Ose court

OSE COURT - Loin de tout

27 mai 2009 | Par : Gore Sliclez

Loin des yeux, proche du cœur

Pascal Marc, déjà auteur du remarqué "Un peu de toi" en 2007, nous revient avec un film d’horreur métaphysique intitulé "Loin de tout", un exercice de style baigné dans un gore plutôt visuel style Détour Mortel ou dans une poésie aux images fantasmagoriques d’un Vinyan. Un court formellement très réussi et très beau qui témoigne d’un univers plutôt particulier pour un auteur qui n’en est pas moins. Scénariste, romancier en herbe et désormais réal, Pascal Marc aime nous présenter la face sombre d’un monde sans concessions, paradoxalement réaliste malgré l’utilisation des codes du Fantastique.

Présenté la semaine dernière à l’Espace Traversière (Paris), Loin de tout a fait salle comble et semble commencer sa carrière des projos et festivals sous les meilleurs auspices. C’est tout le bien que l’on puisse en tout cas souhaiter pour ce réal prometteur qui ambitionne de nous faire partager son regard acerbe sur le couple et ses dérives et que l’on croisera encore assurément avant pourquoi pas d’exploser dans le long métrage, objectif de toute carrière du genre. CinemaFantastique ouvre déjà les paris...

- Vous êtes autodidacte ? Comment avez-vous appris le métier ?

Et bien j’ai tout d’abord commencé par l’écriture de plusieurs scénarios de longs, pour voir si j’étais capable. Scénarios qui sont restés pour la plupart dans des tiroirs. Puis j’ai fait deux-trois reportages (prises de vue et montage) toujours pour "voir". Et j’ai enfin réalisé mon premier clip, un peu seul dans mon coin. Le clip a plu et m’a permis de rencontrer des techniciens et des acteurs avec lesquels j’ai monté mon premier court métrage, Un peu de toi. Et grâce à ce court de nouvelles rencontres m’ont permis de réaliser Loin de tout. En fait c’est un enchainement de rencontres (voulus quand même) qui permettent d’avancer et d’apprendre.

- Loin de tout est une somme de références au cinéma d’horreur et fantastique et particulièrement contemporain. On pense notamment à Détour Mortel pour la scène du « boucher » mais aussi à Vinyan pour cette meute dans les bois. À quels films avez-vous pensé justement pour votre court ?

Étrangement, en préparant et réalisant ce film, je n’avais aucune référence en terme de films fantastique ou d’horreur. Je me suis refusé à mentionner des noms, à donner des références, sûrement de peur d’être écrasé sous le poids des références. Mais le film de genre ayant ces codes propres il y a forcément des choses qui reviennent d’un film à l’autre. Donc inconsciemment j’ai dû piocher dans de nombreux films de genre, je m’en suis aperçu au montage. Détour Mortel mais aussi Jeepers Creepers par exemple sont cités par les premières personnes qui ont vu le film. Par contre Vinyan pas du tout puisque Loin de tout a été tourné avant la sortie de Vinyan, mais je suis flatté quand même pour la comparaison.

- De quoi s’inspire votre univers ?

Mon univers s’inspire des noirceurs de l’âme humaine je dirais. J’aime les films sombres, noirs, durs… c’est vers là que je veux tendre.

- Pourquoi Villers-Saint-Sépulcre comme lieu de tournage ? Les décors existaient-ils déjà ?

On a tourné à Villers-Saint-Sépulcre, en Picardie, parce qu’une formidable famille (les Czapnik) nous a gentiment prêté leur maison et leurs nombreux hectares de forêt qu’il y a autour. Ils nous ont accueillis d’une manière exceptionnelle. Sans eux il n’y aurait pas ce film je pense…
De là l’équipe déco a dû transformer tous les décors afin de créer l’univers du film. Un gros boulot puisqu’il a fallu créer entièrement "l’antre de l’ermite" à partir de pièces existantes. C’est le poste sur lequel il y a eu le plus de travail, de discussions et de sueurs. J’ai eu de la chance de tomber sur Marion Thelma, une chef déco formidable, qui a enrichi cet univers et l’a fait vivre.

