

Je croise bien entendu d’autres réals de courts en festivals, à Cannes. Mais le temps est trop compté pour tout le monde pour installer de vraies relations. C’est vraiment dommage, car il y a quelques jeunes réals dont j’aime beaucoup le travail et que je ne croise physiquement que quelques minutes par an. Heureusement que les mails et réseaux sociaux existent pour prendre des nouvelles. Le court de genre se porte bien oui et non ! Le court de genre qui ne coûte pas grand chose à produire se porte bien. Par contre, il est très difficile de trouver des courts de science-fiction par exemple. Ca se comprend en même temps : la science-fiction coûte cher en décors et effets alors qu’un court-métrage, aussi bon soit-il, ne rapporte quasiment pas d’argent. Dur de trouver un mécène prêt à lâcher une grosse somme juste pour l’amour de l’art !

- Et tes projets ?

Je termine donc en ce moment la post-production de Yukiko, mon troisième court, produit par Paprika Films avec Thomas Jouannet et toujours Karin Shibata. C’est un film en équilibre entre le cinéma de genre et le drame, le tout avec une narration très particulière, très mentale. Ce prochain opus devrait être visible très vite.

- Envie de se lancer dans le long métrage ?

Le long-métrage est très souvent l’aboutissement du réalisateur de courts-métrages, mais c’est une question sur laquelle il faut rester très prudent tant il est difficile de passer au long. Bien sûr, j’adorerais me lancer dans le long à la condition de rester dans un univers personnel. Perso, je préfère rester monteur que de réaliser un long qui ne me ressemblerait pas. J’ai plusieurs « traitements » d’histoires longues sous le coude. J’en ai choisi un, capable d’être produit dans une économie très faible, que je développe dans les interstices de mon planning déjà bien chargé. Le scénario terminé sous le coude gauche et mes courts sous le coude droit, je frapperais aux portes pour voir si ça intéresse quelqu’un…

- Peux-tu nous présenter Lézard Sot à nos lecteurs ?

Nos courts-métrages étant assez noirs et oppressants, les spectateurs doivent penser que nous sommes des gens sinistres dans la vie. Nous sommes au contraire de vrais bout-en-train avec le sens de l’humour le plus stupide du monde. Lézard Sot est un collectif comique constitué d’une grosse partie de notre équipe. Nous avons tourné sous ce nom de grosses conneries parodiques dans le seul et unique but de nous amuser en espérant amuser les gens avec un humour ras les pâquerettes. Notre parodie de « faîtes entrer l’accusé » a fait notamment son petit effet et des extraits ont été diffusés sur Canal +. L’activité de Lézard Sot est aujourd’hui au point mort car tourner des sketchs, aussi débiles soient-ils, c’est encore beaucoup de temps et d’investissements. Ce n’est plus gérable en plus de nos projets plus matures et nos boulots. Mais on reprendra peut-être un jour…

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Commentaires

je poste ici pour vous féliciter pour cette chronique-entretien et l’interview de l’actrice japonaise karin shibata. je suis également tombé sous le charme de cette talentueuse actrice en découvrant precut girl et je suis content de trouver des infos ici. info, j’ai également vu un film qui est une adaptation d’un livre de ruy murakami ou elle est encore plus jolie ^ - ^

27 mai 2011 | Par zach

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