Ose court

OSE COURT - La Dame Blanche

8 janvier 2013 | Par : Quentin Meignant

Jeune réalisateur suisse autodidacte, Arnaud Baur pourrait être à l’origine de l’une des plus belles réussites dans le domaine du court-métrage de genre avec sa Dame Blanche, petit projet qui, au fil du temps et des traditionnelles bonnes volontés neuchâteloises, s’est mué en véritable réussite hautement cinéphilique.

En effet, La Dame Blanche, qui revisite le célèbre mythe du même nom, bénéficie de l’apport d’une équipe professionnelle et cela se remarque par un travail très sérieux au niveau de la photographie mais aussi de la bande originale, qui constitue à elle seule un véritable must. Réalisateur motivé aux multiples projets, Arnaud Baur a accepté de revenir avec nous sur sa petite pépite qui, sans nul doute, pourrait permettre à de nombreux festivaliers de se repaître d’émotions et de belles images durant cette année 2013.

INTERVIEW D’ARNAUD BAUR (RÉALISATEUR DE LA DAME BLANCHE) :

Bonjour Arnaud. Les lecteurs de CinemaFantastique n’ont pas encore la chance de te connaître. Peux-tu expliquer, en quelques mots, ton parcours ?

Bonjour je m’appelle Arnaud et je suis réalisateur autodidacte. La Dame Blanche est mon premier court pro ! J’ai tourné mes tous premiers films en 2007 ; c’était principalement des films d’horreur bidon fait pour trois fois rien mais on a bien rigolé.. Et surtout, j’ai su que je voulais en faire mon métier. J’ai ensuite effleuré l’idée de faire une école tout en continuant à tourner des projets personnels à côté qui, avec l’expérience, devenaient de plus en plus aboutis. Finalement, j’ai complètement abandonné l’idée de suivre une formation académique. Parallèlement à ça, Olivier Beguin (producteur sur La Dame Blanche) trouvait le projet intéressant et il m’a poussé à le produire de manière professionnelle.

Quel était le budget exact de La Dame Blanche ? Vous avez notamment reçu 2.000 CHF de la Banque cantonale Neuchateloise, le projet aurait-il pu être monté sans cette aide ?

19’000 CHF, sans compter les quelques inévitables imprévus. Bien sur, l’aide de la BCN nous a été précieuse. Sans cette aide, ni celle de la ville de Neuchâtel (là ou je suis né) ou de la Loterie Romande, ça aurait été très difficile de faire le film car la Dame Blanche est un court qui peut potentiellement coûter assez cher. J’ai également la chance d’avoir une équipe avec qui je travaille depuis maintenant plusieurs années et qui croit en moi. Des gens qui sont prêt a faire des concessions pour que le projet puisse voir le jour. Donc je dirais que c’est un tout.

Tu t’es en quelque sorte approprié le mythe urbain de la Dame Blanche. Est-ce que cette histoire a bercé ton adolescence ou l’as-tu découverte sur le tard ?

Je ne pourrais plus vous dire exactement quand j’ai entendu parler de cette légende pour la première fois. Ce qui est sûr, c’est qu’à l’été 2010, j’effeuillais les pages du web à la recherche d’une nouvelle libre de droit ou d’une légende urbaine dont je pouvais m’inspirer. Mais je voulais être libre sur le développement des personnages et de l’histoire. Je suis (re)tombé sur cette étrange histoire et j’ai écrit un premier jet du script en une nuit. Plus tard, durant l’écriture, j’ai contacté Karim Chériguène (Mirages, Fièvre), scénariste français pour m’aider à améliorer le script.

N’avais-tu pas peur qu’à la simple lecture du titre le spectateur sache à quoi s’attendre ? Comment es-tu parvenu à apporter une dose d’originalité ?

