Ose court

OSE COURT - La Terrible Malédiction

29 mai 2010 | Par : Gore Sliclez

Zombie Krueger chez les Wallons

Présenté au dernier festival du BIFFF, La Terrible Malédiction est en train de faire son petit bonhomme de chemin en Belgique et de susciter l’intérêt. Véritable petite perle d’humour noir, le réal Stéphane Papet nous offre un hilarant hommage au cinéma d’horreur via cette histoire de jolie conductrice qui se retrouve en panne en pleine forêt wallonne.

Et comme dans tout bon film d’horreur, surgit un monstre pas tout-à-fait comme les autres. Celui-ci a un petit quelque chose bien "de chez nous" qui annonce un final mémorable.

Ce fut Bingo à l’applaudimètre (si, si Stéphane nous y étions) et ce fut aussi Bingo pour l’équipe de CinemaFantastique qui souhaitait ardemment vous présenter le court. C’est chose faite désormais avec en bonus et comme toujours l’interview du réalisateur.

Déjà bonne continuation à toute l’équipe de ce très sympathique film !

- Tout d’abord qu’as-tu pensé de l’accueil du public pour ton film présenté le 16 au BIFFF ? 

J’ai trouvé le public du BIFFF assez mou durant toute la séance… En fait, c’est la même chose chaque année pour les courts-métrages, le public se dit peut-être que l’équipe des films se trouve dans la salle et du coup, ils sont plus timides ou alors, la grande majorité du public est composée par ces équipes, je ne sais pas… Pendant la projection de “La Terrible Malédiction”, les réactions n’ont pas été très expansives, ce qui m’a quelque peu déçu. En revanche, j’ai été assez réconforté par les applaudissements à la fin du film qui m’ont semblé très enjoués (en tout cas par rapport aux autres films)... j’ai même entendu quelques cris à l’autre bout de la salle, et ça, ça fait plaisir !

- Et que pensais-tu des autres courts présentés cette année ? Le court métrage de genre se porte-t-il bien selon toi en Belgique ? 

Le film de genre se porte plutôt bien dans le cadre des films d’étudiants et j’ai l’impression que beaucoup de réals aimeraient continuer à tourner dans cette veine. En revanche, pour ce qui est de trouver les moyens de production, c’est une autre histoire.

D’une manière générale, on sent bien que le film de genre en Belgique, c’est de la bricole… D’ailleurs, en 2008, j’ai présenté « ça sonne » au BIFFF, un court réalisé en vidéo, autoproduit, fait avec les moyens du bord… Alors je connais bien le sujet… Du coup, cette année, j’ai eu l’impression que ma “Terrible Malédiction” produite avec l’aide de la Communauté française passait un peu pour le blockbuster de la séance !

Petit à petit, ça bouge... j’en suis l’heureux exemple. Dernièrement, la Commission de sélection des films de la Communauté Française essaye d’accepter au moins un film de genre par session et dans mon cas, ils ont accordé une aide à la production pour un projet mettant en scène un zombie et qui était à la fois : premier film professionnel du real et première production de la boîte de prod... plutôt couillu comme choix, je trouve !

- Revenons à toi, peux-tu nous parler un peu de ton parcours ? 

J’ai terminé mes études de réal en 2002. Mon mémoire portait sur la production de courts et de longs-métrages en Belgique. Le but était de connaître les rouages et de rencontrer les boîtes de prod afin de pouvoir me lancer dans l’aventure fictionnelle. Les choses ne s’étant pas mises en place immédiatement, j’en ai profité pour apprendre l’écriture de scénarios, pour réaliser des documentaires (« Matière Grise ») et des films institutionnels…

Les années ont passé... En 2007, après quelques autoproductions avortées, j’ai voulu participer à un Kino Kabaret (le défi étant de réaliser un court en trois jours) organisé en parallèle du BIFFF. Pour l’occasion, j’avais écris un scénar. Toutefois, par manque d’acteurs disponibles, je n’ai pas pu réaliser mon court... une aubaine finalement car ce scénar, c’était celui de « La Terrible Malédiction » !
Quelques mois plus tard, j’ai participé à un Kino Kabaret à Montréal où j’ai tourné « ça sonne » le premier épisode de cette trilogie que j’appelle la « trilogie de l’absurde ». C’est ce projet qui a lancé le début de ma carrière fictionnelle...

