Orient express

ORIENT EXPRESS - Une femme à sacrifier

18 juin 2009 | Par : Seb Lecocq

Sweet torture

L’œuvre

Une Femme à sacrifier est un film de légende, réalisé par un auteur de légende, Masaru Konuma, et interprété par une comédienne qui l’est tout autant, Naomi Tani, le reine du pinku eiga. Ce film est sans conteste le porte-drapeau de ce genre si particulier et tellement propre au Japon. Le pinku eiga donc, ou roman porno en français dans le texte. Genre mettant en scène, bien avant la vague torture porn, les sévices subis par une femme plus ou moins jeune et administrés par un bourreau plus ou moins jeune lui aussi. Des centaines de films se sont tourné sur ce simple canevas et si tous ne se sont pas élevés au rang de classique comme celui-ci, l’amateur y trouvera toujours de quoi se repaître tant les nippons prennent grand soin de donner une facture esthétique convaincante à leur production, même clairement orientée bis comme celle-ci.

Succes Storiz

Une Femme à Sacrifier s’est élevé au statut de classique du cinéma japonais aux côtés de films bien plus cotés comme Rashomon, Les Contes de la Lune Vague ou Voyage à Tokyo. Et ce n’est pas un mince exploit. Le film représentant un genre presque à lui seul, il est incontournable pour toute personne s’intéressant au cinéma de genre japonais. Les seventies au Japon furent les années les plus excitantes pour le cinéma de genre nippon, nombre de chefs-d’œuvre émergèrent durant cette période et Une Femme à Sacrifier fut sans conteste l’un de ses plus beaux fleurons. Le film, de par ses qualités graphiques et esthétiques évidentes, connut un succès immédiat dans son pays. Il faut dire qu’à l’époque, le sublime Naomi Tani était au sommet de son art. Le métrage connut une belle renommée d’estime en Occident, plus particulièrement en France et aux Etats-Unis. Une Femme à Sacrifier fait partie de ces œuvres qui transcendent les genres et les générations, il est d’ailleurs encore souvent cité en exemple aujourd’hui.

Chinopsis

Une femme croise son ex-mari recherché par la police. Obsédé par cette rencontre fortuite, le mari décide de kidnapper son ex-femme et de la séquestrer dans une cabane perdue dans la forêt japonaise. Là-bas, l’homme va assouvir ses fantasmes et déverser sur elle moult sévices à sa victime. Mais une rencontre va fissurer les apparences et les masques ne vont pas tarder à tomber.

Asian Star

Masaru Konuma est né le 30 décembre 1937 à Otaru. Il s’est spécialisé dans le roman porno (softporn nippon). La plupart de ses films seront tournés dans les années soixante et septante. 1974 sera une année faste pour Konuma, il réalisera coup sur coup Une femme à Sacrifier et Vices et Supplices, deux de ses œuvres les plus connues et les plus reconnues sur la scène internationale. Son œuvre explore les thèmes de l’érotisme et de la violence, plus précisément le fétichisme, le bondage et les pratiques SM. Parmi ses plus grands succès, on notera aussi La Vie Secrète de Madame Yoshino, Raped et Erotic Diary of An Office Woman. Un autre des sous-genre abordés par Konuma est la nunsploitation. Films érotiques eux aussi mettant en scène des bonnes sœurs aux mœurs plus que libérées. Konuma est toujours actif même si son dernier film, Nagisa date de 2000. Le célèbre cinéaste Hideo Nakata lui a consacré un documentaire intitulé Sadistic and Masochistic.

Nippon, ni mauvais ?

