Orient express

ORIENT EXPRESS - Vampire girl vs. Frankenstein girl

21 mai 2010 | Par : Seb Lecocq

Twilight dégénération

L’oeuvre

Avant d’être un film, Vampire Girl Vs Frankenstein Girl (VFVFG) est un manga du même nom écrit et dessiné par Shungiku Ushida. Voyant là, l’occasion rêvée de faire péter le score niveau gore et comédie, l’équipe du film en acquiert les droits d’adaptation cinématographique et en confie la réalisation à un duo de dingos : Yoshihiro Nishimura et Naoyuki Tomomatsu. Nul doute que l’association des deux zozos allait être explosive. Nishimura et Tomomatsu font partie de toute cette troupe de jeunes cinéastes japonais mettant le pays à feu et à sang. Depuis Versus de Kitamura, les cinéastes nippons n’ont de cesse de repousser les limites film après film... après film. Depuis quelques années, Tomomatsu, Tak Sakaguchi, Yudai Yamaguchi, Nishimura et Nobuo Iguchi ne cessent de se tirer la bourre en vue de signer le film le plus barré. Il y eut Meatball Machine, Le Bahut Des Tordus, Deathtrance, Machine Girl et voilà maintenant que débarque VGVsFG, couplant le meilleur du gore et de la comédie. Cette course en avant met en émoi tous les fans de déviances orientales. VGvsFG est un film 100% japonais qui, sous ses dehors de comédie gorissime et déjantée, ne se fait pas prier pour brocarder la société japonaise, la marque de fabrique de Nishimura.

Success storiz

VGVsFG bénéficie bien entendu de l’aura de ses glorieux prédécesseurs. Depuis quelques années, un petit groupe de réalisateurs japonais se sont imposés à coups de films aussi barrés que fauchés. VGVsFG compose le dernier maillon de cette chaine dont la première maille est sans conteste Versus. Depuis lors, chaque film de Iguchi, de Nishimura, de Tomomatsu, de Kengo Kaji fait l’événement et enflamme les festivals du monde entier. Et petit cocorico, notre BIFFF national s’est fait le spécialiste de la projection de ces bandes. Vampire Girl, dès la mise en ligne de son trailer a fait le buzz dans les milieux autorisés, chaque image, chaque nouveau teaser, chaque info attisait les passions. Rien que le titre a de quoi rendre fou l’amateur de bandes tarées. Et après avoir connu un succès d’estime au Japon, Vampire Girl débarque en dvd en Angleterre, chez un éditeur spécialisé dans le genre, et dans quelques festivals étrangers, mettant à l’amende une grosse majorité de spectateurs. Aussi bien les habitués de la petite bande que les novices qui découvrent le nouveau gore japonais avec cette œuvre.

Asian star

Naoyuki Tomomatsu est un réalisateur et scénariste japonais né à Osaka en 1967. Durant ses études, il manifeste un intérêt croissant pour l’univers du manga. Celles-ci terminées, il travaille comme assistant dans l’équipe du mangaka Shungicu Uchida que l’on peut voir faire l’acteur dans Stacy ou Nightmare Detective II. Agé de 25 ans, il signe son premier scénario The Pregnant Woman et sa première réalisation Summer Color Romance, deux micro-productions érotiques indépendantes. Suite à cette première tentative infructueuse, il se lance dans la réalisation de publicités. En 1997, il revient aux affaires avec l’écriture, la réalisation et la production d’un film qui connaitra son petit succès dans l’underground nippon Eating Schoolgirls, un métrage brassant le gore, le sexe et les accortes collégiennes. La suite de la carrière de Tomomatsu se partage entre le pinku (cinéma érotique japonais) et le V cinéma gore. Ses plus grands succès dans le genre seront Stacy, mettant en scène des lycéennes zombies et Zombie Self Defense Force. On lui doit une œuvre toute entière placée sous le signe de l’exploitation pure à base de sexe, de gore et de lycéennes en uniformes.

