Ose court

OSE COURT - Douce Nuit

2 décembre 2012 | Par : Chroniqueurs

Une affreuse petite souris...

Par Christophe Triollet

Nous avons tous été un jour ou l’autre confrontés à elle sans jamais parvenir à la voir. L’idée même que nous nous en faisions nous enchantait au plus haut point. Synonyme de générosité et de douceur, elle parvenait au terme d’un troc coutumier organisé par nos parents, à nous faire oublier une bouche édentée. Nous n’avons jamais imaginé un seul instant que derrière ce pelage immaculé pouvait se dissimuler un animal schizophrène, prêt à tout pour remplir sa mission, la perte d’une dent lui étant une idée insupportable. Cette facette insoupçonnée de la personnalité complexe de la Petite Souris nous est proposée par Pascal Thiebaux qui, en quinze minutes, va s’attacher à nous raconter l’histoire étonnante d’un petit garçon d’une dizaine d’années…

Venant de perdre sa mamie qu’il aimait tant, Théo accompagne son père, Antoine, pour l’aider à vider la vieille maison de sa grand-mère, destinée à la vente. C’est évidemment l’occasion de fouiller et de se souvenir grâce à de vieux objets oubliés, des photos, des livres, un robot en plastique et même une vieille boîte à dents de lait. Tout fier de montrer ce trésor exhumé à son fils, Antoine perd malencontreusement une des précieuses quenottes. Rien de très grave sauf pour une petite souris blanche qui ne supporte pas, mais vraiment pas, que l’on perde ses affaires... La douce nuit risque alors de se transformer progressivement en un terrible cauchemar...
Produit notamment par ZEILT Productions, qui réalisera également tous les effets spéciaux numériques du film dont ceux permettant à la souris de se mouvoir très naturellement, Douce Nuit sera le sixième court métrage de Pascal Thiebaux. Actuellement en production, le film devrait être tourné au cours du premier trimestre 2013. Alors que Lionel Abelanski (Les Infidèles, Poltergay) qu’on a pu voir au cinéma aux côtés de Kad Merad (Safari) ou encore Alain Chabat (Didier) tiendra le rôle d’Antoine, la très jolie Frédérique Bel (Les Seigneurs, L’Amour dure trois ans) prêtera sa voix à la souris comme elle l’avait déjà fait pour le personnage de Barbie dans Toy Story 3. Notons aussi que le très talentueux David Scherer (Mandragore, The Theatre Bizarre) supervisera la réalisation des effets spéciaux sur le plateau. Quand en plus on apprend que Mathieu Alvado (Thérèse Desquueyroux) a composé la musique du teaser de Douce Nuit, on ne peut que se réjouir et souscrire à un projet déjà très prometteur.

Dessinateur confirmé, Pascal Thiebaux travaille dans l’animation depuis 1997. Il a notamment participé à la fabrication de nombreuses séries d’animation, françaises et étrangères, en tant que layoutman (Petit Potam, T’choupi...) puis story-boardeur (Inspecteur Gadget, SamSam...). S’il expérimente pour la première fois la 3D avec Le Crépuscule de Kasseldryne (4 mn) en 1999, Barbaque & Logistique (5mn) reste son véritable son premier court métrage réalisé en 2000, pour lequel il remporte le concours « Fantiscogore » organisé par Canal+. Il enchaine l’année suivante avec WEB Gladiator (10 mn) puis Le Trophée (10 mn) en 2006, sélectionné dans une cinquantaine de festivals partout en France. Après avoir tourné Mon Héros (12 mn) en 2008, il se lance aujourd’hui dans l’adaptation très libre d’une nouvelle de Christian Simon "Un, deux, ne ferme pas les yeux ". La réalisation de Douce Nuit nous donne l’occasion d’en savoir un peu plus sur ce jeune réalisateur.

ENTRETIEN AVEC PASCAL THIEBAUX

Après la légende du Père-Noël, que tu as sérieusement malmenée dans Le Trophée en 2006, pourquoi avoir choisi une nouvelle fois de t’attaquer à une autre des belles histoires de notre enfance ?

