Ose court

OSE COURT - Alteration

19 février 2009 | Par : Gore Sliclez

L’univers des Nhumaïs...

Alteration est une œuvre très personnelle et 100 % artisanale au sens noble du terme. Réalisé par le Bruxellois Jean-Sébastien Groult, le court se présente comme un hommage appuyé à un certain cinéma onirique et fantastique des années 80. Un film étrange à l’atmosphère très particulière, complexe, fruit d’une petite équipe sympathique d’amis qui ont envie de montrer un univers différent, celui des Nhumaïs.
Lorsqu’un Nhumaï vient à s’éteindre son âme se transmet dans une entité végétale et un Gardien est choisi pour l’emmener jusqu’à la Forêt des Anciens. Une légende raconte que si la plante venait à souffrir alors l’âme contenue à l’intérieur disparaitrait. Et le gardien serait changé en monstre pour l’éternité...

- Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

Depuis très jeune j’ai toujours été cinéphile. On me disait que je restais trop souvent scotché devant la télé et c’était bien vrai. J’adorais aussi écrire des histoires, ça plaisait beaucoup à mes profs de français des Ursulines de Mons. Plus tard, lorsque je revenais des cours, j’ai commencé à réaliser de petits montages vidéo et quelques bandes annonces à partir de rushs de films. C’est là que je compris que c’était ce que j’aimerais faire plus tard. Une fois mes humanités terminées, je me suis inscrit à l’IAD à Louvain La Neuve. Malheureusement pour moi je fus choisi en section Multimedia et non en Montage/Scripte. Ce qui ne m’empêcha pas de passer durant un an un maximum de temps dans les salles de montage plutôt que de faire des animations 3D.
L’année d’après, je me suis tourné vers une formation d’un an en audiovisuel à l’ARA où j’ai notamment eu la chance de pouvoir réaliser deux courts métrages « Morosité » & « Reflection » et deux documentaires « Kiwiland » et « Servais, vous ! ». C’était une excellente année pour moi car tout le monde était uni et passionné par ce qu’il faisait.

Ensuite j’ai fait 3 années de réalisation audiovisuel à l’ifapme de Wavre où je me suis rendu compte que l’unique interêt était de pouvoir faire des stages de longues durées dans la section de son choix. J’ai ainsi pu travailler chez Triangle7 / Arizona Films, où j’ai eu la chance de faire la connaissance de Sabine Hubeaux (la monteuse de Calvaire de Fabrice Du Welz) qui m’a laissé un peu toucher aux rushs du film. Une expérience très chouette !
Après, je suis parti chez Liberty Tv. C’est là que j’ai pu développer mes compétences en montage et commencer à travailler avec différents journalistes sur de nombreux types de projets. Ce fut pour moi une bonne école et j’en garde une très bonne expérience.

A présent, je travaille comme freelance en tant que monteur vidéo truquiste.
Passionné par tout ce qui touchait à l’image, je me suis donc lancé dans le montage vidéo car pour moi c’est la partie la plus intéressante. Celle qui va droit au but. C’est le moment où l’on a tous les éléments réunis et que l’on se laisse aller à sa créativité personnelle.

- Comment et pourquoi es-tu passé du montage (clips, émissions etc.) à la réalisation de courts ?

Lors de mon année à l’ARA, j’étais dans la section « montage vidéo » et le professeur avait choisi à ma grande surprise le scénario de « Morosité » parmi quelques autres. C’est là que je compris que j’allais devoir le réaliser, que je devrais me lancer dans la réalisation d’un film. Pour un premier exercice, le tournage se déroula dans de bonnes conditions. Le seul véritable problème était l’arrivée d’une grue et de la police pour repêcher un scooter au fin fond du lac juste à l’endroit où l’on tournait.

Une fois projeté, le court métrage de 5 min a apparemment plu et ce fut mon scénario de « Reflection » qui fut choisi lors du deuxième exercice de fiction.
Au vue des réactions du second film, je crois que c’est ce qui m’a donné goût à la réalisation et au plaisir qu’on a eut à travailler ensemble. « Reflection » a même reçu deux premier prix lors d’un concours.
Je les garde dans un tiroir ça fera plaisir à mon p’tit fiston plus tard.