C’était un risque à prendre. D’ailleurs, l’idée de donner un autre titre au film circulait pas mal durant la post-production. Au final, je me suis dit que j’avais fait un film sur la Dame Blanche et que je devais l’assumer tel quel. L’idée avec ce court n’était pas de faire un bête film de fantômes, je voulais apporter une autre dimension, une dimension dramatique car j’aime beaucoup l’idée de mélanger les genres. Je laisse la surprise pour ceux qui n’ont pas encore vu le film mais je pense qu’à part durant les 5 premières minutes, le spectateur est loin d’imaginer ce qu’il l’attend.

Tu as procédé à pas mal de recherches concernant ce personnage, qui varie selon les cultures. Tu es notamment allé au Portugal, là où le mythe est apparu. Quelles grandes différences as-tu remarqué et quelle version de la Dame Blanche as-tu privilégié ?

En effet, La Dame Blanche est une légende urbaine universelle. Elle (la dame blanche) ne parlerait que pour donner l’adresse où elle doit se rendre, annoncerait de bonnes ou de mauvaises nouvelles à celui qui la prend en stop, crierait et disparaîtrait à l’approche du virage où elle a été tuée, etc… J’ai pioché un peu partout pour construire mon histoire. Son nom (Marie dans mon film) provient, par exemple, de la version américaine (qui raconte qu’elle aurait été tuée en faisant du stop après le bal de fin d’année, d’où la robe blanche…) Ma Dame Blanche est finalement très personnelle même si je suis certainement influencé (toutes proportions gardées) par le cinéma qui m’a bercé et qui continue à me faire vibrer. C’est plutôt sombre mais je voulais qu’il y ait de l’émotion. Que le fantastique se mêle a la vie réelle et à des personnages dans lesquels chacun de nous peut s’identifier.

Ta « Dame Blanche » évoque aussi le travail de deuil de parents éplorés. D’où t’est venue l’idée de mélanger le genre fantastique et le registre dramatique ? As-tu eu des influences de grands réals dans le domaine ?

Je suis un grand sensible dans la vie en général. Ce qui me joue pas mal de mauvais tours... Et j’exorcise en quelque sorte certaines choses enfouies en moi à travers mes films. Pour l’instant, je suis dans "une vibe" comme ça, mais ça peut très bien changer… Je trouvais intéressant d’inclure les parents de cette Dame Blanche car on entend beaucoup parler de ces personnages de légendes et de leur histoire mais jamais de leurs proches. Comment un couple de parents vivraient-t-ils au quotidien tout en sachant que leur fille hante certaines routes ? Et s’il existait encore un moyen de la revoir ? C’est ici que se joue tout l’aspect dramatique du film qui coupe de façon assez nette avec la partie fantastique qui elle, encore une fois, est plutôt sombre et tragique.

La relation entre parents et enfant prend finalement le pas sur l’horreur. De quelle manière t’y es-tu pris au niveau de la mise en scène pour faire ressentir cela au spectateur ? Quelles consignes as-tu donné à tes comédiens ?

Très honnêtement, je n’ai pas réfléchi jusque là. C’est toujours intéressant de voir comment les autres « regardent » le film. Moi, je n’ai aucun recul par rapport à tout ça. C’était presque dès le début implanté dans l’histoire (de façon peut-être moins explicite dans les toutes premières versions du script.) et je me suis contenté de le mettre en images. Pour le travail avec les comédiens, j’aime bien bosser selon la méthode américaine, en s’intéressant au passé (background) des personnages. J’avais donc développé une mini-bio pour chacun. J’en ai ensuite discuté avec les comédiens afin qu’ils puissent construire le personnage en se basant sur leur histoire. Ce sont des éléments qui auraient certainement pu être utilisés si j’avais développé l’histoire pour un long-métrage.

Le travail sur la bande originale est impressionnant et revêt une importance particulière concernant le rythme de votre film. As-tu aiguillé Didier De Giorgi et Spocksone selon tes envies ou ont-ils œuvré seuls durant la post-prod ?