Une Femme à Sacrifier prouve que pour réaliser un film, il suffit souvent de pas grand-chose. Ici, deux acteurs, une cabane, une caméra et le tour est joué. Le reste dépend en grande partie du mec qui tient la machine. Et Konuma, en la matière, ne manque pas de talent, loin de là même. Le cinéma est avant tout une histoire de regards. Ici, tout commence par un regard, celui d’une femme qui croise celui d’un homme qu’elle a connu par le passé. Elle le regarde pendant que lui regarde une fillette en train d’uriner en pleine nature. Elle porte une ombrelle immaculée, il porte des lunettes noires. Elle symbolise le bien, il est le Mal. En un plan, magistral, toute la symbolique et la thématique du film est posée. Le reste du métrage n’est qu’une exploration des obsessions et de la psychés de ces deux protagonistes que tout semble opposer. La femme sera kidnappée alors qu’elle se recueille sur la tombe de sa défunte mère. L’homme est sans foi ni loi, la femme est pure.

Konuma est passé maitre dans l’art des sévices corporels et du bondage au cinéma. Le postulat de base de son film lui offre la possibilité de prouver une fois de plus toute son inventivité en la matière, bien aidé dans cette entreprise par une Naomi Tani au sommet de son art et de sa beauté. Passé une intro de dix minutes, la suite du film se passe presque entièrement dans un cabane perdu en pleine cambrousse. C’est dans cette pièce que la domination de l’homme sur la femme va s’exprimer. Loin de la vulgarité et de la violence gratuite de certains des torture porn contemporains, Konuma imprime une certaine distinction au supplice de cette femme. Malgré les outrages subis, à base de perversions sexuelles en tous genres, Naomi Tani n’en reste pas moins une femme magnifique qui ne se voit pas réduite à un amas de chair informe. Au contraire, la psychologie passe avant toute autre forme de violence, le cinéaste préférant s’attarder sur la psyché de ses personnages et les réactions de chacun. Celles du bourreau, celles de la victime et, par extension, celles du spectateur.

Peu à peu les frontières vont se troubler et, renversement étonnant,la domination va se muer en adoration voire même en amour. Sous une forme déviante, mais malgré tous les sentiments que porte l’homme à son ex-femme dont il redécouvre le corps, restent de l’amour. Dans cette cabane, la femme est en sécurité, malgré les tortures imposées par l’homme, on sait qu’au fond celui-ci ne peut pas la blesser ni la briser. Elle ne sera en danger que lorsque, parvenant à s’échapper de la cabane, elle sera violée dans la boue par des chasseurs à qui elle demandait de l’aide. Une transition forte qui permet de mieux aborder le personnage de l’homme dont les intentions et les actes ne sont en rien comparables à ceux des chasseurs. Si la perception du spectateur change, celle de la femme suit le même cheminement. Elle comprend enfin, ce que nous, spectateurs, avions déjà compris. De victime, elle va se muer en partenaire consentante ouverte au plaisir et aux jeux érotiques de son ex-mari. La mise en scène de Konuma suit ce cheminement elle aussi, la noirceur et la douleur fait peu à peu place à la lumière et à la symbiose des deux partenaires. Le couple semble enfin avoir trouvé une manière satisfaisante de s’unir et une routine s’installe entre eux. Routine toujours rythmée par les jeux sadomasochistes et pervers. D’ailleurs, le réalisateur n’hésite pas à filmer le corps et le visage de son actrice dans des positions on ne peut plus humiliantes mais malgré cela les images du film sont d’une beauté à tomber et Naomi Tani n’a jamais autant rayonné à l’écran. Malgré cela un événement inattendu va ouvrir le troisième acte du film et redéfinir les liens entre les personnages. Mais ne compter pas sur moi pour vous déflorer l’intrigue…à vos dvds !

Disponibilité

Une Femme à Sacrifier est disponible en Zone 2 sous-titrée en français dans une édition double comprenant aussi La Vie Secrète de Madame Yoshino, autre excellent film mettant en scène Naomi Tani. Le tout dans une belle édition signée Ciné Malta et trouvable dans toutes les bonnes crémeries !

Commentaires

Moi je l’ai déjà vu, et c’est vraiment un bon film.

26 octobre 2009 | Par marc

Cette article m’a donné envie de voir ce film.

15 octobre 2009 | Par

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