Ose court

OSE COURT - Babylone

8 janvier 2009 | Par : Damien Taymans

La cité perdue

Dans une époque non définie, les hommes sont totalement assistés par des machines appelées "intellects", qui, grâce au programme B01, leur fournissent une vie quasi artificielle. Une résistance, la Ligue Noire, revendique l’existence d’une cité légendaire appelée symboliquement Babylone, dépourvue d’intellects, un monde de paix... Le jeune Ael, fervent admirateur de la Ligue Noire et dépendant de la technologie des intellects, va rencontrer Abelia, une jeune mercenaire de la Ligue. Elle va tenter de lui faire intégrer le groupe terroriste...

Si le cinéma de genre français se porte bien qu’il y a quelques années, la science-fiction hexagonale peine toujours à convaincre aussi bien le public que les critiques qui dénigrent aveuglément chacune des incursions dans le domaine en pointant constamment leur narration absconse, leur cruel manque d’ambitions et leur ultra-référentialité au point de taxer les Vestiel, Caro et consorts de s’attaquer trop tardivement au genre et de n’en emprunter au final que les sentiers mille fois rebattus pour faire du genre "à la française".

Captivé très jeune par les oeuvres de sf anglo-saxonnes comme La guerre des mondes, Le voyage fantastique, THX 1138, le jeune cinéaste Simon Saulnier entend utiliser sa culture cinématographique au profit d’une oeuvre qu’il a longuement préparée afin de prouver sa capacité à "faire plus gros, plus beau, plus sophistiqué". Au départ monté en collaboration avec son ami et partenaire de plateau Naoufel Aliju (avec lequel il avait enfanté son précédent La couleur sang), Babylone devient au final une entreprise merveilleuse qui réunit les savoir-faire du plus beau fleuron du cinéma de genre français.

Décrivant un monde liberticide surdominé par la technologie ("la technologie d’aujourd’hui, nous dit le réalisateur, notre système d’information, les outils numériques sont faits pour nous éviter de faire le moindre effort"), le court-métrage fait surtout en filigrane l’apologie d’un monde invisible surnommé Babylone où règnent liberté et bonheur, un univers devenu dangereux d’après les intellects qui qualifient les membres de la Ligue noire de "terroristes". Un toponyme symbolique qui évoque surtout ce légendaire "endroit de libertés, c’était le paradis terrestre... L’ironie a fait que Babylone se situait géographiquement dans la région de Bagdad.", véritable Eden terrestre opposé en arrière-plan aux cocons aseptisés dans lesquels sont reclus les habitants urbains.

Rejeton légitime émanant de la relation passionnelle qu’entretient le réal’ avec tout un pan d’oeuvres inconditionnellement classées au panthéon du genre, Babylone évite assez intelligemment l’écueil de l’oeuvre-référence en glanant çà et là des composantes déjà-vues qui sont réappropriées par l’auteur qui les intègrent minutieusement dans son intrigue. En résulte un mélange savoureux des Matrix, Dante 01, Eden Log, Nightwatch et autres Gattaca qui donne au court une saveur d’autant plus relevée qu’il ne souffre aucunement de la longueur élastique de ses contemporains français.

La couleur sang, ton précédent court, et Babylone ont été montés avec Naoufel Aliju. Quelle est la nature de votre collaboration ? Comment vous répartissez-vous les tâches lors de la genèse d’une oeuvre ?

Avec Naoufel, on s’est rencontrés par hasard lors d’un anniversaire, et le contact est tellement bien passé qu’on est restés isolés à parler de cinéma et de nos projets. A ce moment-là, je venais d’entrer au Lycée et je cherchais un "bras droit" pour monter mon premier court-métrage. Naoufel a tenu ce rôle en plus d’interpréter le personnage principal. Le but de ce premier court-métrage était, pour lui comme pour moi, de se mettre dans le bain. Pour ma part je me lançais le défi d’écrire, produire, réaliser et terminer un projet, diriger une petite équipe. On a emprunté de l’argent pour le produire ensemble, argent que nous avons remboursé en faisant de la peinture sur des murs dans des Studios de ciné en banlieue, et de fil en aiguille, on a traîné ensemble sur le plateau de Dante 01 de Marc Caro, ce qui m’a permis de rencontrer mon chef décorateur actuel : Bertrand Seitz.