- Le film, comme tout court métrage, est un exercice de style. Quelle est selon vous la difficulté technique la mieux aboutie de Loin de tout ? La lumière ?

Pour Loin de tout le plus dur était de créer cet univers, de le faire vivre, de le rendre crédible, comme je le disais plus tôt. Donc techniquement il fallait que de nombreux paramètres soient réunis pour créer cette ambiance particulière : les décors, forcément, mais aussi la lumière, très noire, très sombre. Avec un gros travail de post-prod pour l’étalonnage des extérieurs, qui ont été tournés de jours, qui sont assombris et dont l’esthétique a été retravaillée. Et à cela s’ajoute les costumes, les maquillages, la musique. C’est vraiment une alchimie de tout ça qui permet à "Loin de tout" d’avoir un univers, une ambiance propre à lui-même.

- L’équipe technique est totalement différente de votre précédent (Un peu de toi). Pourquoi ce changement ?

Pour une raison assez simple en fait, mon précédent court a été tourné dans le sud avec des techniciens venant principalement d’une association de cinéma de là-bas. Alors que Loin de tout a vu le jour par le biais d’un forum de cinéma (Cinéma & Cinéastes). Tout est parti d’une simple phrase venant de Cathelyne Viriot (maquilleuse sur le film) demandant si des gens étaient intéressés pour faire un film d’horreur. De là de nombreuses personnes se sont greffées à la discussion et de là est né (plus ou moins) l’équipe technique du film. Tout cela a été "chapoté" par deux personnes qui sont devenues producteurs sur le film : Lalie Hillion (et son association Anthessia) et Julien Delacre.

- Le casting est de grande qualité. Comment s’est opéré celui-ci ?

De manière assez spéciale (comme de nombreuses choses pour ce film d’ailleurs) puisque pendant la prépa du film j’habitais dans le sud (Nîmes) alors que presque toute l’équipe est de Paris. Donc Julien Delacre, mon premier assistant, qui est aussi un des producteurs et un des scénaristes du film, a organisé des castings filmés. Puis de mon côté j’ai choisi grâce aux vidéos des castings. Assez étrange je l’avoue… même si au final j’en suis plus que satisfait.

- De nombreux figurants et une équipe technique assez large…vous avez bénéficié d’un budget conséquent ou est-ce le résultat d’une bande d’amis ? Larby Naceri était-il votre producteur comme annoncé dans l’Observateur de Beauvais ?

C’est le résultat de l’envie de chacun de faire un bon film, de l’implication de chacun dans le projet. Puisqu’en fait les figurants sont pour les ¾ des gens de l’équipe technique. Le budget étant limité (3500 euros en tout) chacun a apporté ce qu’il pouvait. C’est vraiment grâce à l’implication de tous qu’on a réussi à dépasser ce budget limité.
Et non, Bibi (Larby Nacéri) n’est pas producteur sur le film. Il nous a aidé en prêtant un peu de matos lumière, c’est pour cela que l’Observateur de Beauvais a dit qu’il était producteur du court.

- Du stress avec une telle équipe ?

Oui, du stress forcément, avec une équipe assez large c’est vraiment pas évident. Surtout avec le tournage à rebondissements qu’on a vécu (4 chefs opérateurs différents sont intervenus lors du tournage ! Mais c’est trop long à expliquer… désolé…). Mais le stress il ne faut pas le montrer non plus à son équipe je pense, en tout cas j’ai tout fait pour ne pas le montrer. C’est pour ça qu’à la fin du tournage j’ai tout relâché et j’ai pleuré une journée entière, les larmes coulaient toutes seules.

- Celui-ci est le frère de Samy Naceri, il a travaillé avec Besson… comment était votre collaboration ? L’attribution de son rôle était-elle évidente pour vous ?

