Ose court

OSE COURT - Halfvolle

21 février 2015 | Par : Quentin Meignant

Déchirante introspection...

Crédit photo : Mathias VancoppenolleIl est, pour l’instant sans doute, l’un des acteurs bruxellois les plus incompris de sa génération, il est aussi l’homme de toutes les promesses grâce à un fameux teaser, celui de Ce matin, un lapin, court métrage jamais réellement fini où il incarne le personnage principal, un lagormorphe meurtrier à grandes oreilles, il est aussi sans aucun doute l’un des gars les plus attachants du microcosme ciné de la capitale belge. Son nom est Kevin Dudjasienski. Si l’on vous en parle aujourd’hui, c’est que l’homme, fidèle compère de notre ami Maxime Pasque, vient de boucler ce qui pourrait être l’OFNI de demain dans de nombreux festivals : Halfvolle, un court métrage particulièrement introspectif retraçant de manière originale les souffrances d’un véritable artiste.

Changeant de blase comme de slip sur Facebook, Kevin Dudjasienski s’était à un moment retrouvé affublé de l’appellation mystérieuse d’Antown Fox sur le célèbre réseau social sans que cela n’éveille particulièrement notre curiosité. La cause de cet énième changement de nom était pourtant aussi réelle que fondée : désireux d’entrer à fond dans son rôle, celui d’Antown Fox, qu’il décrit d’ailleurs comme son pendant sombre, Kevin a littéralement changé d’identité. De son propre aveux, pour rendre son personnage torturé aussi réaliste que possible, l’acteur s’est forcé durant des semaines à ne dormir que deux heures par nuit, s’imposant par ailleurs l’écoute non-stop, même durant son sommeil, des sons saturés et dépressifs de Neubaten Sabrina, d’ailleurs utilisés pour le générique final. Crédit photo : Mathias VancoppenolleLa métamorphose physique qui a suivi cet état de fatigue avancé est poignante, Kevin apparaissant à l’écran tel un fantôme, un résidu de l’homme qu’il était avant, à l’image de son personnage, torturé par ses démons. Le tournage, réalisé de surcroît à coups de Xanax, histoire d’achever totalement la psyché de l’individu, s’est déroulé comme si Antown Fox était réellement le maître d’oeuvre de la chose.

De sa propre volonté assez détestable avec ses assistants à l’image du personnage principal d’Halfvolle, Kevin Dudjasienski est donc parvenu à boucler une véritable introspection, notamment faite de lubies et d’idées fixes, propres à son personnage névrosé. Le cadrage des bouteilles de lait, la violence latente de chacun de ses propos, la haine réelle exercée à certains moments sur les autres protagonistes et le caractère je-m’enfoutiste et passif de son personnage à d’autres instants-clé font de l’ensemble un véritable OFNI, une plongée dans l’univers d’un dépressif sociopathe. Le montage sonore et visuel revêt à ce titre une importance particulière, entre les passages en noir et blanc, la saturation de l’image et l’ambiance glauque de certains silences et non-dits. La vérité est qu’à la première vision Crédit photo : Mathias VancoppenolleHalfvolle laisse pantois de par son côté poignant et étrange abondant en scènes oniriques. L’oeuvre se révèle être d’une redoutable efficacité une fois analysée, d’autant que les prestations des différents acteurs mis en présence, très proches de Kevin dans la vie réelle, ce qui ajoute encore à leur implication, s’avèrent être irréprochables. Halfvolle est donc bien plus qu’une simple tentative d’effet de style, il s’agit là d’une introspection maîtrisée, d’un focus sur le quotidien d’un acteur/cinéaste à forte tendance sociopathe qui fait imploser sa sphère personnelle et les restes de sa carrière professionnelle.

Il reste donc à espérer qu’à l’inverse de ce sombre Antown Fox, Kevin Dudjasienski ne décide pas de tourner à nouveau son film en effaçant toute trace de ses efforts passés. Un cinéma si viscéral a sans aucun doute sa place dans les salles et, croyons-le, les programmateurs de festivals ne s’y tromperont pas...

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