Le projet BABYLONE est arrivé au moment du montage de "La couleur sang", je continuais en parallèle de peindre ! (rires) mais je développais un petit script qui ferait une dizaine de minutes, un projet pour me prouver que je pouvais faire "plus gros", plus beau, plus sophistiqué... Donc j’ai parlé avec Naoufel de références, de décors, d’effets-spéciaux, et il a vite pensé que je délirais, le premier court métrage n’était pas encore terminé... Le devis était énorme, donc forcément il s’est lancé pour voir si j’arriverais à le faire pour quelques zéros de moins sur la note. Mais cette fois-ci, je me débrouillais seul dans la production, j’étais suivi de loin par une petite boîte, jusqu’à l’arrivée de Marc Rosemblum deux semaines avant le tournage, Naoufel me suivait dans mes rencontres avec les comédiens, l’équipe technique parfois, on essayait de rencontrer d’autres réalisateurs, on a fait un rapide passage sur le set de Chrysalis, ce qui était une aubaine pour nous qui voulions faire de la science-fiction... Et le tournage est arrivé, Naoufel cette fois-ci a gardé sa place d’acteur et non de co-producteur comme sur notre film précédent.

Naoufel avait une grande motivation, c’est un caméléon et il aime se plonger dans des univers inconnus, le cinéma de genre auquel je faisais référence (SF et horreur des années 70-80) n’était pas dans son catalogue, et je pense qu’il a aimé se plonger dans cet univers, car il a fallu voir et revoir certains films.

La séquence du cyberdream comme les deux agents font songer à l’univers des frères Wachowski. Matrix constitue une référence pour l’univers de Babylone ?

Oui, en effet, Matrix fait partie des références pour ce court-métrage. Je suis devenu fan de Matrix aux premières minutes lors de sa sortie au cinéma. J’ai été plus loin en m’intéressant davantage à l’univers "cyberpunk", j’ai lu les classiques du genre, surtout ceux de William Gibson. Un univers qui m’intrigue sans cesse, mais dans "Babylone" la séquence de "cyberdream" n’était pas censée être en fond blanc, il devait y avoir des dizaines d’écrans géants qui diffuseraient toutes sortes d’images, je n’ai pas eu les moyens financiers pour faire cette séquence telle qu’elle était écrite. Donc un petit hommage à Matrix et THX 1138 me paraissait plus sincère, de plus que ce blanc symbolise une forme de neutralité.

Babylone décrit un monde futuriste dominé par le cyber dans lequel les hommes sont reclus et assujettis aux lois de l’intellect. Une vision assez pessimiste de l’avenir en somme. Pourquoi avoir opté pour une dérive si liberticide ?

Et bien l’ouvrage référence quand on parle de "dérive liberticide" reste 1984, BABYLONE nous montre ce que notre monde pourrait devenir, en partant d’aujourd’hui : dans un univers parallèle, car bien entendu cela reste de la fiction.
J’ai choisi ce thème car j’ai le sentiment que nos libertés seront de plus en plus bafouées dans l’avenir, qu’on le veuille ou non. Ca reste en arrière-plan dans le film... Le nom "BABYLONE" n’a rien à voir avec le film Babylon AD, la référence reste la ville légendaire, dans la mythologie Babylone reste un endroit de libertés, c’était le paradis terrestre... L’ironie a fait que Babylone se situait géographiquement dans la région de Bagdad.

La froideur de l’intérieur livre pourtant un certain sentiment d’apaisement alors que les intellects confortent dans l’idée que l’extérieur est source de chaos (eu égard aux actes terroristes posés par la Ligue noire). On pense inévitablement à Thomas est amoureux où le héros devait également rester cloisonné chez lui étant donné les risques létaux qu’il encourait en s’aventurant à l’extérieur. L’informatisation du quotidien conduit-elle irrémédiablement à une espèce de fixisme, de sédentarisation moderne selon toi ?

Oui totalement et je suis sûr que ça ne pourra aller qu’en empirant. La technologie d’aujourd’hui, notre système d’information, les outils numériques sont faits pour nous éviter de faire le moindre effort. Les réalisateurs de Matrix ont symbolisés ça chez Thomas Anderson sur la décoration de son appartement, dans le film on doute qu’il sorte souvent de chez lui, sauf que dans BABYLONE ils sont confinés, l’Etat leur donne des informations sur l’extérieur et le décrit comme un monde noir et violent. Mais cette fiction métaphorique reste du pessimisme de bas étage ! Le but est de raconter une histoire avant de faire de la polémique.

Bertrand Seitz, le chef décorateur de Babylone, a le CV chargé de quelques oeuvres brillantes dans l’histoire du cinéma de genre français. Il a notamment oeuvré sur La Cité des enfants perdus, Saint Ange et Dante 01. Comment l’as-tu rencontré ? Comment s’est déroulée votre collaboration concernant les décors ?

