Orient express

ORIENT EXPRESS - Meatball machine

16 juillet 2009 | Par : Seb Lecocq

Quand Bad Taste rencontre Tetsuo

L’oeuvre

Meatball Machine est de ces films qu’il faut avoir vu pour vraiment croire qu’ils existent. Imaginez un mix totalement halluciné et hautement improbable entre Bad Taste et Tetsuo. Il fait partie de cette vague de film fous japonais post-Versus. Micro budget, comédiens semi-amateurs, gore, action, et inventivité à gogo. La recette est toujours la même et le résultat, toujours aussi explosif. Avec son premier film, Kitamura a ouvert une brèche que toute une génération de jeunes furieux de la caméra se sont empressés de défoncer à coups de péloches enflammées. Pur film de divertissement, Meatball Machine est produit pour une bouchée de pain et destiné au marché, si florissant au Japon, de la vidéo. Succès garanti pour ce film qui ne cesse de faire parler de lui depuis sa sortie.

Success Storiz

De par sa folie, son ambiance et sa maitrise, le film de Yudai Yamaguchi et de Junichi Yamamoto n’a pas tardé à se tailler une solide réputation au Japon et en Europe. Ceux qui y étaient se souviennent encore de sa projection très folklorique au Bifff 2007. En effet, celui-ci n’est autre que le réalisateur des déjà cutlissimes Battlefield Baseball et Cromartie High School. Sponsorisé et parrainé par Kitamura, le film se taille une solide réputation chez les fans de V-Cinéma et de gore (pasque, ouais, la bête éclabousse salement). Ensuite, c’est le schéma habituel : buzz chez les asiatophiles, tournée des festoches fantastiques et enfin distribution en dvd par une petite boite qui n’a pas froid aux yeux. Meatball Machine est l’exemple parfait. Messieurs les jeunes réals nippons, vous savez ce qu’ils vous reste à faire.

Chinopsis

Les necroborgs sont des parasites extraterrestres prenant possession des humains à la volonté faible avant de s’en servir comme méchas pour se livrer à une guerre sans mercis. Yoji est un jeune ouvrier dans une fabrique de pièces détachées, il passe sa journée à observer sa voisine Sashiko qui l’émoustille au plus haut point. En pleine déclaration amoureuse, celle-ci se fait infester par un necroborg qui la transforme en véritable machine à tuer avide de chair fraiche. Yoji va donc tout tenter pour recouvrer l’amour de sa promise.

Asian Star

Yudai Yamaguchi est sans conteste, le plus « connu » du duo de cinéaste ayant officié sur Meatball Machine. Ancien assistant de Ryuhei Kitamura, qu’on ne présente plus, il s’est spécialisé dans l’adaptation à petit budget de mangas un peu en marge. A son actif, il compte Battlefield Baseball en 2003. Quelques mois plus tard , en 2004, il réalisé le survolté Baaba Zone d’après l’œuvre de Man Gataro. Enfin en 2005, il participera à l’anthologie Kazuo Umezu’s Horror Theater en signant Purezento.

Yamamoto, pour sa part, est un ami de Yamaguchi qui ne possédait à son actif qu’un court métrage amateur déjà nommé Meatball Machine. Le premier court métrage ayant été tourné en pur amateurisme, Yamaguchi eut l’idée de le remaker afin de lui donner une facture plus professionnelle. Les hommes collaboreront sur ce qui deviendra le long métrage qui nous intéresse aujourd’hui.

Nippon, ni mauvais ?

