Ose court

OSE COURT - L’accouchement de Wendy

12 décembre 2008 | Par : Damien Taymans

Interview du réalisateur, Lewis Eizykman.

Après que Walt Disney a utilisé le personnage de l’écrivain écossais James Barrie, après que Steven Spielberg a repris à son compte et déstructuré le mythe en mettant en exergue un Peter Pan adulte et amnésique, croulant sous le poids des responsabilités, c’est au tour de Lewis Eizykman de s’approprier le bestiaire merveilleux pour l’insérer dans un registre tout autre, celui de l’horreur.

En trois minutes montre en main, le réal distille une imagerie tantôt simple (Wendy sur la table d’accouchement) tantôt métaphorique (la peluche que caresse le capitaine Crochet représente un crocodile) et parvient à provoquer nombre d’émotions diverses au sein du public. Ce dont Lewis se félicite, avançant que « Dans les festivals plus “généralistes” certaines personnes sortent de la salle avant la fin, ce qui est quand même un exploit pour un film qui ne dure que 3 minutes. » Impossible de ne pas imaginer l’assistance ébranlée face à cet enchaînement abrupt de détails tantôt amusants tantôt sanglants qui entraînent le spectateur lambda dans un tourbillon émotionnel. L’étonnement prime dans cette situation peu commune même si l’intitulé laissait présager des débordements obstétriques. Lui succède le dégoût face aux flux d’hémoglobine qui sourdent en fins filets du vagin maternel avant que ne soit délivrée une créature pour le moins étrange. Enfin, le sourire délivre les lèvres scellées lorsque le dénouement point comme un ultime étendard d’une fiction assumée.

En ce sens, L’accouchement de Wendy est une expérience déroutante. Sa courte durée ne nuit en rien à l’efficacité du métrage, le dotant au contraire de cet aspect brut et sauvage. Tourné en une seule journée pour un budget de 1500 euros, « soit trente plans sonorisés à tourner en douze heures, ce qui est assez rock’n’roll… » précise Lewis, il est avant tout une nouvelle étape filmique dans la carrière du cinéaste heureux de pouvoir dans un premier temps œuvrer sur le format court afin d’explorer plusieurs styles différents. « Mon précédent film est un court métrage au rythme assez lent, en noir et blanc, qui se déroule à la campagne, explique le réal. C’est un film avec des enfants, qui s’adresse tout particulièrement à un jeune public. J’ai donc décidé de réaliser le film le plus diamétralement opposé à cet univers, et je trouvais que le mythe de Peter Pan s’y prêtait particulièrement bien. »

Sélectionné dans une kyrielle de festivals nationaux et internationaux (dont le 5ème festival international Curtocircuito de Saint-Jacques de Compostelle et le NIFFF de Neufchâtel), le métrage aura même réussi à glaner l’une ou l’autre récompense (à « Besancourt » et « Tours Métrages »). Outre ces trophées plus honorifiques que véritablement alimentaires (« j’ai quand même gagné un iPod qui fonctionne encore, donc j’imagine que ce n’est pas de la “Kamelott” »), le court aura surtout réussi à procurer à l’ensemble de ses visionneurs plus de sensations que certains longs qui se paient l’avantage des salles obscures…

L’INTERVIEW DU REALISATEUR, LEWIS EIZYKMAN

Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel jusque maintenant ?

J’ai d’abord intégré la classe option cinéma du lycée Pierre Corneille à Rouen, puis j’ai suivi un cursus universitaire à Paris 8 jusqu’à l’obtention d’un DESS de réalisation. Avec plusieurs étudiants nous avons créé une association audiovisuelle, Prométhée, que nous avons par la suite transformée en société de production.

Pourquoi avoir choisi le mythe de Peter Pan et pourquoi l’avoir destructuré au point d’en faire une légende horrifique ?

Je considère la réalisation de courts métrages comme un bon moyen d’explorer plusieurs styles différents. Mon précédent film est un court métrage au rythme assez lent, en noir et blanc, qui se déroule à la campagne. C’est un film avec des enfants, qui s’adresse tout particulièrement à un jeune public. J’ai donc décidé de réaliser le film le plus diamétralement opposé à cet univers, et je trouvais que le mythe de Peter Pan s’y prêtait particulièrement bien.

Peter Pan, l’enfant qui ne veut pas grandir, a apparemment outrepassé ce précepte pour devenir un adulte accompli. Ce qui lui arrive doit-il être vu comme un retour de flamme de ce changement de cap ?

Sincèrement, je n’ai pas poussé l’analyse aussi loin, mais effectivement on peut voir les choses comme ça.

Combien de temps a duré le tournage ? Quel était le budget à votre disposition ?

Les deux questions sont liées. Comme vous pouvez l’imaginer ce n’est pas le genre de scénario qui obtient facilement des subventions. Il a donc fallu se débrouiller par nos propres moyens. Le film a coûté environ 1500 euros. Avec un budget aussi serré, nous ne disposions que d’une seule journée de tournage. Soit trente plans sonorisés à tourner en douze heures, ce qui est assez rock’n’roll…

Que penseriez-vous de bosser avec Spielberg pour bâtir un Hook plus trash ?

Pourquoi pas, mais je ne le trouve pas très trash Spielberg. (rires)

Recevoir une récompense des mains d’Alexandre Astier, ça fait quoi ? Le prix était tout sauf une "kamelott" ?

J’imagine que c’est bien, mais malheureusement je n’y étais pas. Par contre j’ai quand même gagné un iPod qui fonctionne encore, donc j’imagine que ce n’est pas de la “Kamelott”

On comprend en filigrane l’adultère commis par le capitaine Crochet. Avez-vous seulement songé à cette reproduction ? Ca ne doit pas être évident de s’adonner aux préliminaires au crochet...

J’y songe tous les soirs avant de m’endormir, mais je suis d’accord avec vous, pour les préliminaires, c’est sûrement compliqué.

Votre court a été sélectionné dans nombre de festivals dont le NIFFF, le fantastic fest d’Austin et l’International Curtocircuito de St-Jacques de Compostelle. Heureux de courir les festivals pour présenter votre film ? Comment est-il reçu ?

C’est dommage, mais je suis plutôt casanier. Du coup, je cours surtout les festivals qui ne sont pas trop loin de chez moi.
Le film est reçu différemment selon la nature des festivals. C’est assez amusant d’ailleurs. Dans les festivals de genre (fantastique, trash, gore…) les gens réagissent chaleureusement. Dans les festivals plus “généralistes” certaines personnes sortent de la salle avant la fin, ce qui est quand même un exploit pour un film qui ne dure que 3 minutes.

Vous avez également réalisé un autre court, Lune normande. Quels projets pour la suite ? Envie de passer au long ?

Je termine la post production de PhysiologiX, un court métrage qui se situe en partie à l’intérieur du corps humain puis j’entame la préparation d’un autre film, soutenu par la région Corse.
J’ai en parallèle un long métrage en développement, comme beaucoup de jeunes réalisateurs, j’ai bien évidemment très envie de franchir le pas.

(Interview réalisée par Damien)

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