J’ai des comptes à régler avec mon enfance paraît-il. La cavale du lapin de pâques tueur de poules sera mon prochain film. Plus sérieusement, c’est une coïncidence amusante. Pendant la post-production du Trophée, j’ai lu la nouvelle de Christian Simon, « Un, deux, ne ferme pas les yeux », qui parle des peurs nocturnes d’un enfant de 10 ans : ses jouets viennent lui étirer les membres pour qu’il grandisse, des serpents glissent sur lui et tentent de l’étouffer pendant son sommeil, la Petite Souris vient lui arracher une dent à vif pour le punir de son comportement avec sa sœur. Une Petite Souris démoniaque, voilà la bonne idée ! Dans la nouvelle de Christian Simon, la souris avait un rôle assez anecdotique, elle disparaissait au milieu de l’histoire, une fois son méfait accompli. Au fur et à mesure des réécritures du scénario (et il y en a eu des dizaines) les intrigues secondaires ont disparu pour ne garder que l’essentiel : un enfant et son père aux prises avec la Petite Souris psychopathe !

Les univers du rêve et du fantastique caractérisent ton parcours. Comment l’expliques-tu et quelles sont tes influences graphiques et cinématographiques ?

Je me souviens avoir été fasciné dans mon enfance par le King Kong de 1933. C’est l’un de mes premiers souvenirs cinématographiques avec La machine à explorer le temps de George Pal et Jason et les argonautes et sa bataille hallucinante contre les squelettes. Je voulais savoir comment ils avaient fait, comment toute cette magie était possible ! C’était la fin des années 70, les bonus DVD étaient encore loin. J’ai commencé à dessiner des monstres, des barbares musclés, des vaisseaux spatiaux puis des robots géants quand Goldorak est arrivé ! Je fabriquais des aliens et des démons en pâte à modeler quand j’avais 10 ans. Peut-être qu’une partie de la réponse à la première question se trouve là ? Un peu plus tard, des dessinateurs comme Moebius, Gimenez ou Frazetta m’ont beaucoup influencé. Je ne vais pas être très original mais beaucoup de réalisateurs m’inspirent actuellement, de Fincher à Nolan, en passant par Sam Raimi, Peter Jackson, Guillermo del Toro ou Nicolas Winding Refn. Il y a quelques Français aussi ! Jacques Audiard, Laugier et même Toledano et Nakache dont j’ai aimé tous les films, et j’en oublie... Je ne suis pas seulement obsédé par les effets spéciaux, j’aime quand un film me raconte une histoire, c’est pour ça qu’il y a eu autant de réécritures de Douce Nuit.

La réalisation de Douce Nuit est un projet ambitieux, les acteurs et toute l’équipe du film étant de véritables professionnels. Comment abordes-tu le tournage et en quoi ce court métrage se distingue-t-il de ceux que tu as déjà réalisés auparavant ?

La réponse est dans la question. Le professionnalisme de l’équipe est la grande différence. Mes précédents films étaient des autoproductions et les membres de l’équipe étaient des amis d’amis ou des collègues motivés. Je travaille pour des studios d’animation et dans ce domaine, presque tout le monde a envie de participer à un tournage d’une manière ou d’une autre, ça facilite la constitution d’une équipe. Pour Douce Nuit, je vais me retrouver dans le grand bain, enfin, là où l’eau n’est pas encore trop profonde, le plongeoir de 10 mètres, ça sera pour mon premier long métrage mais ça, on en reparlera plus tard.

J’ai déjà sympathisé avec la majeure partie de l’équipe de tournage constituée par AS&M production. Ça devrait bien se passer. On a d’ailleurs tourné le teaser de Douce Nuit ensemble, même si c’était très court et pas très compliqué, on peut tout de suite se rendre compte que la motivation et la passion sont là. Ma plus grande appréhension est finalement de faire jouer un enfant de 10 ans, l’histoire repose sur ses épaules et il va avoir une grande variété d’expressions à interpréter, de la tristesse d’avoir perdu sa grand-mère au début du film à la peur panique, sans compter qu’il va devoir passer la moitié de son temps avec du sang dans la bouche ! Mais ça, en général, ça amuse beaucoup les enfants. Je n’ai pas encore trouvé la perle rare. Heureusement que le père de famille est interprété par Lionel Abelanski, qui a la réputation de faire preuve de beaucoup de générosité sur les plateaux, son expérience me rassure et me met en confiance. J’attends toujours le tournage avec un mélange d’impatience, d’angoisse et d’excitation. Le tournage de Douce Nuit ne fait pas exception à la règle. J’ai aussi hâte de travailler avec Frédérique Bel qui va doubler la voix de la Petite Souris. Même s’il ne s’agit que d’une journée d’enregistrement en studio, notre première rencontre laisse augurer du meilleur.