- « La Terrible Malédiction » fait partie de ta Trilogie de l’absurde. Quel est le but de celle-ci ?

Au départ, il y a un scénario écrit au cours de mes études, que j’ai gardé au chaud en attendant le bon moment pour le réaliser. C’est un peu l’histoire fondatrice de la trilogie qui n’en était pas une au départ...

C’est en 2007, en écrivant « La Terrible Malédiction » puis, « ça sonne » que l’idée de cette trilogie m’est venue. En effet, les trois scénarios ont un univers très semblable, basé sur le même type de surréalisme et d’humour absurde. Le même principe est appliqué aux trois scénarios : une situation est installée et à un moment, la mécanique se dérègle. Dés lors, même si les histoires n’ont aucun rapport entre elles, j’ai décidé de regrouper ces histoires en une trilogie.

Ce qui est marrant, c’est que « ça sonne » a été écrit en dernier et réalisé en premier alors que le prochain film que je vais réaliser et qui clôturera la trilogie a été écrit en premier !

- Après le premier épisode "Ça sonne" tu reprends Julie Basecqz comme actrice. Déjà une fidélité ?

Oui, en effet. Julie, je l’ai rencontrée au Kino Montréal. Tout un groupe de belge avait été formé pour partir là-bas et nous en faisions partie sans se connaître. L’un des principes du Kino, c’est que l’on forme les équipes en fonction des intervenants présents. Et donc à Montréal, je cherchais un acteur et une actrice, je suis tombé sur Julie par hasard… Et quel heureux hasard… Car si au Canada les acteurs jouent très justes dans le cadre des fictions audiovisuelles, en Belgique, c’est plus difficile, les acteurs sont souvent trop formatés par le théâtre… Alors comme Julie avait bien capté mon univers dans “ça sonne”, je me suis tout logiquement redirigé vers elle pour “La Terrible Malédiction” et nous devrions continuer notre collaboration pour le dernier épisode, ce qui renforcera encore plus l’idée de trilogie autour de ces trois films.

- Pourquoi Montréal comme lieu de tournage pour ce premier opus ?

Eh bien comme je l’ai déjà expliqué, c’est parce que le premier épisode a été tourné au cours d’un Kino Kabaret qui se déroulait à Montréal (lieu dans lequel a été créé le premier rassemblement de kinoïte avant de se déployer à travers le monde). Toutefois, le film se déroulant en huis clos dans un appartement, il aurait pu se dérouler aussi bien en Belgique que n’importe où dans le reste du monde, cela n’y aurait pas changé grand-chose !

- Où a eu lieu le tournage en forêt de La Terrible Malédiction ?

A première vue, on pourrait se dire que trouver une forêt pour un film d’horreur, c’est facile !

Mais plusieurs critères ont rendu cette étape de repérage très compliquée. Tout d’abord, l’équipe étant principalement bruxelloise, je ne voulais pas les faire se déplacer trop loin pour faciliter la logistique. Il fallait aussi que la forêt ne soit pas proche d’une autoroute pour le son et qu’il y ait une route, genre route abandonnée sans pour autant être un chemin… De plus, les acteurs devaient avoir accès à la forêt de cette route, nous devions donc éviter les ronces, les orties, les tiques, ... pour que la course poursuite puisse avoir lieu.

J’avais trouvé la forêt de mes rêves mais elle se trouvait sur la frontière linguistique wallonne-flamande… Imaginez la galère pour obtenir une permission de tournage ! On a d’abord logiquement essayé chez les Wallons qui m’ont demandé d’être très précis quant aux endroits où je comptais tourner. J’ai essayé de l’être le plus possible mais cela ne leur suffisait pas, (comme s’ils s’attendaient à ce que je leur fournisse des numéros d’arbre ou quoi !?). On s’est donc tourné chez les Flamands, qui eux, demandaient 200-300 euros par jour de tournage. Un vrai cauchemar ! J’ai alors arpenté la Belgique francophone afin de trouver un autre lieu. En trois jours, j’ai fait 1000 kms sans rien trouver... jusqu’à la veille du tournage, je suis finalement tombé sur le lieu parfait dans le sud de la Wallonie...

