Orient express

ORIENT EXPRESS - Princess Aurora

10 novembre 2010 | Par : Seb Lecocq

La femme à couilles

L’oeuvre

Princess Aurora a tout du projet improbable. En effet, il s’agit du premier film de Pang Eun-jin, actrice ultra reconnue en Corée pour ses films d’auteurs exigeants. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle ne s’est pas lancée dan un plaidoyer bavard pour la défense des castors, le droit des bébés abeilles ou le divorce des cochons d’Inde. Rien de tout ça. La réalisatrice signe un revenge movie au féminin sec et stylisé dans la droite lignée du cinéma de Park Chan-wook. En fait, c’est un peu plus compliqué que ça. Princess Aurora fut en quelque sorte imposé par la production à Pang Eun-jin. Un film de commande en échange de quoi elle aurait les mains libres pour ensuite tourner un projet personnel, qui lui tient vraiment à cœur. Mais malgré son statut de « yes woman » sur ce film, la réalisatrice prend les choses très à cœur et parvient, grâce à plusieurs ré-écritures, à dynamiter un script basique pour y insérer subrepticement des thématiques qui lui sont chères et plus en adéquation avec ses propres convictions et sa carrière de comédienne.

Success storiz

Le film connut un très joli succès dans les salles coréennes puisque le film réalisa plus d’un million d’entrées. Un très beau score pour le pays du Matin Calme. La réalisatrice explique cette réussite par la curiosité du public coréen, qui, intrigué par le nom de Pang Eun-jin, se rua en nombre dans les salles. Malgré ce succès populaire, les critiques furent plus mitigées, certains détruisant le film sur son seul sujet, sur sa violence ou ses débordements sanglants, d’autres l’accusant, à tort car les deux projets furent menés de front, de simplement plagier le Lady Vengeance de Park Chan-wook. Fort de cette réussite populaire, le film fut vendu dans le monde entier dont la France et la Belgique, pour une sortie en dvd et en festivals. Princess Aurora se taille une belle réputation de film « couillu », participant au revival de la vague du polar coréen. Toutefois, il ne se départira jamais de cette étiquette de « sous-Park Chan-wook », ce qui est loin d’être le cas, comme on va le voir par la suite.

Asian star

Avant de passer à la réalisatrice avec Princess Aurora, Pang Eun-jin est une comédienne reconnue et réputée ayant tourné pour de nombreux grands cinéastes coréens. Elle débute en 1994 dans le long métrage de Im Kwon taek, Taebaek Mountains avant d’enchainer avec trois films de Park Cheol su (301/302, Farrewell My Darling et Push Push !) qui en fera son actrice fétiche. Elle se fait connaitre internationalement grâce au film de Kim Ki duk Birdcage Inn. Elle retrouvera le réalisateur quelques années plus tard pour Adresse Inconnue, un de ses plus grands succès pour lequel elle remportera un Grand Bell Awards, l’équivalent coréens des Oscars. Elle se fait rare sur les écrans, ne tournant que 18 film en 15 ans, là où certains de ses homologues hongkongais par exemple apparaissent dans une quinzaine de films par an. Cette rareté tient au fait que Pang Eun jin pratique « la méthode » et s’implique énormément dans la préparation de ses rôles. En 2007, elle passe à la mise en scène avec Princess Aurora, un film totalement différent de l’univers qu’elle fréquente habituellement car, sur le papier, il s’agit d’un pur film d’exploitation mettant en scène une mère bien décidée à retrouver et tuer toutes les personnes responsables, d’une manière ou d’une autre, de la mort de sa fille.

Chinopsis

Une série de meurtres secoue la Corée. Plusieurs personnes, hommes et femmes, sans aucun lien sont retrouvées assassinées. Sur chaque scène de meurtre, la police retrouve un autocollant illustrant le personnage phare du dessin animé Princess Aurora. La police pense avoir à faire à un vigilante ou un super héros nettoyant les rues de la ville. Mais la vérité est tout autre et bien plus terrifiante.

Nippon, ni mauvais ?

