Orient express

ORIENT EXPRESS - Pirates de Langkasuka

24 février 2010 | Par : Damien Taymans

L’île aux trésors

L’oeuvre

Sorte de Pirates des Caraïbes oriental avec à la barre le plus en vue des cinéastes asiatiques (le thaï Nonzee Nimibutr), Pirates de Langkasuka se démarque de tout ce qui a déjà été fait dans l’industrie cinématographique thaïlandaise. Mélangeant récits mythologiques et faits historiques, une histoire dramatique agrémentée d’un zeste de magie et de véritables séquences d’action mêlées d’arts martiaux, le dernier film du réalisateur de Nang Nak (un des films asiatiques les plus récompensés) se pose comme une véritable révolution dans le paysage cinématographique thaïlandais, déjà touché par les effets numériques, en même temps qu’il constitue un nouveau jalon dans la conquête des genres occidentaux pour Nimibutr qui s’est déjà attaqué au genre très yankee du western en tant que producteur, avec Tears of The Black Tiger, de Wisit Sasanatieng.

Success storiz

Pirates de Langkasuka (Queens of Langkasuka en version anglaise) n’est rien d’autre que le film le plus cher de l’histoire du cinéma thaïlandais, ce qui se ressent autant dans la magnificence de ses images que dans le faste des immenses décors reconstruits pour l’occasion. Véritable machine de guerre financière, cette époustouflante épopée fantastique a bénéficié dans son pays d’origine ainsi que chez nous d’une incroyable campagne publicitaire qui a réuni presse spécialisée et généraliste (qu’elle soit en ligne ou sur papier), stations de radios régionales et télévisions. Présenté au festival de Venise et au festival du BIFFF 2009, le film n’a connu qu’un retentissement limité en Europe où il peut se payer une deuxième incursion par l’intermédiaire de sa sortie DVD.

Asian star

Nonzee Nimibutr entame sa carrière avec la réalisation de spots commerciaux et de clips musicaux. Il fait ses débuts dans la réalisation cinématographique avec Dang Bireley’s and Young Gangsters en 1997 d’après un scénario de Wisit Sasanatieng. L’histoire, située dans le Bangkok de 1956, suit les aventures d’un gang de jeunes criminels. Son premier métrage est gratifié du titre de Meilleur film aux Thailand National Film awards en 1997 et est même nominé pour un prix au festival de Vancouver. La coopération entre les deux hommes perdure avec Nang Nak, thriller basé sur une histoire de fantômes, qui permet au tandem d’accéder à un vedettariat mérité et au cinéma asiatique de reprendre du poil de la bête sur le sol occidental. Multi récompensé, le métrage lance malgré lui une vague de ghost flicks made in Asia qui ne vont cesser de pulluler dans les vidéothèques durant une décennie et entraine les studios hollywoodiens à s’intéresser à de nouveaux mécanismes de peur qu’ils exploiteront à l’envi, remakant les plus grands succès venus du continent asiatique. Suivront Jan Dara, l’anthologie panasiatique des 3 histoires de l’au-delà et OK Baytong en 2003. Queens of Langkasuka est le sixième long métrage de Nimibutr en tant que réalisateur.

Chinopsis

1542 : Black Raven, un infâme pirate, convoite un precieux canon qui a coulé au fond de la mer de Thailande : à coup de magie noire et d’arts-martiaux, il va tenter de s’emparer de l’objet afin de renverser le royaume de la reine Hijau. Ces pirates des mers menacent d’envahir les royaumes des trois reines de Langkasuka qui décident de s’unir pour défendre leurs terres et leurs peuples.

Nippon, ni mauvais ?

L’idée émerge dans le cerveau de Nimibutr alors qu’il est sur le tournage de Ok Baytong, son précédent film. Il en profite pour se familiariser avec le sud de la Thaïlande et, en discutant avec des autochtones, apprend qu’à l’époque trois femmes ont gouverné la région. Il entame alors une phase d’investigations afin d’approfondir cette merveilleuse idée de script. S’inspirant de faits historiques avérés, il développe avec son scénariste Winn Lyowarin l’histoire de cette épopée fantastique centrée sur la vie des trois reines de Langkasuka.

Péninsule géostratégique, Langkasuka est enclavée entre deux côtes maritimes. Lieu financièrement aisé, le royaume fait l’objet de la convoitise de ses voisins qui ourdissent dans le secret une guerre et n’ont pour seul désir que de destituer les régentes du royaume et d’usurper leur place. Bien plus qu’une simple oeuvre de pirates (bien que canons et flottes soient au centre de l’intrigue), le métrage est une tragédie pseudo-historique qui rend honneur aux reines qui se sacrifient (en prenant les armes ou en adoptant les coalitions matrimoniales, par le biais de mariages arrangés) pour maintenir la paix et préserver leur cité de la haine incontrôlable de Corbeau Noir.

Ce film haut en couleurs (l’éventail chromatique laissant parfois la place à quelques passages monochromes ou sépias du plus bel acabit) recourt continuellement aux contrastes du Yin et du Yang, jusqu’à souligner chez chaque personnage la dualité qui l’habite. Raie blanche se métamorphose en Raie noire qui ressurgit alors des ténèbres, le pouvoir du Du-Lum, qui permet à ceux qui le pratiquent de contrôler les créatures marines, habite les deux camps et le pauvre Pari, privé de sa femme par l’infâme Corbeau noir, lutte contre ses propres démons pour ne pas se laisser dévorer par la colère. Une approche psychologique très Stevenson qu’adopte Nimibutr pour éviter l’écueil du manichéisme précaire propre à ce genre de pellicules, le metteur en scène poussant même le processus jusqu’à bannir l’utilisation métaphorique des teintes éclatantes et ténébreuses.

Inédit dans son genre (quel genre d’ailleurs ?), Pirates de Langkasuka mêle avec brio le fantastique, le drame, les films de pirates, les arts martiaux et l’histoire en une oeuvre chorale qui fédère une esthétique occidentale et une base narrative locale. Plutôt éprouvant dans sa première partie (longue et décousue), le métrage se rattrape lors de son dernier tiers, nettement plus haletant, qui offre de surcroit, une kyrielle de passages prodigieux, généralement sous-marins (les tourbillons de requins-marteaux autour de Pari, les attaques des baleines).

Disponibilité

Pirates de Langkasuka a été édité en zone 2 par Emylia en édition double dvd. Le second comporte un documentaire d’une quarantaine de minutes sur le film ainsi qu’un making-of de 20 minutes sur les coulisses du métrage.

LE TRAILER

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