- Pas eu d’incident avec des chasseurs, randonneurs ou des automobilistes à la vue de ce tueur défiguré ?

Le premier jour, on tournait sur la route que l’on avait pas bloquée et les gens dans les voitures faisaient une drôle de tête, ça c’est sûr. L’équipe régie en a été les premiers témoins… Pour ma part, je ne regardais pas vraiment les réactions car j’avais besoin, comme toute l’équipe, de rentrer dans le tournage et la concentration m’empêchait de vraiment faire attention à ce genre de détails. Ensuite dans la forêt, on n’a croisé personne, et c’est tant mieux d’ailleurs.

- Le pull rayé noir et rouge “à la Freddy” c’était une volonté ?

Bien sûr ! Il s’agit d’un petit clin d’œil aux autres films d’horreur. Et, pour moi, Freddy est le croquemitaine le plus emblématique, c’est un peu un des héros de mon adolescence. Lui rendre hommage m’a fait très plaisir. Pourtant, j’ai bien cru devoir laisser tomber cette idée car on n’arrivait pas à trouver ce pull en vente et le tricoter allait prendre beaucoup trop de temps. Heureusement, la costumière est entrée en jeu et l’a cousu par bande.

- L’interprétation de Serge Baudoux y est très convaincante. Tu l’avais déjà en tête comme acteur à l’écriture du scénario ou pas du tout ?

Cela me fait très plaisir que tu me dises ça ! Je connais Serge depuis un certain temps mais, non, je n’avais pas pensé à lui lors de l’écriture car comme je l’ai déjà dit, ce scénario avait été écrit au départ pour être réalisé dans le cadre du Kino Bruxelles.

Lorsque j’ai commencé à réfléchir au casting, même si sa personnalité n’a rien à voir avec celle d’Alfred, son physique s’est rapidement imposé car avec un peu de travail de jeu, il correspondait tout à fait à l’idée que je me faisais du personnage. Je lui ai dit de garder son accent brusseleir afin que son jeu soit le plus naturel possible. Ce parti pris plaît beaucoup à certains spectateurs, moins à d’autre. C’est d’ailleurs intéressant de voir à quel point tout cela est subjectif.

- Et au loin, parmi les figurants, l’inévitable Damien Marchal...

Je ne me suis absolument pas occupé du recrutement des figurants, c’est le « Chef de file » qui a géré cette étape. Mais oui, une fois le film tourné, on m’a en effet mentionné ce figurant qui apparaît dans la majorité des courts belges !

- Le maquillage d’Alfred est très réussi...

Ah le maquillage ! Un autre point qui a été très difficile. Le maquilleur (Michael Loncin) a également été frappé par une terrible malédiction. Je voulais évidemment que l’on fasse des essais avant le tournage mais la matière utilisée pour le moule du masque était défectueuse et ne prenait pas… Du coup, Michael a dû passer trois ou quatre nuits blanches avant le tournage pour être prêt et j’ai découvert Alfred le jour même du tournage !

- Franchement, il y a moyen d’approfondir le scénario pour un long non ? Qu’en penses-tu ?

Suite à l’avant-première du film, il y a eu trois types de réactions.

D’une part, j’ai senti que la séquence sur la terrasse n’a pas obtenu l’enthousiasme unanime. Il faut bien reconnaître qu’il s’agit d’une séquence assez difficile, très bavarde, on bascule d’un film d’horreur à un film dans le style de Woody Allen, peut-être suis-je allé un peu trop loin dans la démarche ?