Bibi est un des êtres les plus gentils que j’ai jamais rencontré de ma vie. Donc forcément ça s’est passé à merveille. Il a dû attendre une journée entière avant de pouvoir jouer et finir à 4h du matin alors que ce n’était pas prévu, et toujours en gardant sa bonne humeur et son humour, c’est pour dire. Pour son rôle c’est plus pour le fun qu’autre chose car ça me faisait délirer de le faire jouer un "gros méchant" et de ne pas montrer son visage en plus. Car honnêtement si on ne dit pas que c’est Bibi on ne peut pas le reconnaitre. En même temps c’est vraiment ce que je voulais depuis le début, que le "méchant" n’est pas de visage. Donc c’est vraiment pour le fun qu’il y a Bibi dans le film.

- Vous connaissiez déjà Franck Villette ?

Non, Franck a été choisi par rapport aux castings que j’ai donc vus depuis mon ordinateur. Ce qui était intéressant lors de ces castings c’est que j’avais demandé à ce que chaque acteur se présente un peu face caméra avant de jouer, et je me suis rendu compte que ces présentations ont beaucoup comptés dans le choix de mes comédiens.
Je savais aussi qu’il me fallait obligatoirement des acteurs immédiatement prêts pour les rôles car je n’ai pas pu faire de répétitions avec eux ni réellement pu parler des personnages. Je savais juste que Franck avait peur des moments où il allait être seul en jeu. Car il y a de nombreux passages où il doit jouer seul, sans l’aide d’autres comédiens. Mais justement je me disais aussi que sa peur pouvait servir le personnage, je me disais que cela ne pouvait amener que quelque chose de bien au film.

- Est-ce au montage que la frustration s’amplifie quand il faut respecter un format court métrage qui oblige peut-être d’écourter ou supprimer des scènes ?

Pour ce qui est de Loin de tout, le film s’est complètement recréer au montage. En effet, la première version du film faisait 25 minutes. Au final le film dure 15 minutes. La frustration est venue surtout du fait que j’ai du prendre une décision très dure : couper entièrement un acteur. C’était une décision horrible à prendre mais c’était vraiment pour le bien du film. Je suis surtout déçu car cet acteur, Martiel Crébier, est très bon et que j’ai beaucoup aimé travailler avec lui, et je sais qu’il n’a pas bien vécu (et qu’il ne vit pas bien) ce choix, ce qui est normal car son rôle était le deuxième plus important du film à la base. Mais je ne regrette en rien les coupes effectuées au montage. Le film est bien mieux avec cette durée.

- Que pensez-vous du court métrage de genre français et de cette soudaine nouvelle vague ?

Je suis content qu’il y ait de plus en plus de jeunes réalisateurs qui fassent des films de genre en France. Même si selon moi les films réalisés pour le moment restent très inégaux. Parce qu’il y en a marre de toutes ces comédies avec les mêmes acteurs à l’affiche chaque semaine, de ces films sans surprises.
Mais ce dont j’ai le plus peur c’est qu’on tue nos films dits "différents" par de mauvaises distributions, donc forcément un public qui ne va pas suivre. Il n’y a qu’à prendre que le cas de Mutants, de David Morley, dont la sortie a été torpillée (26 salles seulement). Tant qu’il n’y aura pas une vraie distribution en France pour ce genre de film ça n’avancera pas, quelque soit la qualité du film.

- Dans vos projets, il y a également l’écriture (roman, nouvelles). Où en êtes-vous actuellement ?

Vu que je suis très lent à créer ça n’avance forcément que très peu. Mon roman est bloqué à la page 92 depuis plus d’un an. Et mes nouvelles, très courtes, très noires et très sombres, s’écrivent petit à petit, à mon rythme, lentement mais sûrement.

- Et pour le cinéma ?

Pour le cinéma je me suis dit que j’allais essayer d’aller un peu plus vite. Je suis en prépa de mon prochain court métrage, A contre corps (qui s’appelait encore récemment L’amour terroriste), avec Prométhée Productions. On est en recherche de financement pour l’instant. Je vais aussi m’attaquer au casting d’ici peu, qui n’est pas évident car les acteurs doivent réellement s’impliquer à cause de scènes dures physiquement et mentalement. Même s’il s’agit d’un film dur, cru, violent, je me suis éloigné du film de genre. C’est l’histoire d’un couple qui s’autodétruit. Il y a de l’amour, de la haine, de la sueur et du sang.

TEASER


Loin de tout (teaser)
par PaskalM

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