On le sait, le cinéma japonais est le cinéma le plus vivifiant au monde mais il parvient encore à nous étonner alors que l’on croyait avoir tout vu. Si on peut brièvement parler de Meatball Machine comme d’un mix entre Braindead et Tetsuo, cette définition est un peu réductrice tant le cœur du film tient dans son histoire d’amour. Une histoire d’amour mettant en lumière des personnages marginaux, abandonnés par la vie, un peu a la façon d’un Leo Carax. Carax cité sur ce site qui l’eût cru ? Et pourtant il y a un peu des Amants du Pont Neufs dans le film de Yamaguchi et Yamamoto. Mais je vous rassure tout de suite, Meatball Machine est beaucoup moins chiant et plus fun. Si l’histoire d’amour occupe bien le cœur du film, l’emballage est lui purement bis et mêle allègrement splatter movie, S-F, anticipation et fantastique. Splatter movie pour les litrons d’hémoglobine et autres substances visqueusse déversées sur les comédiens. S-F pour le look mechas et manga des necroborgs. Anticipation pour la vision d’un Tokyo désolé, abandonné et complètement putréfié. Vaste programme donc.

S’il a toujours officié dans le cinéma à petit budget, notre duo de réalisateur n’en a pour autant pas oublié de voir les choses en grand en citant allègrement quelques cinéastes légendaires. Outre Tsukamoto ou Kitamura, le premier nom qui vient à l’esprit quand on se repait de Meatball Machine est celui de David Cronenberg. En effet, le travail sur les corps, sur la chair et les mutations rappellent infailliblement le travail du maitre canadien. Ici, le corps humain est réduit à sa plus simple expression : une carcasse de chair et d’os faisant office d’arme dans la lutte sans merci opposant les necroborgs. Ceux-ci sont de petits parasites extra-terrestres dont le seul but est d’exterminer leur congénères. Pour cela, il s’empare de corps qu’il transforme en de véritables machines de guerre en leur adjoignant moultes armes et autres armures protectrices. Une fois armés de la sorte, les humains n’ont plus le contrôle de leur corps et sont pilotés par leur envahisseurs sanguinaires. Le résultat est très spectaculaire et le sang n’hésite jamais à gicler plus que de raison. Si on se fie aux litres de sang versés, le corps du japonais lambda doit contenir au bas mot deux cents litres d’hémoglobine tant celle-ci gicle dans un flot ininterrompu provoquant une véritable averse de sang.

Meatball Machine détonne dans le milieu du V-Cinéma par son sérieux et son premier degré totalement assumé. Loin des délires foutraques de la bande à Noboru Igushi, nos deux compères livrent ici un film profond, critique et avec un vrai message sur l’homme. Ce qui frappe une fois passé les éclaboussures, c’est la tonalité foncièrement noire, dépressive et désenchantée du film de Yamamotu et Yamaguchi. Ce n’est pas pour rien si le film s’ouvre sur un plan de nœud coulant. L’heure n’est pas à la pignolade mais à la déprime. Le suicide et la mort sont bien évidemment abordés, Japon oblige, mais sous un angle différent cette fois. En effet, pour l’amour de Sachiko, son père lui livrer Yoji en pâture. De l’amour donc, mais bien détraqué…

Esthétiquement, le film marque les esprits par son ambiance glauque et malsaine. Certaines scènes vont très loin dans le gore et l’exploration de l’anatomie humaine. Pour réaliser ces prouesses, les deux réalisateurs ont fait appel à Yoshihiro Nishimura, autre habitué de la bande de Kitamura. Nishimuira s’en donne à cœur joie et signe quelques effets bien épiques, que ce soit au niveau des costumes, stupéfiants, du gore dégueulasse ou bien du design des necroborgs bien gerboulant. Extrême graphiquement, profond et réflexif, Meatball Machine est une œuvre vraiment à part dans l’univers du V-Cinéma parfois gangrené par un amateurisme certes jouissif mais tirant la production vers le bas. Point de ça ici, Meatball Machine est une œuvre on ne peut plus extrême et une vraie belle réussite.

Disponibilté

Dieu merci, le film est disponible dans une très belle édition zone II parue chez WE. Le film est présenté dans une copie plus qu’honorable et les bonus nous gratifient de plusieurs courts-métrages complétant l’univers de Meatball Machine ainsi que le court-métrage initial de Yamamoto. Un must have donc !

UN PASSAGE DU FILM

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