Un pur film d’exploitation réalisé par une actrice spécialisée dans le film d’auteur. C’est pas chez nous qu’on pourrait voir ça. Vous imaginez deux secondes Isabelle Hupert passer derrière la camera pour mettre en boite un slasher campy ou un rape revenge stylisé et violent ? Non. Ben c’est pourtant ce qu’a fait Pang Eun jin, muse des auteurs coréens, en réalisant Princess Aurora, revenge movie âpre, violent et hyper stylisé dans la lignée de Lady Vengeance. D’ailleurs les deux films partagent pas mal de choses en commun, tout en étant très différents sur le fond et la forme. Au niveau des similitudes, on peut citer le sujet et le personnage central de femme à la fois forte et fragile, la vengeance personnelle. En filigrane des deux films, on peut aussi distinguer une critique de la place de la femme dans une société coréenne encore très machiste. La forme des deux films est assez différente mais les deux œuvres présentent une violence frontale et sans compromis ainsi qu’une mise en scène très travaillée. Mais cessons-là le jeu des comparaisons et entrons dans le vif du sujet.

Princes Aurora est un film qui peut être perçu comme très violent car il comporte son lot de meurtres et de sang. Mais le centre de l’histoire est ailleurs. Les meurtres ne sont qu’un prétexte, un dispositif scénaristique mis en place par Pang pour lui permettre d’aborder la vraie thématique centrale de son film : la femme. Ou plutôt les femmes en général coincées dans une société machiste. Princess Aurora est une histoire de vengeance, de meurtre et de violence mais c’est avant tout l’histoire d’une femme d’action qui décide de prendre les choses en main, d’agir par elle-même pour devenir, en quelque sorte, l’héroïne de sa propre vie. L’histoire d’une femme qui sort de sa condition pour faire bouger les choses et régler elle-même ses problèmes. Mais qu’on se rassure, Pang n’est pas là pour nous pondre un énième film rébarbatif et moralisateur sur la guerre des sexes, on est bien dans le cinéma de genre pur et dur avec un sous-texte prégnant et un angle réflexif pas inintéressant.

Pour mettre en scène son histoire, Pang Eun jin, débutante derrière les cameras, ne s’est pas embarrassée de fioritures et signe une mise en scène racée, efficace et plutôt rentre-dedans, parvenant à éviter le maniérisme parfois nombriliste d’un Park Chan-wook. Pour incarner son héroîne, Pang s’est tournée vers Uhm Jung hwa qui fait un travail formidable et est capable en un seul plan, un seul regard de rendre crédible et vivante son personnage de femme divorcée, mère de famille meurtrie et meurtrière. Sa composition, en tous points remarquable, complète parfaitement l’histoire et la mise en scène de Pang. Qui de mieux qu’une femme pour mettre en scène un personnage de femme aussi complexe que riche. Le personnage de cette mère est en fait un personnage pluriel cachant plusieurs femmes, plusieurs humeurs, plusieurs sensibilités qui toutes se fondront en une seule pour éclairer les actes de ce personnage, révélés lors d’une scène finale puissante et logique finalement, installant définitivement le film au panthéon des polars noirs et désespérés coréens. En cadeau bonux, Princess Aurora se paye le luxe d’afficher des qualités esthétiques simplement hallucinantes, surtout en termes de photographie et d’effets spéciaux.

Princess Aurora est un film majeur du cinéma coréen des années 2000 mais malheureusement passé inaperçu et phagocyté par la déferlante des trois maitres que sont Bong Joon ho, Park Chan Wook et Kim Jee won. Il n’est jamais trop tard pour le reconsidérer et lui rendre le statut qui aurait du être sien, celui de thriller nihiliste et violent mais toujours rehaussé par une vraie sensibilité féminine.

Disponibilité

Le film est bien entendu disponible dans une édition coréenne riche en goodies et en bonus. Le film est sous-titré en anglais mais pas les bonus malheureusement. Toutefois, il existe une édition zone2 moins belle et moins fournie mais sous-titrée en français. Aucune excuse donc pour ne pas en faire l’acquisition.

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