Orient express

ORIENT EXPRESS - Izo

23 octobre 2009 | Par : Seb Lecocq

Conte des Miike et une nuits

L’oeuvre

IZO n’est certes pas l’œuvre la plus connue de Takashi Miike mais elle fait incontestablement partie de ses meilleures productions. Pour certains fanas, elle constitue d’ailleurs le sommet de la carrière du nippon fou. Car, cette fois, c’est à la naissance et à la destruction du monde occidental qu’il s’attaque. Un spectre de plus de deux mille ans d’histoire balayé en à peine deux heures. Le tout vu via le prisme du film gore, de la violence et de métaphysique. Rien que ça… Œuvre somme, lyrique, gore, réflexive et viscérale qui marque les esprits comme peu d’autres.

IZO possède de nombreux niveaux de lecture et laisse le spectateur perdu, hagard et exsangue mais définitivement heureux d’avoir vu quelque chose d’aussi original sur petit ou grand écran. Malgré un côté fantastique et surréaliste porté à son extrême, IZO peut être vu comme un biopic car Miike s’inspire d’un personnage historique japonais, le samouraï Izo Okada qui fut torturé puis crucifié. Comme d’habitude, Miike fait la nique aux grosses productions mondiales en signant un film à petit budget, sans stars ni effets spéciaux coûteux. IZO est le film qui fera taire les détracteurs et prouvera au monde entier que Miike est un réalisateur talentueux avec lequel il faut compter et qui joue désormais dans la cour des grands.

Success storiz

Contrairement à ses œuvres les plus connues et célébrées de par le monde comme la trilogie Dead Or Alive, Audition ou Visitor Q, IZO a vu sa sortie confinée aux circuits undergrounds et réservée aux seuls aficionados du réalisateur nippon. Même au Japon, le film ne connut pas un grand succès, ce qui n’a rien d’étonnant au vu du sujet auquel s’attaque le réalisateur. Et quand on connait le gaillard, on se doute qu’il ne va pas y aller avec le dos de la cuillère ni brosser le spectateur dans le sens du poil. En Europe, le film, pourtant sorti en pleine Miikemania, passera lui aussi inaperçu. On se souviendra malgré tout d’une séance mémorable au Bifff 2006. Paradoxalement IZO est le meilleur film de Miike mais presque personne, même parmi les fans, ne l’a vu. Hormis quelques festivals européens, le film n’est sorti nulle part, ni en salles ni en dvd. Alors que, personnellement je n’hésite pas à le qualifier de chef-d’œuvre total et définitif.

Chinopsis

Résumer IZO est très compliqué voire même impossible. Izo est un samouraï de basse classe recruté par un puissant shogun. Sous les ordres de son maitre, Izo dont le don pour les armes est évident, assassinera des milliers de personnes. Il sera crucifié pour ses crimes mais son âme, restée sur Terre, décide de se venger et se met en tête de décimer ses bourreaux avant de s’attaquer à l’humanité entière à travers l’espace et le temps. Izo devenu un démon sans forme et sans âme entreprend une longue quête initiatique à travers deux mille ans d’histoire.

Asian Star

On ne présente plus Takashi Miike qui, en quelques années seulement, est devenu l’un des réalisateurs japonais les plus célébrés dans le monde entier. Sa nature versatile et la vitesse supersonique avec laquelle il enquille les tournages ont fait sa renommée. Touche-à-tout inconsistant, passant du génie absolu à l’inanité totale, Miike est un auteur à part dans le cinéma mondial d’aujourd’hui. Alternant, avec autant de bonheur, les projets pour le cinéma, le marché vidéo ou la télévision, il n’hésite jamais à aborder des sujets difficiles avec son style bien particulier. Qu’on l’aime ou pas, Miike est un réalisateur qui laisse très peu de personnes indifférentes. Parmi ses œuvres les plus connues on citera Audition, Visitor Q, Fudoh, la trilogie Dead Or Alive, Ichi The Killer ou le plus récent Crows Zero et sa suite. Il me faut aussi signaler des œuvres moins connues mais essentielles pour aborder et comprendre l’univers de ce réalisateur hors normes. Les curieux peuvent donc se jeter sur Bird People Of China, Full Metal Yakuza ou The City Of Lost Souls. Dans les prochaines semaines, il s’attaquera à un remake du classique des classiques Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper.

