Orient express

ORIENT EXPRESS - School on Fire

31 janvier 2013 | Par : Damien Taymans, Seb Lecocq

Paint it black

L’œuvre

School On Fire est le film qui clôt la fausse trilogie enflammée de Ringo Lam. Suivant de peu Prison On Fire et City On Fire, ce troisième volet est le plus sombre, le plus violent et le plus controversé aussi. Pourtant, s’il y a un film qui résume le cinéma de Lam, c’est bien celui-là : sujet polémique, mise en scène sur le vif et violence sèche. Ringo Lam collabore une fois encore avec Nam Yin, un ancien gangster qui deviendra l’un de ses plus proches collaborateurs, lui garantissant une vision hyper-réaliste et sans concession de la criminalité hongkongaise. Afin de coller au sujet et de renforcer la véracité du propos, le réalisateur ira poser ses caméras dans les quartiers les plus durs et les plus sordides de l’ex-colonie. Des quartiers qu’on ne voit jamais au cinéma et qui sont entièrement contrôlés par les Triades. Ce choix, en plus de renforcer l’atmosphère réaliste du film, influera sur la mise en scène, l’équipe ne pouvant pas s’attarder trop longtemps dans les rues, chaque plan sera empreint de la tension propre au quartier.

Success Storiz

De par son style, son sujet, son côté ouvertement rentre-dedans et aussi de par son accueil plus que mitigé (un bide au box-office local), le film est très mal perçu par la police locale qui l’accuse de dresser un portrait trop positif des Triades (à se demander s’ils ont vraiment vu le film) ainsi que par les Triades elles-mêmes qui voient dans l’œuvre de Lam une description mensongère et bien trop négative de l’organisation. Il semble évident que tout le monde s’est ligué contre le film. D’ailleurs School On Fire est resté longtemps introuvable avant d’être édité en vcd, qui est resté pendant longtemps le seul support disponible sur lequel on pouvait le voir. Mais peu à peu le bouche à oreille finit par faire son office et la grande qualité du film va en faire une œuvre vraiment à part et saluée par tous, même si par rapport aux deux autres pans de la trilogie, il reste encore fort méconnu. Ringo Lam n’ayant pas choisi la facilité en shootant un film coup de poing au sujet difficile et sans star au casting.

Asian Star

Né en 1955, Ringo Lam fera ses premiers pas dans le monde du cinéma via l’école de comédie de la TVB qu’il intègrera dès l’âge de 18ans. Là-bas, il fera la connaissance de Chow Yun Fat qu’il dirigera plusieurs fois par la suite. A la fin des années 70, il part poursuivre ses études au Canada avant de revenir à Hong Kong pour entrer dans la production aux côtés de Karl Maka. C’est d’ailleurs ce même Maka, pilier de la compagnie Cinéma City, qui lui confiera les clés de la réalisation de son premier film : Esprit d’Amour en 1983. Lam enchaine les films sans vraiment connaître le succès. Il faut attendre sa collaboration avec Chow Yun Fat sur Prison On Fire et City On Fire pour qu’il se fasse un nom dans l’industrie du cinéma local. Désormais, il fera partie des « Trois Grands » aux côtés de Tsui Hark et de John Woo. Pendant une dizaine d’années, il tournera des films comme Full Contact, Double Dragon, Le Temple Du Lotus Rouge ou un Undeclared War au casting international. Comme beaucoup, durant la période de rétrocession autour de 1997, il alternera le tournage de films avec Jean-Claude Van Damme aux Etats-Unis et des productions hongkongaises telles que Full Alert, The Suspects ou The Victim qui figureront parmi ses meilleures réalisations. Ringo Lam se fait rare, blacklisté par beaucoup de producteur locaux, il effectuera son retour en 2007 aux côtés de Tsui Hark et Johnnie To pour signer le meilleur segment de Triangle. Il n’a plus rien tourné depuis lors.

Chinopsis

Une jeune lycéenne est témoin d’une bagarre devant son établissement scolaire. Les triades comme la police font pression sur elle afin de témoigner en leur faveur. Face aux agressions de toutes parts et poussée à bout par les triades, elle sombre peu à peu dans la prostitution. Un professeur, son père et un flic vont se liguer pour la sauver.

Nippon, ni mauvais ?

