Ose court

OSE COURT - Eel girl

3 février 2009 | Par : Damien Taymans

Anguille sous roche...

Grand Prix du festival Court Métrange de Rennes et consacré aussi bien aux Etats-Unis qu’en Australie, le court Eel girl est la deuxième collaboration du réalisateur anglais Paul Campion et de sa productrice Elisabeth Pinto. Court métrage mêlant habilement les genres science-fictionnel et horrifique, Eel girl (la femme anguille, en français dans le texte) est un hommage à l’univers de Lovecraft dont il reprend les composantes intrinsèques (le monstre, les lieux ténébreux et la dégénérescence humaine face aux forces maléfiques incontrôlables) pour les mettre au service de son intrigue certes simpliste mais diablement efficace. Car, en l’espace de cinq minutes, Campion brosse un tableau dérangeant qui entraîne le spectateur dans les profondeurs abyssales de l’âme humaine, tendance testostéronée ultradominée par ses soi-disant besoins de prédateur. "Je voulais montrer que, bien que le scientifique est celui qui semble être le prédateur sexuel, explique le cinéaste, c’est en fait la femelle qui a contrôle de la situation, et il est juste un idiot, aveuglé et manipulé par son désir. Une leçon à retenir à l’avenir, messieurs qui trainez votre libido partout comme un enfant le ferait d’un nouveau joujou.

Ne se limitant pas à cette seule allégorie raccourcie, le court se veut avant tout un étal jubilatoire des capacités de son réalisateur. Après avoir débuté en freelance dans la création de couvertures de livres pour des auteurs comme Wilbur Smith et Ben Elton et s’être fait la main sur les effets visuels de 30 jours de nuit, Sin city et Le seigneur des anneaux (rien que ça !), Campion fait montre d’une étonnante capacité à mettre en image, en adoptant une photo des plus soignée qui met admirablement en valeur les teintes verdâtres prédominantes renvoyant au travail des Caro et Jeunet des débuts. Epaulé par une équipe de professionnels confirmés (Gino Acevedo, responsable des fx du Seigneur des anneaux, et Richard Bluck, le directeur photo de Black sheep) et d’acteurs courageux (Julia Rose doit s’immerger dans une cuve remplie de lubrifiants, une sensation apparemment agréable d’après Paul), le cinéaste britannique signe une oeuvre dérangeante et amusante dans la parfaite lignée de son précédent Night of the Hell Hamsters, récit édifiant et sanglant à propos des dangers que représente le mélange de l’occulte avec de petites touffes de poils apparemment domestiquées, dont les filiations ne se résument pas uniquement à l’insertion d’un élément zoologique sur toile de fond horrifique.

Fort du succès de ses deux précédents efforts, Campion envisage de s’atteler à un long format. "Avec Elisabeth Pinto, qui a produit Eel Girl et Hell Hamsters, nous sommes en train de développer 2 longs métrages. Le premier est Charnel House ; c’est un film d’horreur/action qui se déroule à Londres, à propos d’un gang assiégé par des revenants, et on espère le tourner pendant l’été 2009. L’autre est Terminal, un thriller à tendance supernaturelle et adapté d’un roman écrit par Brian Keen, un auteur américain. On est sur le point de commencer le casting et on espère le tourner après Charnel House." Ce qui laisse assurément présager d’excellentes choses pour l’avenir...

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Votre précédent court traitait de vilains hamsters et celui-ci est centré sur une femme-anguille. Vous avez quelques animosités envers les animaux ?

Seulement envers les hamsters. Ils sont maléfiques – ça se voit dans leurs yeux noirs et sans âmes. Leurs dents sont énormes : elles font la moitié de leur tête. Et leurs testicules font 30% de la taille de leur corps. C’est pas normal.

Avez-vous étudié spécifiquement les particularités de l’anguille avant de créer Eel Girl  ?

Au début, elle était “Anglerfish Girl” c’est-à-dire la “Fille Lotte”. La lotte est un poisson de mer qui attire sa proie vers lui jusqu’à qu’il puisse l’avaler d’un seul coup porté à la vitesse de l’éclair.