David Scherer, que l’on apprécie tout particulièrement, va réaliser et superviser des effets spéciaux mécaniques (souris en latex) et des maquillages. Pourquoi n’avoir pas tout misé sur des effets numériques ?

Je suis CONTRE le tout numérique ! Les effets mécaniques dégagent un charme inimitable, peut-être un peu de nostalgie aussi. Je pense qu’il faut trouver le bon compromis entre le réel et le numérique. Sur Douce Nuit, nous utiliserons la souris numérique quand nous ne pourrons pas faire autrement, sur un déplacement trop précis ou sur des expressions de « visage » par exemple. Ça oblige aussi les équipes de ZEILT à être très pointues sur les rendus 3D hyperréalistes de la souris numérique pour ne pas voir la différence avec le réel ! C’est aussi un plaisir personnel, j’ai hâte de voir David Scherer manipuler des pattes et des queues de souris en latex sur le tournage. Pour Le Trophée, j’avais pris beaucoup de plaisir à fabriquer la tête du Père Noël empaillée et à bricoler moi-même les quelques effets mécaniques et numériques du film, là je vais voir un pro au travail, c’est excitant !

Pourquoi avoir fait appel à la contribution des internautes pour cofinancer une partie du projet (http://fr.ulule.com/douce-nuit/) ? Est-ce un véritable besoin ou une simple opération de marketing ?

La partie effets spéciaux numériques est déjà financée grâce à l’aide du Filmfund Luxembourg et à ZEILT Productions. L’aide de la région Lorraine et le travail d’AS&M en amont, nous permettent d’avoir une partie du reste du budget, notamment pour la post-production classique hors SFX (montage, musique, son, etc...). Mais il nous reste une part importante à trouver pour financer le tournage, (fabrication des décors, location du matériel, etc.). La contribution des internautes, via Ulule, est donc en ce sens déterminante. C’est un projet ambitieux comme vous le dites vous-même, donc qui coûte cher. Il est bien loin le temps où j’autofinançais mes films avec mon pote Mike pour quelques centaines d’euros. Mais il faut en passer par là pour évoluer, c’est contraignant mais fichtrement intéressant ! Nous avons effectivement choisi de commencer réellement la communication autour du film avec la page Ulule. Je travaille sur ce projet depuis 2007, j’avais donc besoin d’un lancement officiel, c’est une façon pour moi de dire : « Ok les gars, maintenant on a plus le choix, on peut en parler officiellement ! »

Quand et où sera-t-il possible de voir ton film ? Des organisateurs de festivals lui ouvrent-ils d’ores et déjà les bras ?

Le tournage aura lieu en février 2013, une longue période de postproduction s’annonce ensuite pour une finalisation à la fin de l’année. Comme je le dis plus haut, la communication autour du projet est très récente. Je n’ai, pour l’instant, pas encore de contacts concrets avec des organisateurs de festivals, mais ça va venir. Il paraît que la période n’est pas propice aux préachats des chaînes de télé, c’est en tout cas, ce qu’on nous a répondu, mais un achat une fois le film terminé est toujours possible. La Petite Souris vous rendra certainement visite dans votre salon dans quelques mois...

Douce Nuit sera ton sixième court métrage. N’as-tu pas désormais très envie de franchir une nouvelle étape en réalisant un long métrage ?

La réalisation de courts métrages est rarement une fin en soi, c’est une façon de se faire remarquer, une carte de visite aussi bien pour le réalisateur que pour les studios ou producteurs qui travaillent dessus. Plusieurs projets de longs sont en route, certains plus aboutis que d’autres, notamment un film d’animation avec ZEILT Productions. L’animation est quand même mon métier à la base, mais le cinéma « live » à ma préférence. S’il y a deux choses que ma petite expérience dans ce milieu m’a enseigné, c’est bien la détermination mais surtout la patience.

Entretien réalisé le 30 novembre 2012.

TEASER DE DOUCE NUIT :

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