Orient express

ORIENT EXPRESS - The Human Lanterns

26 juin 2010 | Par : Seb Lecocq

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L’œuvre

Quand on pense Shaw Brother, on pense d’abord kung fu ou wu xia pian. Mais nous allons découvrir que parfois, Shaw Bros peut aussi rimer avec fantastique, horreur et violence débridée. D’ailleurs si la firme des quatre frères est surtout connue pour ses productions d’arts martiaux, durant sa longue existence, la Shaw a aussi produit en masse des comédies, des mélos, des comédies musicales et des films érotiques. Au tout début des années 80, surfant sur la vague du cinéma gore et du giallo, les frères sentent le vent tourner et comme l’appât du gain n’est pas la dernière de leur qualité, ils se disent : « Dis donc, si on balançait un peu de tripaille dans nos productions, ça pourrait rameuter du peuple, non ? ». Et hop voilà, le tour est joué. Sur une base de kung fu pian des plus classique, à savoir (guerre d’écoles, vieux maitres, complot oubliés et vengeance), le projet est lancé et à la vision du film, on remarque de suite une œuvre différente dans le catalogue de la firme hongkongaise.

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Inexplicablement, le film jouit d’un statut « à part » dans le catalogue de la Shaw. Non pas à cause de sa qualité supérieure, car le film est bon mais n’égale pas les plus grands chefs-d’œuvre de la firme maitresse de l’ex-colonie. Son statut si particulier, qui lui doit d’être distribué en video et dvd dans d’innombrables pays vient de son scénario, de ce titre et de sa jaquette rappelant toute une flopée de thrillers et de mondos italiens. Son ambiance y est bien sûr aussi pour quelque chose. Tous ces éléments en font l’un des films chinois les plus connus des amateurs alors qu’à la base, il ne s’agit que d’une petite production d’exploitation parmi tant d’autres. Même si on n’employait pas encore ce terme à l’époque, en son temps le film a généré un petit buzz qui le propulsa au rang de grand succès commercial de la Shaw Brothers

Chinopsis

Lang Shui et Tan Fu se livrent chaque année une bataille sans merci afin de remporter le titre lors de la compétition de la plus belle lanterne. Soucieux de remporter la victoire, Lang fait appel à l’étrange Chao dans le but de lui fabriquer l’objet lui assurant le titre. Mais Chao n’a qu’une seule idée en tête, se venger de Lang qui l’a humilié quelques années plus tôt. Chao va kidnapper et torturer le femme convoitée par Lang afin de faire souffrir celui-ci. Mais la machination mise au point par Chao est encore plus diabolique.

Asian Star

Sun Chung est un des nombreux réalisateurs ayant fait carrière dans le giron de la Shaw Brother. Né en 1939 ou 1941, selon les sources, il se lance très tôt dans des études de cinéma. Il fait ses armes dans le montage et la mise en scène de comédies taïwanaises. Ensuite, il s’essaiera à divers genre tels que le thriller, le film d’action ou le wu-xia-pian. C’est en 1970 que les pontes de la Shaw le remarquent et lui proposent d’intégrer leur écurie en tant que réalisateur. Son premier film pour la firme sera Devil’s Mirror, un wu xia pian fantastique nanti d’un budget très correct pour l’époque. A partir de là, il enchainera les films pendant près de vingt ans. Son point fort réside dans sa versatilité, il est capable d’officier dans tous les genres et son aisance technique, il est l’un des premier réalisateurs chinois à expérimenter les ralentis, la steadicam et est toujours à la pointe de la technologie. Les titres les plus emblématiques de sa filmographie sont The Human Lanterns, The Avenging Eagle, The Kung Fu Instructor, Judgement Of An Assassin et Sexy Killer. Il s’est retiré du monde du cinéma depuis 1991 avec le film Angel Hunter.

Nippon, ni mauvais ?