Plus tard, j’ai découvert qu’il y a un type d’anguille qui peut avaler des poissons plus gros qu’elle en disloquant sa mâchoire et en étirant son estomac – si un être humain pouvait faire la même chose, on serait capable d’avaler un âne en entier. Donc la capacité de ce côté-là d’Eel Girl a un fond de vérité. Et “Eel Girl” sonne mieux que “Anglerfish Fish.”

Eel Girl était initialement prévu pour être un clip musical. Pourquoi s’est-il transformé en film ?

Quand je suis arrivé à un point où il était enfin possible que de le réaliser, ça faisait 4 ans que ‘The Triangle’ était sorti donc faire un clip musical n’était plus un bonne idée. On voulait aussi pouvoir présenter Eel Girl aux festivals de films et il y a beaucoup plus de festivals de films de science-fiction et d’horreur que de festivals de clips musicaux !

La femme-anguille représente la nymphomane parfaite qui avale les hommes en une bouchée. Est-ce une allégorie renvoyant à ce fameux pouvoir de séduction exercée par la gente féminine ?

Je ne l’ai jamais vu comme nymphomane – elle est affamée, c’est tout !

L’homme n’est-il pas en fin de compte victime de sa condition intrinsèque de prédateur ?

Ça par contre, tout à fait. Je voulais montrer que, bien que le scientifique est celui qui semble être le prédateur sexuel, c’est en fait la femelle qui a contrôle de la situation, et il est juste un idiot, aveuglé et manipulé par son désir.

Votre court a remporté quelques prestigieuses récompenses aux Etats-Unis comme en Europe. Heureux de parcourir les festivals de genre pour présenter votre œuvre ?

Oui, j’adore voyager et c’est une occasion d’aller à des endroits où je n’irais pas autrement. C’est aussi formidable de pouvoir rencontrer d’autres créateurs de films et les fans du film.

Eel Girl est-il une ode aux écrits de Lovecraft ?

Oui, tout à fait. Je voudrais bien la chance de faire d’autres films inspirés par lui.

Vous avez œuvré sur les fx de prestigieuses œuvres comme Le Seigneur des anneaux, 30 days of night ou Sin City. Depuis, vous êtes passé à la réalisation. Lequel de ces pôles vous attire-t-il le plus ?

La réalisation, sans aucun doute. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler dans les effets spéciaux, et ça m’a appris comment utiliser les effets spéciaux dans mes propres films mais ce que je veux vraiment faire maintenant, c’est présenter ma propre vision à l’écran, divertir le public et raconter les histoires qui me tiennent à coeur.

Comment avez-vous persuadé Julia Rose de se plonger nue dans une baignoire remplie de lubrifiant ?

Qui ne voudrait pas le faire ? Je m’y suis assis dedans moi-même à la fin du tournage pour la photo de notre équipe et c’est plus agréable qu’on le croit.

Gino Acevedo, responsable des fx, et Richard Bluck, le directeur photo de Black sheep, ont tous deux comme vous travaillé sur la trilogie de Peter Jackson. Que retenez-vous de cette incroyable aventure ?

J’adore Le Seigneur Des Annaux donc le simple fait de travailler sur les films de Peter Jackson a été une opportunité qu’on n’a qu’une fois dans sa vie. Je suis surtout fier de mon travail sur le Balrog. C’était ma créature préférée dans les livres, et j’ai encore une figurine du Balrog de Donjons et Dragons que j’ai peint quand j’avais 11 ans, donc j’étais au septième ciel quand on m’a donné la chance de peindre la version digitale pour le film.

Envie de passer au long format ?

Avec Elisabeth Pinto, qui a produit Eel Girl et Hell Hamsters, nous sommes en train de développer 2 longs métrages. Le premier est Charnel House ; c’est un film d’horreur/action qui se déroule à Londres, à propos d’un gang assiégé par des revenants, et on espère le tourner pendant l’été 2009. L’autre est Terminal, un thriller à tendance supernaturelle et adapté d’un roman écrit par Brian Keen, un auteur américain. On est sur le point de commencer le casting et on espère le tourner après Charnel House.

Un tout grand merci à Paul Campion et Elisabeth Pinto pour leur disponibilité.

(Interview réalisée par Damien)

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