School On Fire, bien que moins connu qu’un City On Fire rendu célèbre par les emprunts de Tarantino ou que ses films avec notre Jean-Claude Van Damme national, reste le chef-d’œuvre de Ringo Lam. Du moins, le film le plus représentatif de son cinéma. Un cinéma incandescent, au corps. Un cinéma de combat qui ne fait aucune concession et filme juste. School On Fire est un film qui vaudra à Lam de nombreux ennuis par la faute du contenu ouvertement subversif, critique et politique du récit qui plonge dans les bas-fonds de Hong Kong et dépeint le milieu des gangs de façon hyper-réaliste et crue. Il n’utilise pas de fard et se passe du filtre de la fiction. Pas de gangsters magnifiques, ni de chevaliers des temps modernes à la John Woo, les truands de School On Fire sont des crapules, des salauds qui ne reculent devant aucune bassesse allant jusqu’à recruter et racketter dans les cours d’école. Leur influence néfaste se fait sentir à chaque instant, dans toutes les classes de la société.

Ringo Lam y jette toute sa colère et toute sa haine envers la société hongkongaise. Une fois de plus, son style urbain et sec qui rappelle les grandes heures de Don Siegel ou de Michael Winner fait mouche et met superbement en image le scénario de Nam Yin, ancien truand rappelons-le, dans un film jusqu’au-boutiste à la violence parfois inouïe. Une violence qui s’exprime par des bagarres où les coups de poings, de pieds et les armes blanches se taillent la part du lion. Point d’armes à feu ici, juste des coups qui font mal, qui frappent fort et amochent les corps. Lam met un point d’honneur à rendre ses bagarres les plus réalistes possible en évitant les chorégraphies martiales. On ne se bat pas, on se bagarre, on s’empoigne, on se jette au sol. Deux coups de poing et c’est terminé. Un homme gît sur le sol. Ces scènes de bastons illustrent la mise en scène du réalisateur. La violence froide et la dureté des coups représentent la force de ses cadres et la sécheresse de son montage. Lam n’a ni la folie créatrice de Tsui Hark ni la mise en scène ample et opératique de John Woo. Mais il a cette capacité à cadrer juste et à instaurer un climat de tension urbaine.

Le film montre l’influence omniprésente et constante des Triades sur l’ensemble de la société hongkongaise. En s’appuyant sur un lycée gangrené par la mafia locale, il met en lumière l’incompétence et l’inaction de la société toute entière. Des professeurs apeurés à la direction qui étouffe les affaires en passant par les policiers qui laissent faire. Tout le monde s’incline devant la toute-puissance des Triades. Le portrait des l’organisation que dresse Lam est peu flatteur : elle est composée de petits escrocs sans foi ni loi représentés par Big Brother (impressionnant Roy Cheung), un petit boss violent, manipulateur, arrogant et grande gueule qui profite de ses quelques relations pour échapper aux autorités qui sont, de toute façon, corrompues. Pourtant, au milieu de ce cloaque, se débattent un professeur révolté (Damian Lau impeccable) et un policier intègre (Nam Ching Yin étincelant) qui, face à un tel déchainement de violence, devront combattre le feu par le feu dans une terrible vendetta qui ne peut se terminer que dans le sang et les larmes. La violence présente à l’écran découle directement de l’ambiance délétère régnant sur le plateau. Parti tourné dans les quartiers les plus durs de Hong-Kong, Lam sera à plusieurs reprises victime des intimidations des gangs se disputant le territoire...

School on Fire est le plus noir de la trilogie "On Fire "et de la filmographie de son auteur. C’est un film qui met la pression et qui ne la relâche jamais. La première partie montre une école aux prises avec les Triades qui recrutent de jeunes caïds afin de faire régner la terreur dans les classes. Viols, extorsions, bastons, tout est bon pour asseoir son emprise sur les jeunes lycéens laissés à l’abandon par l’ensemble de la société. Lam et son scénariste dépeignent un monde scolaire corrompu et pourri jusqu’à la moelle. Le constat d’échec est total et Ringo Lam renvoie dos à dos les maffieux et les autorités judiciaires. La seule solution pour combattre la violence est la violence.

Le film ne laisse aucun espoir de salut et ne propose aucune solution à long terme, ce qui rajoute la désespérance au malaise. Il faudra l’intervention d’un policier entêté, d’un professeur revanchard et d’un père assoiffé de vengeance pour venir à bout des Triades. Dans une scène d’une violence inouïe au symbolisme puissant. En effet, c’est ce père qui, armé d’une machette, va trancher le bras de Big Brother inondant le tableau noir de la salle de classe de sang. Le sang des Triades, comme une façon de laisser une trace indélébile sur l’école. Big Brother est mort, l’étudiante est vengée mais d’autres viendront et prendront sa place. School On Fire se termine dans la noirceur et l’absence d’espoir. Un film fort, puissant, désespéré et d’une noirceur abyssale. Le cinéma de Ringo Lam tient tout entier dans ce film.

Disponibilité

Le film, contrairement à Prison On Fire et City On Fire, n’est disponible qu’en vcd ou en dvd simple sous-titré en anglais, sans aucun bonus et à la qualité tout juste acceptable.

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