Son partenaire sur ce film, Yoshihiro Nishimura est plus connu (toutes proportions gardées) et s’est fait un nom dans le domaine des effets spéciaux. Né lui aussi en 1967, il se passionne dès l’enfance pour le cinéma et la peinture, plus particulièrement pour les œuvres de Salvador Dali. En véritable autodidacte, il passera tous son temps libre à apprendre la peinture, le maquillage, la photographie et la mise en scène. Son premier projet remonte a 1995 et est un minuscule film d’exploitation, Anatomia Extinction, qui remporte quelques récompenses locales et servira de base à Tokyo Gore Police. Ensuite, il se fera un nom dans le domaine des effets spéciaux, travaillant notamment sur Suicide Club, Noriko Diner’s Table et Strange Circus, tous trois de Sion Sono, Meatball Machine, Sukeban boy et Machine Girl qui l’installeront comme le roi des sfx gore. Outre ses petites productions, il participe aussi à de grosses machines comme Death Note L : Change The World ou Love Exposure. Il s’attellera ensuite à l’écriture et la mise en scène de Tokyo Gore Police. Il continue de collaborer avec cette petite bande en signant les effets spéciaux de Samourai Princess, RoboGeisha, Hard Revenge Milly et Yakuza Busting Girls. Son prochain projet et Mutant Girls Squad qu’il doit co-réaliser avec Noboru Iguchi et Tak Sakaguchi.

Chinopsis

Deux écolières sont entichées du même garçon. Mizushima est un mec séduisant avec sa coiffure adroitement négligée, ayant une singulière allure dans son uniforme d’écolier. À la St-Valentin, une nouvelle étudiante nommée Monami lui donne une boite de chocolats qui représente la vie, comme le disait un célèbre simple d’esprit. Cependant, en plus d’être nouvelle à l’école, Monami est également une vampire ; comme lesdits chocolats sont fourrés avec son sang, Mizushima se met à faire de méchants voyages en les consommant. Au moment même où il hallucine, Monami lui ouvre son cœur : elle veut qu’ils soient tous deux vampires, ensemble, pour toujours.

Nippon, ni mauvais ?

Si vous êtes friand de la Nouvelle Vague du Gore Nippon, vous avez déjà un petit aperçu de ce que réserve VGVsFG. Par contre, si vous êtes venu au film de vampires via « Le Phénomène Twilight », vous allez faire une drôle de gueule dès les premières images de la péloche de Nishimura et Tomomatsu. Le film démarre en effet par une scène de stob hyper poseuse, gore et folle rappelant sans conteste le Versus de Kitamura. On y voit une vampire en tenue de collégienne éclater, sous une pluie d’hémoglobine, un gang de méchantes. Celle qui sera l’héroïne du film y va si fort dans la violence qu’il ne reste après son passage qu’un petit tas de crânes humains sanglants. La Belle et La Bête ne font qu’une seule personne. Cette introduction tonitruante a le mérite de poser les bases du film. Ce sera gore, ce sera poseur, ce sera fun et bourré de pantyshot (miam) ! Cette première scène permet aussi de voir que les deux réalisateurs ont parfaitement su mêler leur style afin de créer une œuvre originale, empruntant aux deux univers sans que l’un des deux ne vienne phagocyter l’autre. On retrouve le gore outrancier et organique cher à Nishimura ainsi que l’art de la pose et l’imagerie typique de Tomomatsu. Ces deux-là ne se sont pas réunis pour le fun mais pour la gloire et en vue de livrer un nouveau jalon dans le petite histoire du gore japonais. Et force est de constater que les deux compères y sont largement parvenus, faisant de Vampire Girl un film à part à l’identité visuelle et thématique propre à mi-chemin entre comédie romantique, college movie, dorama, film de vampire et gore.

