Orient express

ORIENT EXPRESS - Raped by an angel

24 juillet 2010 | Par : Seb Lecocq

Libérez vos fantasmes

L’oeuvre

Raped By An Angel. Tout est dans le titre. Le film entre dans la catégorie du rape and revenge, spécialité que les asiatiques ont fait leur. Habituellement, le genre reste l’apanage des Japonais mais ce grand escogriffe de Wong Jin s’est dit que le filon était trop juteux et qu’il serait bête de ne pas l’exploiter. Il imagine donc un scénario aisément transposable au cinéma, susceptible d’appâter le fan de genre et de péloches déviantes sans s’annihiler le grand public promettant le succès du film et donc de substantielles rentrées d’argent. Tout l’art de Wong Jin tient dans sa capacité quasi surnaturelle à créer des succès et à rapporter des pépètes. S’il signe le scénario, Wong fait appel à Andrew Lau qui n’était alors qu’un de ses yes man attitrés afin de mettre en boite ce petit film d’exploitation destiné à rassembler les deux publics (cinéphiles aguerris et grand public). Ses réseaux permettent à Wong de rameuter du gros niveau casting puisqu’on retrouve Simon Yam, l’autre roi du Catégorie III et pour le quota nudité, on peut toujours compter sur la sémillante Chingmy Yau qui deviendra plus tard madame Wong Jin.

Success Storiz

Gros succès a Hong Kong, le film engendra quatre suites à la qualité décroissante, excepté pour le quatrième épisode, totalement fou, le bien nommé « Rapist’s Union ». Une fois de plus, tout est dans le titre. Sorti en grandes pompes dans les salles de l’ex-colonie, le film connait immédiatement le succès. Plébiscité par le public masculin, cible première du film, mais plus surprenant, par les jeunes qui vont le voir en couple, comme n’importe quel slasher de base. Pourtant, le film ne s’adresse pas à tout le monde et imaginer un seul instant qu’une telle œuvre déplace les foules dans nos contrées tient du rêve éveillé voire du fantasme absolu alors qu’à Hong Kong, ce métrage engrangea des bénéfices habituellement réservés aux grosses machines estivales. Fort de son succès local, Raped By An Angel se fait un nom dans les cercles asiatophiles d’Occident. Le film devient vite le sujet de toutes les conversations entre amateurs du genre même si l’import reste jusqu’à il y a peu, le seul moyen de le voir légalement. Raped By An Angel reste un film que tous les fans d’asiateries et de rape revenge se doivent d’avoir vu. Il est, à l’instar de Thriller, Day OF The Woman et La Dernière Maison sur La Gauche, un des plus grands classiques du genre.

Chinopsis

Sous des dehors de garçon affable et d’avocat propre sur lui, Chuck cache une fascination pour les pratiques sexuelles déviantes. Lassée de ces mises en scènes, sa petite amie finit par le plaquer un soir où Chuck dépasse les bornes. Qu’à cela ne tienne, il est bien décidé à mettre le grappin sur ses nouvelles voisines, un duo de comédiennes stars de la publicité. Ni une ni deux, Chuck se transforme en violeur en série qui, en plus du « simple » viol, trouve un malin plaisir dans le fait de faire chanter ses victimes. Pourtant, une femme est bien décidée à se venger et à en finir avec Chuck ; elle va, pour cela, demander l’aide d’un parrain des triades.

Asian Star

Andy Lau est un réalisateur typique de l’industrie hongkongaise. Né en 1960 sur l’ile d’une famille modeste, il développe très tôt une passion pour la photographie. Des la fin de ses études, il entre à la Shaw Brother et officie comme assistant caméra sur Legendary Weapon of China. Plus tard, il gagnera une petite renommée dans le milieu des chefs-opérateurs en signant la photo de films comme Millionaire’s Express, City On Fire ou As Tears Go By de Wong Kar Wai. Il passe ensuite à la réalisation de films en mettant en scène quelques petits films confidentiels. Lorsqu’il signe Raped By An Angel, Andrew Lau n’est encore qu’un yes-man quelconque quand il rencontre Wong Jin qui va faire de lui un réalisateur rentable à défaut d’être talentueux. Il connaitra le succès avec la série des Young And Dangerous, films de gangsters phénomènes pour la jeunesse locale. Il gagne ensuite son statut de réalisateur à succès avec The Stormriders et sa suite A Man Called Hero. Si le public le suit, la critique le traite comme un vulgaire technicien doué mais soumis au bon vouloir de ses producteurs. Sa rencontre avec Alan Mak va tout changer car ensemble, ils signeront les meilleurs polars de ces dix dernières années avec Infernal Affairs et Infernal Affairs II. Ces deux oeuvres restent à ce jour ses meilleurs films. Il tente de rééditer l’exploit avec Confessions Of Pain, toujours avec Mak, mais si le film est correct, on est malgré tout bien loin de la qualité d’Infernal Affairs.

Nippon, ni mauvais ?

Il faut savoir qu’avant Raped, Wong Jin sortait de la réussite phénoménale de Naked Killer, sorte de version décérébrée, violente et sexy du Nikita de Besson. Peu soucieux de son art, Wong Jin produit Raped By An Angel qui est renommé alors Naked Killer II afin de surfer sur la vague bien que les films n’ont absolument rien en commun. Pour noyer le poisson, ce petit fripon inclut des plans d’explosions et de scènes d’actions pétaradantes dans le trailer officiel du film. Ca montre l’intégrité du bonhomme. Le film va vite reprendre son véritable patronyme, bien meilleur, lorsque le succès commence à pointer le bout de son nez.

Le métrage s’ouvre sur une scène de tension, une scène de viol, plutôt bien foutue et bien éclairée, histoire de mettre directement le spectateur dans l’action. La scène s’avèrera être une simulation de viol entre Chuck et sa copine. Voilà comment on pose les bases d’un personnage à Hong-Kong. Tout margoulin qu’il est, Wong Jin n’en reste pas moins un producteur de génie, capable de vendre du sable à des bédouins et, flairant le bon coup, il se dit que ce ne serait pas idiot de retourner les codes du genre et de présenter le serial violeur comme le héros de son film. Le principal protagoniste ne sera donc pas la virginale vengeresse mais le queutard sans vergogne, le salopard masqué. Wong Jin intègre donc les codes du slasher et l’icônisation de son méchant à un canevas typique de rape and revenge. Et c’est dans cette inversion de valeurs que réside la force du film. Wong Jin s’inspire aussi de nombreux serial killers pour créer le personnage de Chuck. Bien sous tous rapports, intégré dans la société, avocat et toujours bien habillé, il cache au fond de lui ses penchants scabreux et pervers.

Evidemment classé catégorie III, Raped By An Angel n’est pas le festival de déviances, de violence et de nichons que l’on pourrait attendre. Le film est au contraire plutôt posé, enfin façon de parler, dans sa forme mais vraiment extrême et outrancier sur le fond. Raped premier du nom est un festival de machisme, de sexisme, de transgressions de tabous à la pelle. Tout au long de la série on découvre des références à l’inceste, à la pédophilie, au nazisme, à la torture, au racisme… Le tout balancé comme ça sans aucune autre intention que de choquer. Wong Jin tentera bien de nous faire passer tout ça pour de la transgression politique et pour une sensibilisation de la société hongkongaise sur le problème du droits des femmes et du machisme galopant. Autant vous dire qu’on n’y croit pas une seule seconde. La seule préoccupation de Wong Jin est de faire de l’argent, un point c’est tout. Le film est pourtant avare en violence et en sexe, on ne voit quasiment rien. Les voyeurs et autres maniaques du gore en seront pour le frais, mis à part une scène de démembrement à la tronçonneuse mais même cette séquence reste bien timorée. Raped By An Angel est intéressant car il aborde une autre facette de la catégorie III.

Andrew Lau profite de cette histoire et saisit l’opportunité pour faire ses gammes et force est de constater qu’il emballe son film de la plus belle manière. La mise en scène est soignée et la photographie parfaitement réussie. Niveau scénario, le film égraine les scènes de viol avec parcimonie et se centre donc sur Chuck, interprété par Mark Cheng et sur ses activités sexuelles. Mais Chuck n’est pas qu’un obsédé sexuel soucieux de tirer son coup vite fait, bien fait. Ce qui l’intéresse, c’est avant tout la traque, le harcèlement, l’élaboration de stratagèmes pervers afin de piéger ses victimes. Toute le première partie du film se centre sur cet aspect de Chuck, sorte de Hannibal Smith des violeurs élaborant des plans se déroulant sans accroc. Survient ensuite la tant attendue scène de passage à l’acte qui sera suivie du procès de Chuck qui parviendra a s’innocenter en rejetant les torts sur la pauvre victime qui l’aurait chauffé plus que de raison et qui donc, mérite ce qui lui est arrivé. Je vous avais prévenu, ami de la morale bien-pensante, passe ton chemin. Voilà pour la partie rape. Passons maintenant à la partie revenge qui s’annonce sacrément barrée dans sa tête et promet un des dénouements les plus déviants qu’il m’ait été donné de voir. Graphiquement, ce dénouement est d’une sobriété absolue (enfin façon de parler bien sûr), mais le twist qu’il réserve est d’une perversité quasiment sans égale et totalement inimaginable chez nous. Aucun réalisateur occidental n’oserait une telle scène alors que là-bas aucun problème de morale ne se pose réellement. La bienséance on s’assoit dessus bien gentiment, du moment que ça rapporte de la thune. Contrairement à la masse des catégories 3 sortis durant l’âge d’or du genre, Raped By An Angel est parfaitement premier degré, du début à la fin. Seul Simon Yam tente d’apporter un peu de folie là-dedans mais cela reste bien maigre.

Raped By An Angel, malgré l’énormité de son sujet et son total irrespect envers les femmes, reste un film éminemment respecté à Hong-Kong et constitue le témoignage d’une époque aujourd’hui révolue où tout était possible tant graphiquement que moralement. Je le répète une dernière fois, Raped n’est en rien un film gore ou sexuellement explicite mais son capital répulsion se base essentiellement sur les idées qu’il véhicule et qui en disent long sur l’industrie du cinéma local et sur la société hongkongaise en général. Raped By An Angel est comme une plaie ouverte découvrant les entrailles de l’ex-colonie. Juste pour le fun, pour terminer je vous livre les titres des séquelles. Raped By An Angel II : Uniform Fan. Raped By An Angel III : The Sexual Fantasy Of The Chief Executive. Raped By An Angel IV : The Rapist’s Union. Raped By An Angel V : The Final Judgement. On peut aisément, à la simple lecture des titres, imaginer quels tabous et quels fantasmes masculins seront évoqués dans ces suites. Vous l’aurez compris, Raped By An Angel est un film à regarder en couple avec votre chère et tendre moitié.

Disponibilité

Le film, tout déviant qu’il est est disponible en Zone II accompagné de sous titres français. Il est sorti dans la collection éditée par HK Video consacrée au catégorie III. Le film est présenté dans une version simple comprenant le film en version originale, des sous-titres français et pour tous bonus les bandes-annonces des autres titres de la collection.

Commentaires

Encore un très beau papier de notre "asiatophile" attitré Seb !

24 juillet 2010 | Par Vivadavidlynch

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