Orient express

ORIENT EXPRESS - Rapeman

1er mai 2009 | Par : Seb Lecocq

Gentleman violeur

L’œuvre

Rapeman fait partie de ces films typiquement montés et destinés pour le marche vidéo nippon, la niche la plus libre et libertaire du cinéma mondial. C’est simple, dans le V-Cinéma japonais, tout est possible, je dis bien tout. Plus encore qu’à Hong Kong et sa célèbre category III, les films produits pour ce marché ressassent invariablement les mêmes thématiques racoleuses et putassières à savoir sexe, violence et grand n’importe quoi. L’œuvre présentée est l’adaptation d’un manga à sucées de la péninsule. Reipuman de Shintaro Miyawaki et sa partenaire, la scénariste imaginaire Keiko Aisaki. Miyawaki s’est en effet inventé une fausse scénariste féminine afin de calmer les débuts de polémiques liées à l’image de la femme présentée par ses histoires. Un sacré petit margoulin, ce Miyawaki. Il faut savoir que le viol et, plus largement, la domination soft ou hard font partie des lubies sexuelles masculines les plus populaires. Mais ici le réalisateur détourne ce code, la pureté quasi virginale de la victime face à la bestialité primale de l’homme, pour montrer des femmes abusées, des créatures abjectes, vénales et à la limite, juste bonnes à se faire punir. Le viol revêt l’allure d’un acte justifié et presque honorable.

Succes Storiz

Le film distribué sur le marché vidéo connut son petit succès puisqu’il fut suivi de trois suites, toutes réalisées par Takao Nagaishi. Le genre super-héros à caractère sexuel est un classique du marché, on ne compte plus les adaptations successfull de Keiko Kamen ou Maboroshi Party. Le film, de par son statut bien particulier, produit et distribué par et pour les Japonais, n’a connu aucune exportation en Europe et n’en connaitra visiblement jamais. Mais comme toujours avec ce genre d’œuvres, il suffit d’une poignée de défricheurs de l’extrême, d’aventuriers de l’underground cinéphilique pour faire découvrir ce genre de productions complètement autres et impensables chez nous.

Chinopsis

Keisuke, jeune instituteur propre sur lui dans un lycée de filles au Japon se transforme en justicier masqué la nuit. Officiant sous le nom de Rapeman (Reipuman en v.o), il châtie les criminelles féminines aidé de son seul membre érigé et droit comme la justice. Pour rentabiliser la chose, il monte une entreprise « Rapeman Service ». Mais bien vite, le Rapeman va être piégé et se retrouver coincé au milieu d’une vaste escroquerie montée par des hommes politiques véreux et des yakuzas.

Asian Star

Takao Nagaishi n’est pas Shyn’ia Tsukamoto, c’est un fait. Cependant, cela ne l’empêche pas de réaliser des films corrects et appliqués. Il est ce que l’on appelle communémenti un yes man. Il débute sa carrière en tant que réalisateur de séries télés, les célèbres tokusatsus ou super sentai comme Super Beast Task Force Liveman ou High-Speed Task Force Turboranger. Des séries bien entendu inconnues chez nous. Il passe au long métrage avec Rapeman en 1992, deux ans plus tard il donnera trois suites aux aventures du violeur justicier. Plus tard, en 2001, il s’attaque au mythe Kamen Raider avec trois films mettant en scène le raider masqué, le point d’orgue de sa carrière reste Kamen Raider the First réalisé en 2005. Dernièrement il a réalisé Gekijô-ban Kamen Raidâ Den-Ô : Ore, tanjô avec les bombastic Aki Hoshino, Rina Akiyama, deux excellentes raisons de le voir.

Nippon, ni mauvais ?

Attaquons Reipuman a.k.a Rapeman en english. Le film qui fait passer Charles Bronson pour un gentil grand-père accroc au jardinage, et Raped By An Angel et son twist final de très bon goût pour une gentille comédie familiale.

Reipuman, qu’est ce que c’est ? Ou plutôt qui est-ce ? C’est une sorte de super-héros/vigilante masqué (vêtu de cuir noir avec un masque de hockey de la même couleur sur le visage) qui fait payer très cher les femmes (souvent jolies) qui se jouent de ses congénères masculins. Et, entre nous, entre celles qui abusent de leur charme pour détourner un homme marié du droit chemin, celles qui trompent leurs maris ou encore celles qui couchent pour réussir, Dieu sait si notre héros est un homme surbooké. Car son but premier n’est pas le plaisir mais la justice. Reipuman est avant tout un homme droit et respectueux de la loi. Tant et si bien qu’il a carrément monté une entreprise dénommée "Rapeman services", grâce à laquelle moyennant une somme d’argent coquette, le rapeman se charge de violer les dames qui ont fauté tout en leur admonestant un message de la part du commanditaire. Message qui commence invariablement par "I have a gift for you" pendant que la caméra cadre notre Rapeman en train de dézipper sa fermeture éclair. Du grand cinéma.

Tout se passe bien dans le meilleur des mondes pendant la première demi-heure : les demoiselles fautent, les hommes payent et le Rapeman fait régner la justice. Ca c’est pour la nuit, car la journée, lunettes Clark Kent style sur le nez, il endosse sa tenue de professeur bien sous tous rapports dans un lycée de jeunes filles. Sans doute afin d’observer ses futures victimes. Comme tout super-héros masqué, notre rapeman mène une double vie. Mais, bien vite, le scénariste se retrousse les manches et plonge le violeur vengeur au centre d’une machination et d’un vaste complot politique orchestré par des membres véreux du gouvernement japonais et des yakuzas. Rien que ça. C’est donc seul, uniquement aidé par une journaliste, et équipé de son arsenal de justicier (son zguègue, sa paire de menottes et son couteau « papillon »), qu’il va s’attaquer au crime ! Bien entendu, la parité homme-femmes est respectée chez les criminels aussi.

Rapeman fait partie de ce genre de films résolument "autres" comme seuls les Japonais peuvent les faire. Il apparaît impossible et inimaginable de produire un film de ce genre dans nos jolies contrées... Son pitch n’est pas sans rappeler la série des Hanzo The Razor, l’histoire d’un policier qui utilise son membre comme matraque afin de faire parler les suspectes. Mais soyons sérieux deux minutes, il est évident qu’un tel film se place bien sûr dans le pur cinéma d’exploitation. Mais du cinéma d’exploitation bien fait et artisanal comme les Nippons savent le faire, avec respect et talent. Filmé en scope, pas trop mal éclairé (enfin d’après ce que j’ai pu voir car la copie dvd n’était pas extraordinaire) ni joué. Après, bien évidemment, le film souffre des habituels défauts inhérents au genre et aux budgets ridicules qui lui sont dévolus, cependant le réalisateur parvient à s’en tirer sans trop de casse et livre un film plaisant à suivre, rythmé, certes convenu mais toujours réalisé dans les règles de l’art.

La force du film est de détourner certains codes du cinéma érotique japonais pour au final livrer un métrage plus réflexif et moins racoleur qu’il n’y parait. Parallèlement à ça, Nagaishi, truffe son film de références au J-dorama (feuilletons télévisés japonais mélodramatiques sirupeux, moralisateurs et bien pensants) lui conférant un indéfectible sérieux tout en saupoudrant l’ensemble d’une touche d’humour noir discutable et de satire politique. Au-delà de son sujet complètement what the fuck, le film reste très soft et se pare des plus beaux atours du cinéma conventionnel. Evidemment, le thème principal peut en choquer certain(e)s mais, au final, la morale est sauve car il faut garder à l’esprit que le Rapeman ne fait qu’appliquer la loi, nom de nom ! Mais il le fait dans un autre but, beaucoup plus philanthropique et désintéressé que je me garderais bien de déflorer dans ces lignes. Finalement, complètement chtarbé dans son fond mais très classique dans sa forme, Reipuman s’inscrit dans la longue lignée des films d’auto-défense car, comme le dit sa devise, "Rapeman : Righting Wrong through penetration !"

Disponibilité

Bien entendu, le film n’est pas disponible dans nos contrées. La seule édition sous-titrée en anglais est un dvd zone 1 américain distribué par Lost Silver. Il existe aussi une édition japonaise chez Pink Pinneapple, éditeur spécialisé dans le pinku eiga. Cette dernière ne bénéficie d’aucun sous-titre.

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