Depuis j’avais réalisé un petit film expérimental intitulé « Dark » où on me demande encore quel en est l’histoire. Puis un court métrage totalement improvisé et filmé en Bretagne, « Insatiable » qui reçoit encore de très bonnes critiques lors de projections.

Puis vint enfin « Alteration » qui m’a longuement trotté dans la tête et que j’ai put concrétiser grâce à une petite équipe que je remercie encore pour le travail apporté au film. Je sais que mes films ne sont pas exceptionnels, et que comme tout métrage les avis divergent. J’essaie juste lorsque j’ai du temps de me laisser aller à mettre en image une histoire, quelque chose qui m’interpelle, des idées qui se mélangent et qui forme un nouveau projet. Je préfère continuer à faire mes propres petits films dans mon coin avec passion sans me soucier d’un délai quelconque et avec très peu de moyens.

- Alteration est ton cinquième court métrage mais semble représenter également un niveau supplémentaire dans ton parcours. Qu’en penses-tu ?

Il est vrai qu’ « Alteration » est peut-être le plus ambitieux de mes films à ce jour. Je voulais à la fois partir sur une idée de scénario original et en même temps avoir un univers esthétiquement travaillé.
Étant donné qu’il s’agit là d’un film d’auteur sans aucun réel budget, il a fallu que je me décide à faire venir le film chez moi dans mon propre immeuble et dans mon propre appartement. Avec ce film, j’ai enfin pu partir vers un genre qui m’inspire depuis longtemps et j’ai ainsi essayé de créer une sorte d’univers étrange et fantastique.

Le pari semble réussi puisque les premiers échos parlent d’une ambiance ressemblant à « Dark Crystal », « Le Voyage de Chihiro » ou encore « Le Labyrinthe de Pan ». Tout ce que je voulais prouver avec ce film, c’est qu’avec peu de moyens il est possible à tout un chacun de donner forme à un univers.

- D’où vient l’idée du scénario ?

Tout d’abord, il est important de signaler que le scénario est assez particulier et que la moitié des spectateurs en général n’ont rien compris à l’histoire. Ils se laissent envouter, guider par leurs instincts, ce qui était aussi le but du film. Tout ce que je peux dire à cela c’est qu’il faut penser plus loin et ne pas s’arrêter à sa première impression. Ici, ce ne sont pas ce que l’on croit qui sont les monstres, il faut chercher ailleurs. Il faut penser à ce que nous sommes réellement et ce que nous pouvons bien apporter de bon dans ce monde que nous léguons à nos progénitures.

Le Chapitre V, soit « Alteration » ne développe pas tout les détails mais ce qui est important dans ce court métrage c’est de nous faire réfléchir sur notre espèce. Qui sommes-nous vraiment au juste ? Il y a un peu plus d’un an, le scénario n’en était pas là. Celui-ci est passé par de nombreuses étapes d’écriture.

- As-tu envie de continuer à développer cette histoire fantastique, ce monde des Nhumaï ?

Oui, j’aimerais bien puisqu’en vérité le vrai nom du film est « Nhumaïs : Chapitre V ‘ALTERATION’ ». Il fait donc partie d’une histoire qui reste encore à être développée.
Malheureusement, les autres parties demanderont des moyens plus conséquents et donc plus onéreux.

- Il y a une approche onirique dans Alteration, on pense même parfois modestement à du David Lynch. Quelles furent justement tes influences pour le film ?

Le film a en effet ému certaines personnes. Ils disent que ça les a porté vers quelques chose qu’ils ne s’attendaient pas à retrouver. On me demande souvent si je me suis inspiré d’une légende celte pour écrire cette histoire, et bien non elle est complètement fictive. Mes influences pour ce film furent principalement les contes en général. Le fait de raconter une histoire dans un univers particulier tout en conservant un aspect du réel. Je voulais ainsi créer mon conte à moi tout en ayant une pensée pour une approche écologique.

