Ose court

OSE COURT - Deux jours plus tard

26 juin 2009 | Par : Damien Taymans

48 heures plus tard

Réalisé avec des moyens étriqués (un budget de 500 euros), Deux jours après, sous son intitulé énigmatique, recèle une espèce de résultat hybride à la frontière entre horreur et drame. Démarrant comme un survival (un étranger perdu dans une forêt touffue), le film part ensuite dans d’autres directions avant de livrer un dénouement en forme de révélation qui éclaire soudain la pellicule sous un jour nouveau. Du coup, ce petit bout de film surprend et quitte les chemins balisés dans lesquels il s’était engouffré jusqu’alors.

Malin et finement filmé (de très beaux travellings vraiment maitrisés), ce court-métrage méritait qu’on s’y intéresse sur le tard (désolé, un peu à la bourre) et qu’on lui rende un court mais vibrant hommage.

Reste à patienter pour que Laurent Rivière passe au format long comme il espère pouvoir le faire.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Quel est ton parcours jusqu’ici ?

J’ai une formation de peintre / décorateur. Après un bac A3 et 3 ans de beaux arts, j’ai commencé à travailler en déco pour les magasins FNAC puis pour des restaurants et boites de nuit. Mais ma passion depuis toujours est le cinéma et les effets spéciaux en particulier. Je me suis donc retrouvé sur des courts-métrages en tant que décorateur / accessoiriste et maquilleur, puis j’ai monté ma micro- entreprise et j’ai commencé à travailler sur de plus gros projets…avec du budget (rires), décors de pièces de théâtre et maquillages spéciaux pour des spectacles et des pubs. C’est comme ça que ça a commencé…

Quel était le budget du film ? De quels moyens logistiques disposiez-vous ?

Le budget était environ de 500 euros. Nous avions deux caméras XL1, un travelling et une grue maison et 3 projecteurs mandarines. Un petit groupe électrogène et une équipe très motivée.

Deux jours après amène des sentiments contradictoires puisqu’il force à une empathie à mauvais escient. Pourquoi ce choix ?

Parce qu’il ne faut jamais croire en ce qui semble évident. C’est du vécu. J’aime l’ idée de « manipuler » le public, de l’ emmener où je veux en jouant sur des sentiments basiques, c’est assez excitant…

Quelle a été la scène la plus compliquée à tourner ?

L’arrivée des gendarmes avec le chien ! (rires) En plus il y avait un mouvement de caméra assez compliqué (grue + travelling). Le maître-chien était un vrai gendarme avec son chien d’intervention et, en fait, il m’a expliqué que refaire la scène plusieurs fois était impossible car le chien ne comprendrait pas pourquoi il devrait retrouver encore et encore quelqu’un qu’il a déjà trouvé et de plus qui est vivant. On a refait la scène trois fois et en effet, le chien était complètement déboussolé. Donc c’est la première prise que j’ai gardé au montage.

Le personnage se nomme Laurent Rivière, on entend son nom en sourdine de la bouche d’un policier. Un hommage masturbatoire ?

Oui un hommage masturbatoire ! Et surtout car le personnage n’avait pas de nom dans le scénario. Lors du tournage de la scène, je trouvais mieux de le nommer, pour appuyer davantage le côté horrible, c’est bien quelqu’un qui existe (que j’ ai pris le temps de montrer) avec un nom, un passé et pas juste une silhouette. Et pour éviter toute plainte future j’ai choisi mon nom ! (rires)

Deux jours après exploite à merveille le milieu sylvestre. Verdoyant au départ et finalement hostile de par l’isolement qu’il entraîne. Une nature réparatrice de l’immoralité humaine ?

Je suis très proche de la nature. Et j’aime jouer sur les oppositions. Cette nature si belle, si fragile, avec ses petits oiseaux et tout et tout peut se montrer finalement si dure, si sombre. C’est quelque chose qui se vérifie tous les jours dans l’actualité. Encore une fois, il faut se méfier des apparences.

Tu es également responsable des maquillages de Deux jours après et tu possèdes ta propre enseigne avec Magic création. Comment es-tu parvenu à rendre les effets si crédibles ?

Merci de les trouver crédibles. (rires) J’ai réalisé la fausse tête en une journée. Peu de temps et de budget. J’ai travaillé sur un moulage du comédien d’après des photos qu’un ami médecin légiste m’avait montrées. Mais je l’ai modifié et retourné la scène un peu plus tard. Le maquillage original, qui collait à la réalité, était beaucoup plus gore.

Plus passionné par les fx ou par la réal ? D’où vient cette passion ? Qui t’a inspiré ?

Il est vrai qu’aujourd’hui entre les deux mon cœur balance. Les FX représentent pour moi la magie du cinéma et tout le côté artistique que ça implique, mais la fabrication d’un film, le tournage, le travail avec l’équipe est très passionnant. Cette passion me vient de mon frère aîné, qui m’emmenait tout le temps au cinéma et qui dévorait des magazines comme Starfix ou Mad movies. Un jour, j’ai compris que des gens étaient payés pour fabriquer des monstres. J’ ai voulu faire pareil…

Est-ce que parfois certains effets créés partent en queues de poisson ?

Oui. Ca arrive quand on n’a pas le temps de les tester avant un tournage par exemple. Mais en général, quand ça ne marche pas, c’ est dans l’atelier que ça se passe…

Pour un deuxième court, Deux jours après est une vraie réussite. Depuis, deux autres courts : Avant de partir et Camping sauvage. Tu peux nous en toucher un mot ?

Avant de partir est une réponse à ce que j’ai souvent entendu dans le milieu du court amateur : « On ne peut pas faire ça ou ça sans argent » ou encore « C’est pas très réussi comme scène d’action, mais j’ avais pas le budget ». C’est sans prétention que je dis cela et Avant de partir n’est pas un super film, je le sais. Par contre, je suis fier de ma scène d’action (d’ailleurs le film a été fait autour de ça) réalisée avec presque rien. Camping sauvage était mon premier court. Très ambitieux mais je n’ avais pas les épaules pour ça. Du coup, pas mal d’erreurs et un film au final pas exploitable… Par contre, j’ai réalisé mon dernier court il y a bientôt 2 ans, Inside qui je pense va beaucoup plaire…

Quel parcours ont eu tes films en festivals ?

Deux jours après a eu une belle vie, on me demande des copies encore aujourd’hui pour des projections dans des cinémas lors de soirées à thèmes ou dans des écoles. Il a été diffusé sur 13 ème rue et Arte. Il était même en vente dans certains magasins Fnac. J’en suis assez fier et je remercie encore toute l’équipe.

Envie de franchir le pas du long ?

Oui ! Même si je suis conscient des difficultés. Les places sont chères… Mais je suis en train d’ adapter un roman policier en scénario Mako écrit par un ami qui a déjà reçu quelques prix littéraires et même les faveurs d’un réalisateur très connu par le biais de sa société de production.

(Interview réalisée par Damien)

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