J’ai rencontré Bertrand sur Dante 01 de Marc Caro, je lui ai parlé de mon projet et il m’a trouvé motivé et trop jeune pour faire un court-métrage de cette envergure donc forcément, il a accepté. Bertrand a d’abord dessiné avec Mathilde Abraham les deux ruffs qui allaient servir de références pour le reste de la préparation déco. Il m’a rapidement présenté les volumes, ainsi que de plans en 3D, basés sur le story-board. Très rapidement, il a travaillé avec une assistante : Alice Gauthier, qui a elle-même travaillé avec Dan Weil. La préparation commença, Bertrand par son manque de temps a supervisé le début des opérations et, pour le reste, il est resté directeur artistique, techniquement parlant le poste de chef décorateur a été assumé à l’américaine, par Alice Gauthier. Elle était responsable du chantier, et Bertrand responsable des directives artistiques.

Il faut savoir quelque chose à propos de ce décor : deux semaines avant le tournage, j’ai quitté la production qui me suivait jusqu’à présent. Je me suis retrouvé à deux semaines du tournage avec un décor, du matos qui attendait qu’on vienne le chercher, et quarante personnes ! C’est en particulier le décor qui a convaincu Marc Rosemblum de produire le film. Donc je salue encore cette équipe de feu.

Ces décors aseptisés et monochromatiques justement tout comme la thématique de l’homme prisonnier d’un présent qu’il ne maîtrise pas renvoient inévitablement à Dante 01 ou à Eden Log. Que penses-tu de ce renouveau du cinéma science-fictionnel hexagonal ?

J’ai beaucoup d’admiration pour ces films, et pas forcément pour le contenu mais pour la démarche. Ca faisait un moment que le catalogue français de genre s’appauvrissait, et depuis quelques temps j’ai l’impression que ça repart.

Je citerai aussi : Chrysalis de Julien Leclercq (film sujet à controverse pour la qualité du script et des comédiens) Ca reste une oeuvre de science-fiction 100% française. La science-fiction reste très difficile à produire en France. Surtout que les trois dernières productions qui ont été les seules depuis longtemps furent des échecs commerciaux et face à la Critique.

Aujourd’hui ma claque en matière de science-fiction est l’oeuvre d’un mexicain : Alfonso Cuaron avec Children of Men... Mais je reste persuadé qu’il y aura un génie dans l’Hexagone sous peu... J’attends avec impatience Mutants, de David Morley.

Le court a vécu une très belle sélection au festival de Cannes. Comment s’est déroulé cet épisode cannois ?

Oui le Festival de Cannes a été un coup de boost... Le film était présenté avec 2000 autres court-métrages au Short Film Corner. Très vite, nous avons remarqué un buzz sur place, et quelques jours après la fin de festival, nous étions le court-métrage le plus consulté, avec des très bonnes critiques.

Ce qui était étonnant : c’est que le film n’était pas du tout terminé ! Générique sans musique, plan sfx encore au stade "schéma", étalonnage à peine commencé, son pas encore finalisé... donc avant que le film ne commence on pouvait voir un carton : "WORKING COPY MAY 2008". Le Festival m’a surtout rendu crédible pour me lancer dans un long-métrage, à la suite de Cannes j’ai présenté le film à Abu Dhabi et Sarlat.

Justement. Tu es dans l’écriture d’un long métrage qui sera produit par Marc Rosemblum, producteur de Babylone. Peux-tu nous en dire un peu plus sur le sujet ?

Oui Marc Rosemblum produit mon prochain film. Je suis encore au stade de l’écriture. Je collabore sur le scénario avec Philippe Lyon, qui est le scénariste de la série "XIII " (adaptation de la BD), et auteur de nombreux long-métrages...
Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous lui avons donné comme titre de travail : ALPHA, ce qui fait allusion à la multiplication par exemple. Ca sera un huit-clos de science-fiction dans la lignée de The thing ou Alien. Il sera tourné en anglais et donc aura un casting international.

LE TRAILER


Teaser 1 Babylone
par simon75012

(Interview réalisée par Damien)

Commentaires

trailer vachement alléchant,beau travail,Simon Saulnier prochain grand réal de SF ?

11 janvier 2009 | Par cloker-monster

trailer alléchant en tous cas

8 janvier 2009 | Par dante01

Pas encore vu, mais ca a l’air sympa

8 janvier 2009 | Par Ben

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