Orient express

ORIENT EXPRESS - The Blue Jean monster

11 mars 2009 | Par : Seb Lecocq

HK maniac

L’oeuvre

Bien qu’il en possède tous les atours, The Blue Jean Monster n’est pas un catégorie III. Juste un Catégorie IIb, que l’on peut comparer au NC-17 au States ou à notre bonne vieille interdiction aux moins de 16ans. La genèse de l’œuvre est très simple : l’envie d’un réalisateur d’offrir à un acteur le premier rôle qu’il mérite enfin. Car si le nom Shing Fui On n’est connu que par les fans vraiment hardcores du cinéma hongkongais, tout le monde ayant vu au moins un polar HK des années 80 connaît sa trogne burinée. Un visage si particulier et une mine patibulaire à qui il doit son enfermement dans des seconds rôles de maffieux, bad guys et autres tueurs. Mais il ne fait pas la fine bouche car ce sont ces rôles et cette gueule qui lui ont apporté une horde de fans dévoués. Petit budget, petit film, petite production mais grands talents. Voilà comment résumer efficacement cet ofni en une seule phrase.

Success storiz

Le film possédant un petit budget, il ne lui est pas difficile de rentrer dans ses frais, surtout que le métrage réalise un score honorable pour le marché HK : un peu plus de deux millions de dollars. Mais une fois de plus, c’est sur le marché de la vidéo que la petite renommée du film va se construire. Car soyons honnête, question renommée, The Blue Jean Monster n’est pas Ebola Syndrome ou Tetsuo, loin de là même. C’est une petite oeuvrette méconnue même de la plupart des amateurs de cinéma asiatique. Mais avec les films autres et de qualité, il suffit d’une poignée de fans et d’un bouche à oreille efficace pour remplacer toutes les stratégies marketing du monde. Et c’est de cette façon que le film a traversé les océans pour nous parvenir. Et c’est à mon tour que je tente modestement de vous le faire découvrir car, croyez-moi, il en vaut largement la peine. C’est donc d’une renommée très underground que jouit cet opus.

Asian star

Ivan Lai est un touche à tout comme on en retrouve des dizaines dans l’industrie hongkongaise. A la fois réalisateur, assistant-réalisateur, producteur, chorégraphe, scénariste et même compositeur et acteur occasionnel. Pas mal pour un seul homme. Il débute sa carrière comme assistant sur des petits classiques du polar local comme The Club, Final Justice ou L’Enfer Du Devoir. Il passe à la mise en scène avec un petit polar avant de réaliser, deux ans plus tard The Blue Jean Monster, le film qui va assurer sa modeste renommée et fortifier sa position de réalisateur confirmé. Par la suite, il démontrera tout son talent dans la comédie de tous poils et la catégorie III. Erotic Ghost Story III, les deux Daughter Of Darkness, Peeping Tom et The Imp sont sans conteste ses plus grandes réussites. On lui doit aussi le neuvième épisode de la série des Troublesome Night qui en compte dix-huit aux dernières nouvelles. Depuis 2004, il a pris un peu de recul et n’a plus rien tourné. Bref, Ivan Lai est l’une des chevilles ouvrières de l’industrie hongkongaise et est considéré comme un modeste et honnête artisan du cinéma.

Chinopsis

Tsu est un flic intègre, futur père de famille pour qui la vie est belle. Un jour, des méchants bad guys très vilains se mettent en tête de casser une banque et de prendre un otage du nom de Gucci, ça ne s’invente pas… Comme il est un bon flic, Tsu va intervenir, poursuivre les méchants, les arrêter, se faire écraser par un tas de ferrailles avant de revenir à la vie sous forme de zombie/fantômes/vampire dans des circonstances pour le moins rocambolesques. Les méchants en profitent pour se carapater vite fait, bien fait et l’otage, elle, va prendre possession du magot qui devient rapidement la cible d’une chasse au trésor menée par les casseurs et un Tsu revanchard, revenu à la vie.

Nippon, ni mauvais ?

The Blue Jean Monster est encore une de ces petites séries B bien décalées typiques du cinéma bis HK des eighties/nineties qui n’aurait pu voir le jour qu’à cet endroit et pas ailleurs. L’histoire ? Trop longue à raconter mais pour résumer, c’est une belle foire d’empoignes alternant la comédie, le polar et le film fantastique dans une joyeuse ambiance totalement foutraque et débridée. Les vingt premières minutes, au rythme effréné, en sont d’ailleurs représentatives. Le genre de truc à faire frémir n’importe quel producteur occidental.