De nombreux films m’ont inspirés, des films que j’ai justement cité un peu plus haut et dont les spectateurs ont vu juste. L’ambiance conte de « Labyrinthe de Pan » m’a aussi beaucoup interpellé. Il reste l’un de mes meilleurs films. Concernant Lynch, je dirais que c’est bien possible car son univers m’inspire énormément et mes proches en font les frais. Ce que j’aime dans un film c’est qu’il ne s’arrête pas à la projection. Il faut pour moi qu’il continue à vivre encore après. Vous savez que l’histoire ne sera jamais finie et que d’autres choses interviendront. Ce que j’aime surtout c’est lorsque l’on permet au spectateur de s’inviter dans l’histoire. De lui laisser le choix de sa propre version des faits tel qu’il le ressent. Je trouve qu’un film qui offre plusieurs voies d’interprétations est beaucoup plus intéressant. Libre aux spectateurs de s’engouffrer vers celles qui l’envoute le plus. C’est pourquoi Lynch est maître dans cette forme d’art visuel qu’il a créé et il prouve encore de nos jours qu’avec peu de moyen, il réussi à nous projeter dans ses univers des plus tordus.

- Et tes influences en général ?

Il y a du bon dans chaque film. Darren Aronofsky, Tim Burton, Shyamalan, Christopher Nolan & Lynch font partie de mes réalisateurs préférés. J’apprécie tout en règle générale mais je favorise plutôt des moments particuliers de films qui tâtonnent entre rêve et réalité.

- D’où vient l’idée du personnage, son image ?

Au départ, je voulais des personnages dont la peau serait constituée d’écorce d’arbre.
Je voulais des personnages étranges neutres de toute expression, dont leurs comportements inspireraient à la fois la tristesse, la sagesse mais aussi la méfiance.
Mes influences principales viennent surtout du fantôme dans « Le Voyage de Chihiro » et celles des Mystiques dans « Dark Crystal ». Ensuite, vient le travail des comédiens où Joëlle Franco & Kim Leleux ont réussi à donner le meilleur d’elles-mêmes pour faire vivre ses personnages intrigants.

- La musique, les masques… tout semble être osmose. Comment es-tu parvenu à un tel univers avec tes comparses ?

Ce qui peut-être étonnant à dire c’est que ce film n’a coûté que 150 euros.
La conception des masques a été réalisé par Aurélie Courtois, ma compagne. C’est elle qui a permis de matérialiser les personnages du Docteur et du Gardien avec l’aide de Lydie Lardinois.
Pour les musiques j’ai recherché longuement des artistes belges électro qui se mélangerait au mieux avec l’univers visuel. Cela n’a pas été facile car pour moi la musique inspire autant que l’image.
J’ai finalement trouvé plusieurs compositeurs talentueux tels que Planet Citizens, Alain Kinet, Claire Fitch, Mannmaschine ou encore LorsenBpOlar.
Mon assistant Gwen m’a aussi beaucoup aidé en croyant dès le départ au projet.
« Alteration » est un court métrage réunissant plusieurs talents belges.

- Tu as des contacts en Belgique ou en France pour promouvoir le film ou bénéficier d’un budget ?

Je ne bénéficie d’aucun budget pour promouvoir le film et je n’ai aucun contacts pour cela. C’est pourquoi je me suis tourné vers les festivals. Si des personnes souhaitent diffuser le film il suffit simplement de me contacter. (via mon site internet www.jeansebastiengroult.net)

- Ton film est-il retenu pour la BIFFF ? Quelles sont tes attentes ?

Le film n’a pas été retenu. Toute l’équipe en attendait beaucoup car les Nhumaïs auraient pu débarquer là-bas en compagnie de leur plante. Mais bon c’est ainsi. Une fois le film terminé, je l’ai envoyé aux différents festivals de courts métrages en Belgique. J’espère vivement qu’il sera diffusé un maximum car je pense que ça serait dommage de ne pas en faire profiter au public.

- Quels sont tes projets pour le futur ?

Les autres chapitres de « Nhumaïs » à développer mais également d’autres fictions étranges que j’espère un jour mettre en image.

FILM


Nhumaïs : Chapitre V - ’ALTERATION’
envoyé par giess

Commentaires

J.S.

J’en ai plus appris sur toi en lisant l’interview et en regardant ces "courts"
que pendant toutes les années Liberty.
C’est bien , c’est très poêtique, même si les conditions de visionnage n’étaient pas optimales.

Bonne chance

20 février 2009 | Par lotfi belhassine

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