Nippon, ni mauvais ?

Commençons par le commencement. Comme je l’ai mentionné, IZO peut être vu comme un biopic, celui d’Izo Okada, samouraï déjà mis en scène par le grand Hideo Gosha, et interprété par le non moins grand Shintaro Katsu, en 1969. Qui dit biopic dit narration allant de A à Z en passant par toutes les lettres de l’alphabet. Et bien pas cette fois, pour la simple et bonne raison que Miike n’a jamais rien entrepris comme tout le monde. Quoique fort logiquement son film commence par la conception de son héros, sa naissance et sa mort, crucifié et transpercé par une paire de lance. Le tout en même pas deux minutes, alors que le film dure plus de deux heures. Le reste du métrage nous montre l’errance du personnage, ou plutôt de son esprit, à travers le temps et l’espace. Car Izo Okada ne veut pas mourir, son esprit nourri par la vengeance, la haine et la rancœur refuse de rester en Enfer. Il sera donc son envoyé sur Terre…oui mais non, car Izo n’obéit à rien ni personne.

C’est sur un postulat de base aussi étrange que sa déroule devant vos yeux ébahis un des films les plus fous de la création. Fou dans le sens lynchien du terme, pas fou comme un Machine Girl peut l’être. La première demi-heure du film nous montre Izo se vengeant de ce qu’on devine être ses tortionnaires, mais bien vite, on se rend compte qu’il ne fait pas simplement payer l’addition à ceux qui lui ont fait du mal, mais à l’humanité entière. Cette première partie de l’histoire se résume finalement à trente minutes de pur splatter movie sans autre forme de procès. Izo tue, tue et tue encore, seuls l’époque et le lieu changent, passant sans crier gare d’un Japon féodal à une Tokyo moderne. Mais toujours avec cette même rage folle et cette intarissable envie de tuer

En poussant un peu l’analyse, on peut voir en Izo une représentation du surhomme nietzschéen, Un homme sans être ni esprit mais qui pourtant « possède un visage et une âme » comme il est dit dans le film. Un démon qui incarnerait la partie sombre de l’humanité entière, un contre-messie si l’on veut, qui viendrait non pas pour nous sauver mais pour nous détruire. L’homme, l’humanité et la Terre entière. Pour illustrer son récit, Miike fait appel à des images d’archives, pour la plupart datant de la Seconde Guerre Mondiale, images censées représenter les heures les plus sombres de l’Histoire. Le réalisateur fait aussi appel au chanteur de rock folk japonais Kazuki Tomoko qui, dans un premier temps, fait figure de narrateur, avant de représenter la conscience d’Izo et de paraphraser l’état d’esprit et les envies violentes du démon.

La force du film et le coup de génie de Miike est de laisser toutes les portes ouvertes et de laisser libre court à l’interprétation de chaque spectateur. Bien sûr certaines scènes cruciales possèdent une symbolique évidente et peuvent guider le spectateur dans ses déambulations. Même si IZO n’est pas une œuvre brillant par son esthétique ou sa mise en scène, Miike parvient toujours à happer le spectateur grâce à son style, son rythme et sa façon très personnelle de raconter les histoires. Cette fois, le nippon fou mêle histoire et Histoire, physique et métaphysique, violence et réflexion dans une sarabande démoniaque. Dans le monde d’IZO, il n’ya ni homme ni Dieu, ni bons ni méchants, ni espace ni temps, l’œuvre est résolument abstraite et post-moderne. Absconse pour beaucoup, essentielle pour d’autres, le film est à l’image de son réalisateur insaisissable et toujours là ou on ne l’attend pas. IZO ou l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin, l’homme et le dieu, l’ange et le démon.

Disponibilité

C’est devenu une habitude, IZO ne se trouve pas en dvd zone 2 ni en version française de quelque sorte. Pour découvrir ce chef-d’œuvre du cinéma japonais, la meilleure solution est de se tourner vers le marché américain et l’excellente édition double dvd parue chez Tokyo Shock. En plus de proposer le film au format et en vost elle propose une seconde galette de bonus pas inintéressante et qui permet de mieux appréhender le travail du réalisateur.

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