Human Lanterns est un film très étrange, un peu bâtard, coincé entre classicisme et modernité. Classicisme de par son devoir de respecter le cahier des charges imposé par le studio Shaw Brother, une véritable institution, et les envies d’expérimentations visuelles et graphiques voulues par Sun Chung. L’introduction du film préfigure en effet ce que seront les fameux catégorie III dix ans plus tard. Images décadrées, filtres de couleurs à gogo, ambiance suréalistico-fantastique et slow motion putassier. Et le film tout entier sera placé sous le signe de ce dilemme que Sun Chung ne résoudra jamais. Par là, j’entends qu’il ne choisira pas de privilégier l’approche classique voulue par le studio ou l’approche frontale qui est la sienne. Jouant sans cesse au médiateur avec Run Me Shaw, producteur de la bête, il parvient à faire des compromis et, au final, c’est le film lui-même qui sort grandi de cette opposition de point de vue.

Après une entrée en matière des plus fantaisiste, on continue sur les rails bien propres et rectilignes du thriller d’époque avec ses luttes d’influence entres riches maitres en arts martiaux, ses intrigues de cour, ses secrets enterrés et ses courtisanes aguicheuses. L’originalité du film tient dans l’élément déclencheur de l’intrigue, un concours de lanternes, vu d’ici ça semble plutôt étrange mais les lanternes en ce temps-là en Chine étaient un objet usuel tout autant qu’une œuvre d’art. Posséder une lanterne fabriquée par un artiste renommé était un signe de puissance et de richesse. Mais comme on est dans un film chinois avec Lo Lieh et Cheng Kuan Tai, ça va bien sûr se finir en jeux de mains et de pieds. Les deux artistes martiaux, deux des plus grandes références de l’époque, s’en donnent à cœur joie lors de leurs joutes martiales aux poings ou à l’épée. Chorégraphiées par le grand Tang Chia, chorégraphe ayant collaboré avec Cheng Cheh sur La Rage Du Tigre notamment, elles sont variées et toujours lisibles. Là encore Sun Chung amène sa touche via l’utilisation de ralentis à la Sam Peckinpah afin de jouer sur le côté héroïque et désabusé de ses personnages. Outre cette accentuation des caractères les slow-motions sont là aussi pour insister sur la violence des affrontements et renforcer le côté purement exploitation du film.

L’exploitation, venons-y. Elle est bien présente et de fort belle manière comme souvent dans les productions asiatiques. La mise en scène de ces séquences est toujours léchée et rappelle étrangement le cinéma gothique italien de par l’utilisation des filtres colorés et l’ambiance onirique qui s’en dégage mais avec cette touche de folie furieuse typiquement hongkongaise. Sun Chung n’hésite pas à décadrer son image, à employer des fish-eyes et à filmer des gerbes de sang pleins cadre, toujours dans l’optique d’y aller franco dans la violence. A ce titre le scène de confection de la lanterne est de toute beauté et rappelle des œuvres cultes comme Massacre A La Tronçonneuse ou Le Silence des Agneaux. L’autre composante essentielle du film réside dans ses scènes « magiques » et l’apparition de son bad guy démoniaque, sorte de singe maléfique, mi-fantôme, mi-ninja qui bondit dans une ambiance de wu xia pian horrifique afin d’approvisionner son maître en peau humaine. Oui je ne l’ai pas spécifié mais à la lecture du titre vous l’aviez deviné, la fameuse lanterne censée apporter la victoire est en fait préparée à base de peaux humaines, de petites pépées même, histoire de pouvoir montrer quelques jolies poitrines dénudées afin de rassasier les appétits voyeurs des spectateurs masculins.

Bref, The Human Lanterns s’avère être une belle pièce d’exploitation, ultra divertissante, très bien shootée et faisant honneur aux productions de la Shaw Brother. Un film qui ravira les amateurs de films différents, de mélanges des genres de gore, d’arts martiaux et de fantaisies horrifiques.

Disponibilité

Le film est disponible en zone 2 dans la collection Shaw Brother de TF1 vidéo. La copie est très correcte et accompagnée de bonus intéressants. Bref une jolie édition magnifiée par une très belle jaquette.

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