En effet. Quand il ont vu le cut, Didier et Spock étaient impressionnés. Ils m’ont vraiment témoigné d’une grande motivation à faire le film. On a discuté de 2, 3 trucs ensemble puis je les ai laissé relativement libres... Même si je n’étais convaincu par tout ce qu’ils proposaient, je suis finalement très content de leur avoir fait confiance, car je pense qu’ils ont réellement apporté quelque chose au film et les retours du public vont également dans ce sens-là. Le but était de prendre le public par la main dès la première image et de ne le lâcher qu’à la fin du générique.

La Dame Blanche est ta première expérience avec une équipe pro. Quels sont les principaux changements à tes yeux par rapport à ton travail habituel ? Quelles étapes as-tu préféré ?

Je dirais qu’à ce niveau-là, je n’ai pas encore observé de « grands » changements car comme je l’ai déjà dit, ça fait plusieurs années que je travaille avec cette équipe donc on est habitué à bosser ensemble et on se connaît bien. De par le budget, plus conséquent que d’habitude, on a pu agrandir cette équipe et j’ai dû apprendre a déléguer. Car quand tu fais du low budget, tu portes toujours plusieurs casquettes, ce qui n’est pas forcément une bonne chose pour rester centré sur ton travail. C’est donc une forme de soulagement. Mon étape préférée dans la construction d’un film (de manière générale), c’est le moment où tu sais de quoi il parlera. Après, l’étape de pré-production est aussi très intéressante car c’est là que tu commences à construire ton mur de briques et que le film, lui, commence à prendre vie.

Dans quels festivals voudrais-tu que La Dame Blanche soit projeté ?

Bonne question. Si possible dans tous ceux où t’es invité à leur frais (rires). Plus sérieusement, il y a grand nombre de festivals de films fantastique où un geek comme moi rêverait d’être sélectionné comme : Sitges (Catalogne), Fantastic Fest (Texas), etc.. Et c’est vraiment bien pour se faire des contacts. Malheureusement, les réponses ne sont pas toujours positives et il faut savoir l’accepter..

As-tu déjà des projets pour les mois et années à venir ? Il paraît que tu travailles à nouveau avec Karim Chériguène (co-scénariste de « La Dame Blanche »). Peux-tu nous en dire plus ?

Absolument. Hormis des plus petits projets qu’on tourne pour garder la forme, mon prochain film, Cherche Prince Charmant Désespérement (Titre de travail), est un conte gothique contemporain que j’espère pouvoir mettre en boite durant l’année 2013. Il raconte l’histoire de Clara qui, après un coup de foudre inattendu, va s’affranchir de sa grande soeur tyrannique et forcer le destin.

Tu es visiblement très à l’aise dans le genre fantastique. Comptes-tu continuer à écumer contes et légendes ou est-il possible de te retrouver aux commandes d’une comédie classique, par exemple ?

Oui, c’est un peu ma raison de vivre (rires). Mais je ne veux pas m’arrêter à ce genre-là. Si l’histoire est bonne, que les personnages sont bons, peu importe le genre. Maintenant, si je suis libre sur le développement du script, il y a de fortes chances que ça sorte un peu de l’ordinaire.

Au fil des années, il semble que le cinéma de genre suisse sorte de sa réserve, notamment du côté de Neuchâtel. Penses-tu que le pays peut, petit à petit, s’imposer sur la carte de l’Europe ?

J’espère sincèrement. Nous, on est motivés en tous cas, ceux qui donnent des sous, un peu moins. C’est vraiment triste de voir les préjugés qu’ont les gens pour ce cinéma-là. Alors qu’il y a des manifestations (comme le NIFFF) qui attirent chaque années des milliers et des milliers de spectateurs. De plus, le cinéma de genre est un vrai vecteur d’émotions et les combinaisons avec d’autres genres sont quasi infinies. Ca peut aussi être une façon d’exprimer un point de vue dans un univers que nous ne connaissons pas (puisqu’il est fictif.) en se servant de métaphores et ou en tissant des liens avec ce que nous vivons au quotidien.

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Jessie
2017
affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage