Ose court

OSE COURT - Borborygm

8 août 2014 | Par : Quentin Meignant

Vers un long de merde ?

Fin juin 2014. Soirée de Coupe du Monde. Pas évident vu les pizzas, les bières et les amis turbulents qui beuglent à chaque action de l’équipe favorite. Un ami, Domenico Semeraro, me contacte pour visionner un court métrage dans lequel il a joué. Dom, ce pêcheur invétéré dans un court avec un gun en main ? La bière aidant, il n’y a plus qu’à foncer et la surprise est de taille : Borborygm s’avère très sympathique.

Car parler d’un étron dans un film n’est pas évident, Borborygm est une réussite. Et comme l’étron fait plusieurs mètres de haut et s’avère particulièrement vorace, on change carrément de registre et on est loin des plans disséminés gentiment dans les oeuvres de Steven Spielberg, grand amateur de la chose.

Fruit du labeur du jeune Gauthier Humbert et de son équipe de potes, Borborygm a été tourné dans le cadre du Marathon Video (voir ICI), compétition dont il est ressorti tout auréolé avec la récompense du meilleur scénario. Tourné en 48 heures à peine et rendu tout juste dans les temps, Borborygm est bien entendu perfectible mais cadre parfaitement bien avec l’idée que l’on se fait d’une fausse bande-annonce comme celles proposées à l’époque par Tarantino et Rodriguez. Bardé de bruitages visqueux, dus au sound designer Mathias Hausser, Borborygm constitue un beau moment de détente avec de nombreuses références au cinéma bis d’antan et pourrait déboucher (les toilettes) vers un long de merde. C’est en tout cas tout le mal que l’on souhaite à Gauthier Humbert qui, un soir de défaite trop arrosé, en nous proposant son étron, aura réussi à nous faire sourire et même rire. La preuve que le bonheur est parfois dans le cabinet...

INTERVIEW DE GAUGHTIER HUMBERT, RÉALISATEUR DE BORBORYGM :

Salut Gauthier. Pourrais-tu te présenter en quelques mots et nous expliquer ton parcours ?

Salut, je suis un jeune homme de 26 ans plutôt beau gosse qui recherche l’amour... Ah, non, c’est pas ça. J’ai effectivement 26 ans et j’habite Strasbourg. Je travaille pour une structure qui s’appelle Green Valley Records en tant que graphiste et vidéaste. Avant ça, j’ai fait les Beaux-Arts de Metz où je me suis fait virer après 2 années de bons et loyaux services. Ensuite, j’ai décidé d’utiliser le temps que j’avais pour faire une animation en stop motion pour un groupe de musique strasbourgeois Los Disidentes Del Sucio Motel. Ce fut mon premier clip intitulé « Somewhere else to drive » qui est visible sur Youtube (à voir ICI). Puis, je suis retourné en Alsace pour monter ma structure, « GVR. »

Tu t’occupes de la charte graphique de différentes structures culturelles. L’art dans toutes ses formes, est-ce là ta vraie passion ou penches-tu réellement vers le cinéma ?

En effet, j’ai toujours aimé varier les plaisirs et ne pas simplement me contenter d’un seul médium artistique. J’ai la chance de travailler sur de beaux projets graphiques, pour des festivals de musique tels que Décibulles ou encore Lez’arts Scéniques ou des groupes de musique comme Hermetic Delight, Haut & Court, ... Mais il est vrai que le cinéma est pour moi l’art ultime, regroupant en son sein tout les médias créatifs possibles. Je me suis pendant longtemps demandé comment les réalisateurs faisaient pour faire des chefs-d’œuvre comme Jurassic Park, Seven, Alien, Terminator 2, pour ne citer qu’eux. Je trouve que c’est un énorme challenge que de se lancer dans la production de films ou de courts métrages.

Ton court métrage, Borborygm, présenté dans le cadre du concours Marathon Vidéo, rend un bel hommage à de nombreuses séries B, entre Harschell Gordon Lewis, les films de monstres géants, le tout avec un esprit proche de celui de la Troma. Te vois-tu continuer dans le genre ?

Alors, je ne sais pas encore vers quoi je vais me diriger pour mes futurs projets cinématographiques. J’aime presque tous les types de cinéma et je suis très admiratif des réalisateurs tel que les frères Coen, qui ne restent pas bloqués dans un schéma narratif ou dans un style de film. Il est vrai que j’ai un faible pour la SF et que j’ai été bercé dans mon enfance par tous les blockbusters des années 90 mais aussi par une quantité folle de films d’horreur des années 80 et 90.

Quelles ont été tes principales inspirations au moment d’écrire le scénario (primé lors du Marathon Vidéo) ?

Je tiens à préciser que, pour l’écriture et la réalisation de ce court métrage, je n’ai pas été seul. Je me suis entouré d’une équipe d’amis qui sont très créatifs et doués. L’idée de base que je voulais mettre en avant était la suivante :
- Faire une bande- annonce, ce qui, selon moi, était une bonne idée en rapport avec la limite de temps de 4 minutes maximum.
- Essayer de rompre l’aspect cucul et expérimental souvent mal exploité des courts métrages qui sont diffusés lors de ce marathon vidéo.
- Montrer qu’avec une merde ou une idée de merde, on peut arriver à faire quelque chose de cohérent et amusant. Il n’y a pas de mauvaises idées mais juste des mauvaises façons de les réaliser.
- En dernier lieu, je voulais faire une pseudo critique du blockbuster actuel tout en lâchant un maximum de références de films que j’apprécie.

Borborygm pourrait-il servir de grosse bande-annonce à une production plus ambitieuse si on t’en donnait les moyens ?

En mode Machete ? Jje me dis pourquoi pas. Il faut bien commencer un jour par faire un long métrage donc pourquoi pas commencer par cette histoire. Ce n’est pas donné à tout le monde de débuter une carrière dans le cinéma avec un film sur une merde tueuse.

Le film a été tourné en 48 heures à peine. Quel a été le matériel utilisé, notamment en matière d’effets spéciaux ?

Pour le matériel, nous avons utilisé pour la captation un Canon 6D et quelques objectifs semi-pro et une Gopro pour les plans à travers les yeux de la bête. Pour les effets spéciaux, nous avons acheté un serpent télécommandé que nous avons maquillé et qui était bien articulé. Sinon, nous avons maquillé Geoff, l’acteur principal, avec un mélange fait maison à base de colle à papier peint, acrylique, eau et colorex. Du coup, le tout filmé sur un fond vert posé dans la chambre d’un de mes colocs.

Quelles ont été les principales contraintes et difficultés rencontrées lors de ce tournage express ?

La principale contrainte à vraiment été le temps, car nous avons été un peu trop ambitieux. Plusieurs lieux de tournages, des effets spéciaux, plusieurs acteurs, une voix off, quelques dialogues en anglais, des sous-titres, ... Donc, oui ,le temps nous a manqué, à tel point que nous avons rendu le film à 5 minutes du temps imparti.

Pourrais-tu nous définir en quelques mots ce qu’est un « bowling gang bang » ?

(rires) Très bonne question ! Le bowling gang bang, c’est une nouvelle pratique sexuelle, je suppose ; du moins si elle n’existe pas encore, il faudra l’inventer. Non, en gros, c’était pour contraster avec la voix off qui parle d’un mec ordinaire, dans une ville ordinaire, dans une situation ordinaire et là, bim : gang bang au bowling ! Voila...

Les coupes de cheveux du personnage principal et du frituriste sont particulièrement originales. Une volonté de ta part ?

Alors là, non, je n’y suis pour rien. Ce sont deux amis à moi, membre d’un très bon groupe de postpunk, Hermetic Delight, de Strasbourg, et qui ont vraiment ce style dans la vie de tous les jours. Je les ai effectivement castés pour leurs tronches et leurs styles assez atypiques.

Les nombreux bruitages ont une importance dans l’ambiance « visqueuse » du film. Étaient-ils prévus dès l’écriture du scénario ou t’es-tu rendu compte par la suite de leur possible impact ?

Oui, ils étaient prévus dès l’écriture du scénario. J’ai un ami, Mathias Hausser, qui est un jeune sound designer et qui nous a aussi bien aidés pour l’écriture. Il s’est occupé de la composition de tous les thèmes ainsi que de l’enregistrement des voix off.

Borborygm pourrait-il être en quelque sorte un procès à la malbouffe ?

Non, pas du tout. Je suis moi-même adepte de la malbouffe de temps en temps. En réalisant Borborygm, j’ai plutôt voulu critiquer les blockbusters actuels. Je trouve qu’il y a de moins en moins de fond dans ce que nous proposent les studios d’Hollywood. On nous balance du gros son, des gros effets spéciaux, des bandes-annonces qui montrent tout, des acteurs souvent sans charisme et sans profondeur. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’était mieux avant mais il n’empêche que le dernier blockbuster qui m’a mis une grosse claque à tout les niveaux et qui, selon moi, n’a encore jamais été égalé niveau effets visuels est Jurassic Park.

As-tu d’autres projets imminents ? Et comptes-tu faire tourner Borborygm dans les festivals ?

Oui, j’ai pas mal de projets vidéos en ce moment mais pas de courts métrages en vue. Je dois réaliser plusieurs clips les prochains mois pour des groupes locaux. Borborygm est mon premier court métrage, il a été réalisé il y a peine quelques semaines, donc c’est tout frais et nouveau pour moi. En tout cas, ce fut une superbe expérience à tout point de vue et je compte bien ne pas m’arrêter là. Affaire à suivre...

Interview réalisée par Quentin Meignant.

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