D’autre part, certains spectateurs m’ont dit qu’ils étaient restés sur leur faim, qu’ils en voulaient plus (ce qui est une bonne nouvelle en soi car je préfère qu’ils aient encore un peu faim plutôt qu’ils en aient une indigestion !). Il est vrai que le film est un peu déséquilibré... Personnellement, je trouve que la fin est un peu courte. Le découpage a dû être modifié au cours du tournage car on manquait de temps. C’est sûr, le film aurait pu être plus long mais aller jusqu’au long-métrage, je ne suis pas certain… J’aurais peur que cela s’essouffle.

Enfin, il y a ceux qui ont accroché (ouf !). Ces personnes m’ont parlé de capsules car elles avaient envie de revoir ce couple improbable. Ça m’a fait fort plaisir car cela veut dire que les personnages existent, en tout cas pour eux…

- Le cinéma d’horreur c’est ton truc ou pas du tout ?

Le cinéma d’horreur, c’est un peu mon sitcom, ça me détend. C’est surtout très nostalgique, tous les samedis soir sur Canal+ France, il programmait un film d’horreur après Les Nuls l’émission et, avec mon cousin, on était scotché devant la télé... un grand moment ! Je suis super content d’avoir eu l’occasion de rendre hommage au film d’horreur en général, et de zombie en particulier, mais je ne compte pas rester dans ce genre, y reviendrais-je un jour ? Peut être... en tout cas, ce n’est pas programmé pour l’instant. « La Terrible malédiction » est d’abord un film de mon univers avant d’être un film d’horreur. Ce qui pose d’ailleurs parfois problème pour le spectateur, c’est un film d’horreur, une comédie, un film absurde et surréaliste, ça part un peu dans tous les sens… Ce qui est sûr, c’est que je ne fais pas l’unanimité !

- Qui se cache derrière Revolver Prod ?

Comme dirait Flaubert à propos de sa dame Bovary : Revolver Prod., c’est moi ! Je l’ai créé après avoir essayé d’autoproduire « La Terrible Malédiction » durant l’été 2008. Au cours de cet été maudit, des problèmes de pré-production m’ont obligé à reporter le projet à l’été d’après. Ne voulant pas « perdre » un an, j’ai décidé de le proposer à la Communauté Française pour faire un peu circuler mon nom, apprendre à constituer un dossier, un budget et enfin découvrir comment cette Commission fonctionne. C’est pour cela que j’ai créé Revolver Prod. fin 2008. Le but aujourd’hui est d’aller un peu plus loin, maintenant que j’ai un pied dans la production et que j’ai une équipe de professionnels prêts à me suivre… Avis aux amateurs !

- Qu’as-tu pensé du BIFFF version 2010 ?

Je ne peux pas vraiment en parler car je n’ai malheureusement pas eu le temps d’y traîner… A part la séance de courts, je n’ai vu qu’un film, « Vampire » de Vincent Lannoo, qui m’a d’ailleurs plutôt agréablement surpris… J’ai quand même été étonné du monde qu’il y avait quand j’y suis allé pour une chose ou l’autre, ce qui est très bien. J’ai trouvé l’ambiance très sympa, il y avait vraiment quelque chose qui se passait…

- Quels sont tes projets pour le futur ? Déjà une idée du troisième épisode ? Un titre ? Un scoop ?

Des projets, j’en ai plein la tête. Le prochain film que je compte mettre en boîte sera le dernier de la trilogie. Il s’appelait « Titre Indéterminé » mais je l’ai renommé il y a peu « Deux ou trois briques en quête d’auteur » sur une idée de ma mère, car le premier titre ne faisait pas l’unanimité. Le titre fait référence à des briques qui interviennent dans l’histoire et à la pièce de théâtre de Pirandello « Six personnages en quête d’auteur ».

J’ai présenté ce projet à la Commission en ce début d’année, malheureusement, je n’ai pas obtenu les subsides cette fois-ci. Heureusement, nous sommes au XXIe siècle et il est tout à fait possible d’autoproduire un film en vidéo qui a de la gueule ! Ce sera à nouveau comme les deux réalisations précédentes, complètement délirant, absurde et surréaliste… Rendez-vous en 2011 j’espère !

TRAILER

Trailer "La Terrible Malédiction" from Stephane Papet on Vimeo.

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