On passe sans transition aucune d’une scène de vaudeville dans laquelle Buddha lui-même va y perdre son sanskrit à une scène érotico gastronomique à haute teneur humoristique (les mœurs à Hong Kong ne sont décidément pas les mêmes que chez nous). Ensuite on assiste a l’introduction du side kick comique de rigueur et on en profite pour se moquer gentiment des handicapés avant de passer à une scène de casse ultra-violente, membre arraché et « bullet in the head » à l’appui, digne des plus grands polars de l’époque, histoire de présenter les bad guys du film. Arrive ensuite une scène de course poursuite motorisée dantesque sur le périphérique hongkongais (le tout apparemment sans autorisation préalable), émaillée de belles grosses cascades au ralenti. Enfin ces vingt premières minutes se clôturent par la mort du héros et sa résurrection. Alors j’ai pas tout compris au procédé ramenant Tsu à la vie mais c’est pas bien grave. Seulement voilà, le premier surpris dans cette affaire, c’est bien Tsu lui-même. Parce que bon, revenir à la vie sous forme de zombie/fantômes/vampire, ça peut avoir quelques avantages quand on est flic (insensibilité à la douleur, force surhumaine, résistance aux balles) mais ça comporte aussi quelques désavantages de taille dans la vie de tous les jours (pourrissement des chairs, teint blafard, perte de libido, hypersensibilité au soleil, trouble du sommeil et bien d’autres tares que vous pourrez découvrir par vous-même).

Notre brave héros parvient tant bien que mal à tirer profit de cette situation qui donne lieu à quelques gags sympathiques (le gag des nouilles notamment), un peu de pâte de soja permet de combler les blessures et du fond de teint suffit à donner à Tsu un air humain tout ce qu’il y a de plus normal. Mais il va bien vite se rendre compte que tout n’est pas aussi simple. En effet pour continuer à « vivre », il doit se recharger en électricité, à la mode d’un portable Nokia. Ce qui, une nouvelle fois, va donner lieu à de nombreux quiproquos et situations rocambolesques provoquant même une sévère rupture de ton dans l’oeuvre. Shing Fui On, dix ans avant Peter Parker, ressassant sa condition surhumaine et méditant sur le fait que de grands pouvoirs entraînent de grandes responsabilités. Même si on parle beaucoup de comédie, l’action est toujours bien présente et l’histoire en est parsemée. Baston, course poursuite, fusillade, de ce coté-là aussi le cahier des charges est bien rempli. Et le tout avec des chorégraphies d’un excellent niveau signées Philip Kwok. Le final est d’ailleurs pas mal bourrin dans la tradition du genre : un hangar, des bad guys armés jusqu’aux dents, un gentil flic et ses potes ainsi que la traditionnelle femme enceinte qui va accoucher au beau milieu de ce bordel. Le tout est emballé avec savoir-faire par Ivan Laï, un habitué du genre qui respecte les codes de l’époque tant en matière de mise en scène, carrée et efficace, et de photographie, filtres bleus à gogo pour les extérieurs à l’appui… Doublé d’un scénario que je qualifierais de correct, même si le film part parfois dans le freestyle total, l’oeuvre finit toujours par retomber sur ses pattes pour suivre un fil rouge assez ténu mais suffisamment solide pour ne pas s’effilocher jusqu’à la fin. Enfin, comble du bonheur pour les amateurs, on retrouve la toujours généreuse Amy Yip au casting dans un costume très cosplay du plus bel effet. Une scène qui va longtemps hanter vos petits fantasmes nocturnes.

Disponibilité

Comme vous vous en doutez très certainement, ce petit bijou n’est malheureusement pas disponible en DVD dans nos contrées. Il n’est même plus disponible en DVD nulle part d’ailleurs. Le seul moyen de se le procurer est via la réédition en VCD de chez Fortune Star. Peu connu par chez nous, le VCD est un support encore très répandu en Orient. Très bon marché, une poignée de dollars, zone free et lisible sur tous types de lecteurs de salon mais d’une qualité très aléatoire, le vcd est le format idéal pour découvrir ce genre de films inconnus.

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage