Orient express

ORIENT EXPRESS - Pulgasari

20 août 2011 | Par : Seb Lecocq

Supreme Commander of the Korean People’s Army !

L’œuvre

Toute l’originalité de ce film, Pulgasari, tient dans son pays d’origine. Un des pays les plus fermés du Monde et dont on ne connait presque rien. Un des pays les plus secrets et fascinants à la fois. Les plus détestés aussi. Je veux bien sûr parler de la Corée Du Nord. Si leurs voisins du Sud ne cesse, depuis une bonne dizaine d’années maintenant, de nous abreuver d’œuvres de qualité, l’Empire Du Nord, lui, comme à son habitude, reste très discret. Il est toujours très difficile de déceler le vrai du faux lorsque l’on revient sur un film et, souvent, plus le métrage est culte, plus la légende prend le pas sur la vérité « historique », mais alors quand on parle de La Corée Du Nord, là, les informations vérifiées se comptent sur les doigts d’une main de lépreux. Toutefois, on sait que Kim Jong-il est un fondu de cinéma et qu’il produit et réalise des centaines de films pour son plaisir et celui de sa cour. Il n’a (malheureusement ?) pas réalisé ce Pulgasari mais en assure tout de même la production.

Succes Storiz

Parler de succès quand on évoque Pulgasari est difficile. Il est impossible d’avoir les chiffres en provenance de Corée Du Nord. Toutefois, Pulgasari est sorti en salle au Japon, le film étant en partie financé par des fonds nippons, pays du Kaiju Eiga par excellence et y rencontra un succès tout relatif. Maintenant, comment un tel film est parvenu à traverser les frontières pour parvenir jusqu’à nous ? Le bouche à oreilles d’un côté, et de l’autre, un film de monstres nord-coréen, c’est un peu comme un slasher guatémaltèque ou un torture porn éthiopien : tout le monde à envie de voir ça et le travail d’une bande de défricheurs de l’extrême avides de découvrir de nouveaux cinémas. Il n’en faut pas plus pour que le nom « Pulgasari » surgisse sur les réseaux asiatophiles, excitant un peu tout le monde. La démocratisation d’internet a aussi permis au film de se faire découvrir via l’échange de fichiers et le téléchargement (bouh, c’est très mal). Il n’en faut pas plus pour faire naître une légende.

Chinopsis

L’histoire est très classique et embrasse celle du kaiju standard crée entre autres par Godzilla même si on peut trouver plusieurs spécificités propres à l’idéologie totalitariste nord-coréenne. L’action du film se passe au XIVème siècle. Taksae, un forgeron qui est emprisonné pour rébellion, façonne une poupée à l’aide de riz qu’il nommera « Pulgasari ». A la mort de Taksae, sa fille emporte la petite poupée de riz et l’imbibe accidentellement de son sang. A partir de là, le monstre grandit de plus en plus en se nourrissant de fer. Plus il grandit, plus il devient une menace pour le gouvernement en place.

Asian Star

Le réalisateur, Shin Sang-ok, est un réalisateur sud-coréen plus que prolifique, bien qu’il soit avant tout connu pour son implication plus ou moins volontaire dans l’industrie cinématographique nord-coréenne. D’après la petite histoire, Kim Jon-Il aurait kidnappé Choi Eun hee, une actrice sud-coréenne, et Shin Sang-ok aurait été enlevé lui aussi alors qu’il enquêtait sur la disparition de la comédienne. Maintenant, la réalité est certainement moins mélodramatique car il se dit que le dictateur nord-coréen voulait s’allier à un réalisateur reconnu afin de redorer le blason de l’industrie nationale et de mettre en scène les fameux défilés militaro-ouvriers locaux. Mais sa carrière au Sud de la frontière est marquée par sa participation au premier film produit après l’indépendance du pays, Viva Freedom. Ensuite, il fut surnommé « Le Petit Prince du cinéma coréen » après ses premières réalisations. Il fut très actif jusqu’à la fin des années soixante durant lesquelles il réalisa deux à trois films par an avant son « escapade » nord-coréenne. Il revient aux affaires à Hollywood sous le pseudonyme de Simon Sheen où il produira la série des 3 Ninjas. Shin mourut en 2006 et reçut à titre posthume la plus haute distinction coréenne réservée aux artistes : la Gold Crown Culture Medal.

Nippon, ni mauvais ?

Pourquoi parler aujourd’hui de Pulgasari ? Parce que c’est un film remarquable ? Non. Parce que c’est un nanard magnifique comme on les aime tant ? Non plus. Parce que c’est le film de jeunesse d’un réalisateur aujourd’hui mondialement reconnu ? Toujours pas. Pourquoi alors ? Et bien simplement parce qu’un film nord-coréen, ça ne court pas les rues et que l’occasion d’explorer rapidement une cinématographie totalitaire était trop belle. Puis, parce que Pulgasari, malgré d’évidents défauts, est tout sauf un film inintéressant et qu’il a plus de chose à offrir que sa nationalité « exotique ». De plus, l’argument marketing du « film interdit depuis plus de dix ans » a de quoi laisser perplexe et attiser la curiosité du cinéphile aventurier que je suis. Perplexité et curiosité que je m’empresse de vous faire partager.

Même si il est reconnu mondialement comme étant le film nord-coréen le plus connu, il faut modérer ce propos tant Pulgasari doit énormément au Japon et à son voisin du sud. En effet, le réalisateur Shin Sang-ok est sud-coréen et l’équipe des effets spéciaux est à 100% japonaise, ce qui promet un travail d’une qualité irréprochable, les nippons étant les leaders et presque seuls représentants du kaiju eiga dans le Monde. Dans ses rêves de grandeurs, Kim Jong-il s’est fait plaisir en engageant les meilleurs afin de ne pas perdre la face en présentant un film médiocre au Monde entier. Il poussera même cette recherche de qualité à son apogée en débauchant l’interprète de Godzilla pendant plus de dix ans : Kemparo Satsuma. Et il faut avouer que Kim a eu raison vu que les effets spéciaux « à l’ancienne » sont la grosse plus-value du film. Le monstre est convaincant et designé dans la plus pure tradition du kaiju lors de chaque étape de son évolution car, autre originalité propre au film, le monstre est évolutif. De petite figurine de riz de quelques centimètres de haut, il finira sa croissance en monstre géants de plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Et chaque fois le design est bien travaillé, le costume bien pensé et amène toujours ce petit truc en plus qui fait la différence et donne à Pulgasari une petite identité et des spécificités propres. D’ailleurs, pour l’anecdote, Kenparo Satsuma répète à l’envie qu’il préfère largement ce film au remake américain de Godzilla qui, selon lui, ne respecte en rien l’univers du monstre japonais et du genre kaiju en général. On ne peut décemment pas lui donner tort.

Maintenant, si l’univers médiéval et les costumes constituent le point fort de l’oeuvre, on ne peut pas en dire autant du jeu approximatif des comédiens et de la mise en scène pantouflarde, voire vieillotte de Shin, à des lieues de la modernité précoce d’Inoshiro Honda, papa de Godzilla. Ces lacunes se remarquent surtout dans la mise en scène des séquences de combats et d’action qui pêchent par leur manque de dynamisme et la répétitivité des enchainements de plans et des angles de caméra. La spécificité nord-coréenne de l’œuvre se distingue dans son histoire et son scénario mettant en exergue les vertus du collectif et exaltant les « valeurs » nationales. Il ne faut pas être grands clercs pour ne pas comprendre où veut en venir Kim avec cette histoire de monstre géant délivrant le peuple de la tyrannie et puisant sa force du sang versé par ledit peuple tout entier acquis à sa cause. Remplacez « monstre géant » par « dictateur » et vous aurez saisi l’idée de propagande. Si, bien sûr, je ne cautionne en rien le régime nord-coréen, il est intéressant de voir de quelle manière peut être utilisé le cinéma dans la valorisation d’une idéologie et d’un régime politique. Et puis, finalement, pourquoi seuls les américains auraient ils le droit de faire du cinéma propagandiste ?

Disponibilité

Le film n’est pas encore disponible en zone 2 et je doute fortement qu’il le soit un jour. Toutefois, les anglophones pourront trouver le film en édition zone 1 américaine ou un zone 2 japonais, le tout sans sous-titres évidemment.

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