Passant outre la traditionnelle intrigue vengeresse, le duo, après une introduction certes hyper violente, prend le temps de poser son intrigue et ses personnages. Les premières vingt minutes de métrage ont tout de la comédie loufoque et font penser à une adaptation du Collège Fou Fou Fou. Cette manière de procéder n’est pas innocente car même dans le gore, on apprécie mieux le film si on s’attache aux personnages. Nos deux zozos vont donc prendre le temps de nous faire connaitre les trois principaux protagonistes. Monami, la Vampire Girl du titre interprétée par la super kawaii Yukie Kawamura, Mizuchima, le beau gosse du collège, joué par Takumi Saito, un habitué des doramas romantique locaux et enfin la bad girl Furano, petite amie au look loligoth de Mizuchima qui est elle incarnée par la non moins avenante Eri Otoguro que les amateurs ont découvert dans Onechanbara. Ces trois icônes forment les trois parties du triangle amoureux autour duquel l’intrigue va tourner mais les deux réalisateurs nous présentent en quelques plans très évocateurs le reste des élèves et professeurs autour desquels vont tourner pas mal d’intrigues secondaires. L’occasion était trop belle pour nos deux réalisateurs de brocarder la société japonaise, c’est ce qu’ils vont faire, en tirant à boulets rouges sur toutes les composantes de l’administration scolaire locale. En prennent pour leur grade les professeurs sans aucune autorité et sans cesse brimés, les ganguro (des groupes d’étudiantes aux cheveux décolorés, au bronzage surnaturel et maquillage outrancier qui les font passer pour des afro américaine), les loligoth, etc…On notera aussi le traitement réservé aux élèves suicidaires, le suicide par taillage de veines étant en passe de devenir une spécialité locale, via un fabuleux concours de taillage de poignets hallucinant de drôlerie et de gore. Bref tout ce petit univers étant enfin posé, l’on va enfin pouvoir entrer dans le vif du sujet : le gore. Et là, c’est un festival de tête coupées, membres arrachés et jugulaires tranchées car après tout, on est dans un film de vampires. Ici, lorsqu’un vampire mord un homme, le sang gicle en geysers pendant près de deux minutes non stop. On est loin des Twilight et autres films de vampires pour neurasthéniques à la Anne Rice.

VGVsFG se démarque aussi des autres films du genre par l’importance des personnages et des relations qu’ils tissent entre eux. L’amour est au centre de tout car si la situation dégénère c’est parce que Monami convoite un garçon qui n’est pas libre. Une banale histoire de collège comme on en voit tous les jours. Sauf qu’ici une des prétendantes est un vampire et l’autre, la fille d’un savant fou, descendant du Dr Frankenstein qui n’hésitera pas à recomposer sa fille chérie afin qu’elle puisse récupérer son amour. Autre point de démarcation, Vampire Girl joue énormément la carte de l’humour à un point tel que le film est une comédie avant d’être un splatter movie. Certaines scènes sont absolument hilarantes et le rythme est enlevé comme dans toute bonne comédie. La touche Tomomatsu parvenant parfaitement à encadrer les débordements gore loufoques de Nishimura qui restent malgré tout nombreux et jouissifs. On retrouve donc un côté Stacy très assumé associé au gore de Meatball Machine. Niveau mise en scène le film se pose là aussi. Malgré la touche cheap inhérente au genre, certaines scènes sont franchement réussies en termes de mise en scène et surtout le film regorge d’idées folles. La meilleure étant celle de pouvoir créer toutes sortes d’armes et d’objets à partir du sang de vampires. Cette capacité donne lieu à d’improbables scènes (la fuite sur roulette d’Eihi Shiina) et surtout apporte un regard neuf sur le rôle du sang dans le vampire flick. Parmi les autres motifs de satisfaction, on retrouve la poésie macabre et le romantisme morbide propre à Nishimura. On notera au passage la très belle scène dans laquelle Monami danse sous une pluie de sang provoquée par l’artère tranchée d’un pervers. Un grand moment de romantisme de poésie glauque. Au final, Vampire Girl Vs Frankenstein Girl est un film bien plus riche qu’il n’y parait, brassant et remettant au goût du jour de grands mythes horrifiques avec la fougue et l’allant propre à cette nouvelle génération de réalisateurs japonais. Pour simplifier, on tient avec VGvsFG une version drôle, fun et gore de Twilight et surtout une nouvelle preuve éclatante de la vivacité du cinéma underground japonais. Ami fantasticophile, choisis ton camp !

Disponibilité

Comme souvent dans cette rubrique, le film en question n’est pas disponible en zone 2 mais rassurez-vous, il existe une très bonne édition anglaise comportant le film en vosta, un making of de plus d’une heure et quelques autres petit bonus bien sympathiques. La galette est disponible chez 4DigitalMedia dans sa collection 4DigitalAsia.

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